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Trancher dans le vif

par Méli, Cassiopée et Mike

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7 nov. 2015 - 17:36

Trancher dans le vif est un récit narratif commencé sur Ter Aelis 1.5. #FF5B2B
Aparté


Résumé :

Haesobia Hardenthun se retrouve un soir au prise avec un tueur. Sauvée de justesse grâce à la présence inopinée de Placide Rafoneau, détective de son état, ils s'engagent dans une enquête en compagnie de l'ami d'enfance d'Hae, le mondain Anthonin C. de Gysors.
La piste les mène vers le milieu universitaire de la médecine, mais ils ne savent encore pas trop où ils mettent les pieds.
Ils ne sont pas seuls à se disputer les informations, Viktor Plumant, journaliste, les précède parfois.

Les auteurs :

Méli joue Haesobia, Cassiopée joue Placide Rafoneau et Mike001 joue Viktor Plumant.
Anthonin, inventé par Méli est joué à titre de pnj par les trois joueurs.


Couleurs des dialogues :
Haesobia : #9EFD38
Placide : #80d0d0
Viktor : #F787EA
Anthonin : #2C75FF
Professeur Flodorin de Oudargues : #8EA2C6


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Message posté le 19:36 - 10 nov. 2015

TRANCHER DANS LE VIF
par Méli, Cassiopée et Mike001
_______________



Méli

A ce moment précis, Hae n'en menait pas large. Il est bien beau de vouloir se convaincre que se sont les enfants qui ont peur du noir ; elle avait purement et simplement une trouille bleue dans cette ruelle sombre.

Elle avait obtenu avec difficulté le lieu de la réunion et comprenait maintenant pourquoi son indic s'était montré si réticent. Les hommes de milieux visiblement aisés n'étaient pas si rare dans ce quartier peu recommandable ; la population détournait simplement les yeux en supposant que la Haute venait ici s'offrir satisfaction de ses bas instincts.

Mais elle, jeune fille d'apparence tout à fait convenable, attirait tous les regards, et pas ceux des plus sympathiques. Elle se sentait sale et violée dans son intimité alors qu'aucun ne s'était encore approché. Elle hésitait à continuer, partager entre le désir d'être enfin admise dans ce cercle si secret et la crainte que la connaissance acquise à cette « réunion » ne lui soit d'aucune utilité un fois son corps retrouvé sans vie dans cette ruelle.


Cassiopée

Placide, placide ! Toujours à traîner dans les pires quartiers... Ce plaisir te tuera un jour. Les plaisirs sont une petite mort, ne le sais-tu pas ?

Placide Rafoneau aimait à se sermonner quand il se retrouvait seul avec lui-même. Ces moments étaient fort rares car ses pensées étaient bien trop souvent encombrées de mille réflexions, genre de mécanismes qui tournaient malgré lui.

Ce soir là, Placide s'était laissé guider par le parfait hasard et celui-ci l'avait emporté comme dans un rêve sur les lieux d'une enquête menée voici de bien longues années. Le hasard est parfois bien étrange ! Ce n'est pas que l'endroit lui plaisait. Oh non ! La ruelle était lugubre à souhait, un vrai coupe-gorge !

Pourtant, il n'était pas seul dans la ruelle. Il rattrapait une demoiselle qui n'avait pas la silhouette de celles habituellement rencontrées dans ce genre de renfoncement. La fille pressait l'allure et Placide se sentait l'obligation d'allonger le pas pour la rattraper. Une idée comme une autre.



Méli

Faire demi-tour maintenant était tout aussi dangereux que de continuer et tout valait mieux que de rester dans cette ruelle. Il lui semblait qu’un homme la suivait. Des frissons parcourait tout son corps et la pressait à accélérer. Elle commençait déjà à regarder de manière régulière derrière elle. Soudain un rire nerveux lui échappa. Elle se sentait ridicule à se comporter ainsi.
Elle se sentait ridicule mais ne pouvait cependant pas retenir ses réflexes nerveux.

Elle n’était plus très loin maintenant; elle accéléra encore. Elle devait se calmer, elle commençait à perdre son souffle et elle ne souhaitait pas faire mauvaise impression aux autres membres. Elle devait absolument être acceptée, elle refusait de perdre encore de précieux mois en recherches.

Enfin elle vit son indic au détour d’une rue; il était seul, appuyé contre le mur, en train de tirer sur sa cigarette avec la nonchalance typique des fumeurs. L’homme ne remarqua Hae que lorsqu’elle entra dans le cercle éclairé du lampadaire. Ils étaient rares dans ce quartier où il y avait peu de passage et où les passant ne souhaitaient pas vraiment être vu.

- Te voila donc, tu es plus idiote que je ne le pensais, ricana-t-il tout en attrapant brutalement le bras de la jeune fille pour la jeter contre le mur. Tu veux voir des expériences hein petite fille? je vais t’en faire découvrir d’inoubliables.



Cassiopée

Placide ralentit l'allure quand il vit un homme s'approcher de la jeune fille. C'était donc un rendez-vous galant !
Il s'arrêta, soucieux de ne pas se faire voir. Il ne désirait pas troubler le couple et même s'il trouvait que sa curiosité était un peu voyeuse, il ne pouvait s'empêcher de chercher à connaître les raisons de la présence de la jeune fille dans ce quartier malsain. La simple idée d'imaginer une fille de bonne famille flirter avec un gars des mauvais quartier lui mettait du baume au cœur.
Il écouta donc les échanges des tourtereaux. Échanges qui n'avaient rien à voir avec des mots d'amour. L'homme était un tantinet agressif et persifleur.
C'est le mot « expériences » qui résonna dans son cervelet. Celui-ci imagina toutes les sortes « d'expériences » possibles pendant les quelques secondes qui précédèrent le moment où le couple sortit du halo du lampadaire.

Placide choisit de le suivre pour en savoir plus.



Méli

Vous connaissez cette sensation de s’éloigner de son propre corps pour devenir un témoin impuissant des événements? C’est l’impression qu’Hae avait à ce moment même.
Il y avait cette partie d’elle qui refusait la réalité: “Je ne comprends pas! Où sont les autres? Vous m’emmenez à la réunion?” mais qui posait ces questions sans y croire, la voix chevrotante.
Mais il y avait aussi ce témoin impuissant, à distance, qui hurlait de faire attention, que c’était un piège, que cet homme était dangereux pour elle, pour moi, pour nous…

- Petite idiote, tu ne réalises pas dans quel pétrin tu es n’est ce pas? Il ricanait tout en la tirant hors du cercle lumineux. Une fois de plus, il l’a jeta contre le mur où elle s’effondra un peu étourdie.
- Regarde bien petite idiote! lui ordonna-t-il en commençant à défaire sa ceinture. C’est là la seule expérience que tu vivras ce soir.



Cassiopée

Placide hésitait à intervenir. Pourquoi la fille ne se défendait-elle pas ? Le type qui l'avait abordée la traînait malgré elle, il en était certain, mais elle ne se débattait pas. Elle paraissait à moitié consentante d'être ainsi ballottée.
Il s'était approché autant que faire se peut du couple, tout en longeant les murs pour rester le plus possible dans l'ombre nocturne. Sa longue habitude des filatures lui avait appris l'usage d'une course féline, souple et silencieuse qui lui facilita bien la tâche.
Cependant, quand il comprit que l'homme commençait à défaire son ceinturon et à extraire la ceinture de son pantalon pour l'enrouler autour de sa main, il se décida à sortir de l'ombre, bruyamment cette fois. Le chapeau haut de forme de coté, la moustache en bataille et le veston porté en arrière, il approcha les amoureux qui n'en étaient finalement pas.

- Hic ! vous n'auriez pas un p'tit coup à boire sur vous les amis ? Hic ! J'suis à sec, Hic !



Méli

Un homme s'approcha et posa une question. Cela sembla distraire l'indic; suffisamment pour qu'il décide de partir et la laisser là. Hae ne voyait pas bien le nouvel arrivant, il faisait bien trop sombre. Elle n'entendait pas non plus l'individu lui parler. Elle se contentait de le fixer, encore un peu assommée et choquée.

Puis la raison revînt et avec pour compagnon des larmes; à la fois à cause de la peur de ce qui aurait pu arriver mais aussi de soulagement d'avoir échappé au pire, et enfin de découragement. Plus que jamais elle se sentait incapable de poursuivre le but fixé. Entre deux sanglots on pouvait l'entendre répéter
- la réunion, la réunion...



Cassiopée

L'homme n'avait pas tergiversé ni demandé son reste. A peine Placide était-il entré en scène qu'il s'était éclipsé dans l'ombre de la ruelle. Son pas pressé s'enfonçait dans la nuit. Placide aurait aimé le suivre mais il se retrouvait les bras encombrés d'une jeunesse désemparée qu'il tentait de consoler. Comme elle le regardait l'air hagard, il se décida à la secouer un grand coup, ce qui eut l'effet de la faire fondre en larmes.

- Allons ma poulette, ne pleure pas. C'est pas si grave. Il ne t'a rien fait.

Tout en la soutenant, il la dirigeait tant bien que mal vers la sortie de la ruelle, là où la lumière des réverbères pouvait encore flirter avec celle de la lune. Le pavé y prenait plus de place et un petit bar occupait la façade d'un mur autrement démuni de tout attrait. Cette partie de Galvorn était décidément bien triste et grise.

-Allez ! Viens t'asseoir. Je t'offre un café. Ça te remettra.

La fille était bien trop choquée pour refuser le bras solide de Placide et le bistrot était presque entièrement vide. Seul un vieil homme accoudé au comptoir discutait d'une tranche de vie avec le barman. Placide choisit une table à l'écart loin de la petite baie vitrée que camouflait à peine un bout de rideau grisonnant.


Méli

Hae suivait sans conviction l'étranger; on aurait pourtant pu croire que ce qui venait d'arriver lui aurait donner une certaine leçon.
Elle le suivait mécaniquement, le regard vide, sans même regarder où elle se dirigeait. Elle s'assit lourdement sur la chaise que l'homme lui présenta. Elle ne prit même pas garde quand il s'éloigna commander du café.
Il revînt et posa devant elle une tasse encore fumante. Ce fût la première véritable réaction à son environnement depuis l'incident. Les voluptes de fumée à l'odeur caféiné titillaient ses narines.

- Le café ça sent le réconfort, ça sent chez soit. Déclara-t-elle avec un petit sourire avant que son regard parte à nouveau dans le vague, les mains autour de la tasse chaude.

Quelques minutes passèrent dans le silence sans qu'aucun des deux ne bougea ou parla.



Cassiopée

Seul le couinement d'un ventilateur placé au plafond venait contrarier le silence établi entre Placide et la fille qui lui faisait face. Elle semblait avoir plongé sa tête entière dans une toute petite tasse de café et Placide humait la sienne sans bruit.

- Bon, ma cocote, et si tu me disais ton nom ? Moi, c'est Placide Rafoneau, j'suis pas du quartier. Dis donc, le gars était près à te maltraiter non ?

Notre homme retenait en bouche les dizaines de questions qu'il mourait d'envie de poser. Il avait terriblement peur de voir la fille se fermer sans qu'il puisse en savoir plus sur elle et sur sa présence dans ce quartier mal famé.
La fille avait levé les yeux et le regardait maintenant bien en face. Elle n'était pas vraiment une gamine et il découvrait dans ce regard direct une volonté bien particulière.



Méli

L'odeur du café eût le mérite de lui permettre de sortir de l'état de choc. Elle regardait son sauveur sans toutefois trop savoir quoi en penser. Il donnait l'impression de pouvoir lui faire confiance malgré un air un peu bourru. Cependant, de sa petite mésaventure restait méfiance et désillusion.

- Je m'appelle Haesobya Hardenthun, répondit-elle dans un chuchotement.

Elle réalisa que son ton lui donner l'air faible; que d'ailleurs tout son être, à cet instant, offrait une apparence de fragilité. La colère remplaça alors la peur et le désespoir, elle se redressa, releva la tête, et d'une voix assurée et presque agressive demanda:

- Que voulez-vous?!



Cassiopée

Étonné que la demoiselle se montre tout à coup un tantinet agressive, Placide ne se démonta pas. Son prénom avait depuis sa tendre enfance déteint sur son caractère.

- Hé, ho, Ma poulette ! Si tu penses ne pas avoir besoin d'un coup de main, je te laisse sans problème et je payerai même le café que tu bois. Cependant, il me semble que tu étais en bien fâcheuse position tout à l'heure. Et moi, c'est justement le genre de situation qui m’intéresse. Tu t'y attendais à la réaction de ton bonhomme ? Tu ne vas quand même pas me dire que c'était ton petit copain ?

Mais il ne laissa pas à Haesobya le temps de répondre. Un peu désabusé par le ton accusateur, il déposa quelques pièces sur la table ainsi qu'une carte de visite qu'il jeta sèchement devant sa protégée.


Rafoneau Placide
détective
2, place Adélaïde Firmin
Belle Thil

-Si vous avez besoin d'un conseil ou d'un remontant, n'hésitez pas à me faire signe !

Et il se tourna vers la sortie.



Méli

La mine honteuse, prise de remords pour son comportement peu amical, Hae regarda Placide quitter l'établissement. Ce n'est qu'une fois la porte claquée, après avoir jeté un oeil au décors assez miteux de l'endroit, qu'elle se rappela se trouver dans un quartier mal famé.

Sans finir son café, elle se leva précipitamment pour tenter de rattraper cet homme qui méritait au moins le bénéfice du doute et surtout qui pourrait lui permettre de rentrer saine et sauve.

- Attendez! Attennnndez! Monsieur!
cria-elle en essayant de le rattraper. Je suis désolée...

Car elle courait en essayant de ne pas perdre de vue sa cible dans la pénombre de la ruelle, elle ne vit pas un pavé un peu déchaussé et s'étala de tout son long, s'écorchant au passage le genou droit. Elle sentait déjà brûlure et piqûres venant de la plaie.

- Il ne manquait plus que ca...



Cassiopée

Mais Placide Rafoneau était déjà bien loin.

En retrouvant la fraîcheur nocturne, sa réflexion s'était mise en branle et son pas s'était allongé. En pensée, il revoyait la scène durant laquelle l'homme bousculait la jeune femme. Et surtout, il entendait la jeune Haesobya répéter d'une voix désolée « la réunion... la réunion ». De quelle réunion voulait-elle donc parler ?

Sa réflexion tournait à la lubie. Aussi, il dirigea ses pas vers les lieux où il avait été le témoin de la scène d'agression.

La ruelle en question était on ne peut plus déserte. Pas un chat pour bousculer une poubelle, pas même un rat pour réveiller le chat.

Un peu désappointé de ne pouvoir éclaircir le mystère. Il rentra chez lui, bien décidé à oublier cette perte de temps inutile.



Méli

Hae décida qu'il était temps d'arrêter de se lamenter et reprit le chemin du retour non pas sans une certaine appréhension... voire terreur pour être tout à fait honnête.
Malgré ses inquiétudes, elle arriva saine et sauve dans son appartement qui lui semble plus que jamais un endroit chaleureux et surtout sécurisé.

Elle prit le temps de nettoyer soigneusement la plaie et la désinfecter. Le processus provoqua quelques grimaces mais c'était bien là peu cher payer pour son idée idiote. Oui, elle se rendait bien compte maintenant du danger de la situation ans laquelle elle s'était fourrée ce soir. Cependant, elle n'était pas encore prête à abandonner son objectif; elle s'entêtait à vouloir trouver une source pour entrer dans ses réunions secrètes. Elle devait en trouver une fiable, de confiance et ne plus foncer tête baissée. Il allait falloir se montrer attentive pour repérer un membre de ce groupe si secret et prudent.

Propre et prête pour la nuit, Hae s'endormit d'un sommeil agité où elle fuyait des ombres dans de sales et sombres ruelles. Elle se réveilla épuisée, et prit son déjeuné d'un air maussade, le nez au dessus de sa tasse de thé encore fumante, des idées noire obnubilant ses pensées.

Enfin, la jeune fille s'habilla sans prendre grand soin de son apparence et se dirigea sans conviction pour suivre les cours du matin à l'université.
Ce n'est que l'annonce du crieur de rue qui lui permis de sortir de son atonie:

"Un nouveau corps atrocement mutilé retrouvé! Un éventreur fou dans nos rues!!"



Cassiopée

Un coup d'eau sur le visage et quelques ablutions sortirent difficilement Placide Rafoneau de l'état comateux dans lequel il se trouvait. Il s'accouda à la rambarde de sa fenêtre pour crapoter un peu. L'odeur de la pipe le réveillait doucement et le goût rude du tabac avant le déjeuner l'aidait à ce qu'il ouvre les yeux.
La rue s'animait peu à peu et Placide aimait contempler les gens. Il imaginait un défilement de vie derrière leur course ou leur activité.
Parmi toutes les déambulations, le vendeur de journaux attira son attention :

"Un nouveau corps atrocement mutilé retrouvé! Un éventreur fou dans nos rues!!"

Voilà qui allait intéresser notre homme. Il avait une passion pour les faits divers. Et quand les faits divers pouvaient faire appel à un détective de qualité, il était toujours présent !

Il avala son café noir avec trois sucres, se lissa la moustache et sortit sa montre à gousset de la poche de son gilet. Il lui restait suffisamment de temps dans la matinée pour se renseigner. Il prit donc son manteau et son haut de forme et se retrouva bien vite un journal en main à éplucher l'article en question.



Méli

Prise de stupeur, elle s'arrêta net sans même remarquer et entendre maugréer les malheureux passants qui avaient eu la malchance de se trouver derrière elle.
Une idée qu'elle se refusait d'accepter revînt. Une idée inquiétante qu'elle avait soigneusement écartée il y a quelques semaines en considérant qu'il n'y avait là que simple coïncidence.

Elle se précipita vers le vendeur et lui arracha presque un journal des mains. Rapidement, elle lut la description des étranges mutilations retrouvées sur le corps; il ne faisait aucun doute, c'était le même assassin. Le journaliste indiquait même que malgré l'horreur de cette boucherie, on pouvait y remarquer un certains professionnalisme dans la "découpe".
Hae retint un haut de cœur, une chance qu'elle n'ait rien avaler ce matin là.

Il ne pouvait s'agir d'une coïncidence: pour la troisième fois, un mort atrocement mutilé était retrouvé le lendemain d'une réunion secrète. Sa tête se mit à tourner et elle pensa s'évanouir mais l'air frais lui permit de garder ses esprits. Elle se traîna lentement, quelque peu titubante, à la table d'un café. Le serveur étonné lui proposa de se mettre au chaud, mais elle refusa, préférant la fraîcheur pour continuer à réfléchir. Elle commanda cependant un thé pour ne pas finir glacée.

La jeune femme se trouvait dans une situation délicate : elle ne pouvait prouver un lien entre ces réunions secrètes et ces meurtres; elle ne pouvait pas même prouver l'existence de ces réunions. Peut être était-ce seulement les délires de son imagination, de son esprit encore perturbé par son aventure malheureuse de la veille.



Cassiopée

Le fait divers occupait une bonne demie page en plus de la Une du journal. Une photo venait illustrer l'article, mais elle était si floue et mal cadrée qu'on pouvait aisément imaginer le photographe obligé de déplacer en catastrophe sa chambre noire au moment d'appuyer sur le déclencheur. Cependant l'auteur de l'article avait su grappiller de nombreuses informations sur le crime en question. Ce n'était pas du joli-joli. Ce que la photographie montrait si mal, les mots le formulaient très bien et Placide buvait les descriptions comme du petit lait.
L'affaire avait son intérêt car elle rappelait un meurtre assez récent encore non élucidé par les policiers chargés de l'enquête. Placide décida d'aller voir son vieil ennemi de classe, le commissaire Albert Bolivar.
Perdu dans ses pensées, il faillit ne pas voir arriver la bassine à vapeur qui tournait au coin de la rue.
En évitant le bolide, il fit un pas en arrière qui lui remua le cervelet et lui revint alors en mémoire sa rencontre de la veille. Il eut aimé revoir la jeune femme ce matin là.
Étonné de penser ainsi à cette affaire sans intérêt, il chercha quel lien son esprit plus vif que sa pensée avait bien pu faire.



Méli

L'esprit bien moins embrumé grâce au café et l'air frais, Hae échafaudait déjà mille théories et stratagèmes quand elle entendit la cloche de la cathédrale sonner. Il était déjà moins quart! Elle allait finir en retard en cours.
Elle se précipita payer l'addition et se dirigea à vive allure vers la faculté de médecine. Si elle avait été moins pressée ou simplement plus attentive, elle aurait probablement vu l'homme de la veille échappant de peu à un bolide et pu le remercier de son aide. Mais elle passa à moins d'un mètre sans le remarquer, l'esprit bien trop obnubilé par ce récent meurtre.



Cassiopée

Albert Bolivar n'avait rien du replet commissaire comme on peut se plaire à l'imaginer. Il n'avait rien non plus du sec investigateur au regard perçant. Il ressemblait surtout à une saucisse longiligne, sans saveur et sans odeur. Ses yeux paraissaient toujours s'étonner des événements qui survenaient devant lui. Pourtant, il n'avait pas son pareil pour arriver à ses fins. Il avançait mollement, sans heurt, sans rire, sans faire de bruit, sans fumer non plus. Il était hors temps, hors condition humaine. Mais c'était une saucisse efficace car son nez ne le trompait jamais.
Pourtant, ce jour là, Albert Bolivar avaient les yeux hors des trous et son ton montait dans des aigus que Placide ne lui avait jamais entendu. Il maudissait du bras un de ses adjoints en d'un voix criarde :

- Et vous ne pouviez pas vous remuer plus vite ! Vous n'auriez pas pu me prévenir avant ! On s'en fiche de votre douche ! Je me fiche éperdument de savoir votre vélocipède en panne ! Vous deviez bloquer l'accès à la presse avant que tout ceci soit étalé au grand jour !

Placide avait dû faire jouer de ses relations pour passer le barrage de policiers qui cernaient le commissariat. Il avait du faire appeler le vieux Brosset qui l'avait conduit jusqu'à son vieil ami.
Le commissaire fit volte face à l'entrée des deux hommes. De rouge, il devint vert.

- Ah ! Cria-t-il. Il ne manquait plus que toi pour enfoncer le clou. Qui l'a laissé passé ? Hurla t-il à la ronde.
C'est alors, qu'il sembla à Placide entendre un rugissement sortir de la cage thoracique de l'homme d'ordinaire si mou qu'il ne pouvait se l'imaginer que saucisse.



Méli

Un peu essoufflée, les joues rosies par le froid et sa course, elle entra quelque peu débraillée dans l'amphithéâtre. Par chance, leur Professeur n'était pas encore arrivé mais cela n'empêcha pas certains étudiants de lui lancer un regard de reproche.
Hae souffla bruyamment ce qui ne fit qu'augmenter le nombre de regard noir dirigé à son encontre.
Elle ne fit qu'aggraver son cas en levant les yeux au ciel; les hommes étaient encore très misogyne et d'autant plus dans un domaine encore très paternaliste tel que la médecine. Il lui semblait pourtant que de jeunes hommes auraient dû se montrer plus tolérant.

Davantage parce qu'elle n'avait pas le choix, elle acceptait la différence de traitement évidente venant de ses Professeurs mais en aucun cas ses collègues étudiants ne méritaient qu'elle en supporte tant.
Elle traîna donc des pieds, souffla bruyamment et s'assit lourdement à côté d'Anthonin qui, très amusé par son comportement ostentatoire déclara avec malice:

- En voilà donc un comportement indigne d'une jeune fille de bonne famille! puis, la gratifiant d'un clin d'oeil et d'un sourire espiègle, il ajouta : Nous avions déjà peu de doute quant à son éducation, nous voilà inquiet de la prochaine idée farfelue qu'elle nous inventera!

Anthonin, lui même fils de bonne famille, déclencha alors murmures quand ce n'était pas approbation ouverte. Ces imbéciles ne comprenaient même pas qu'il se moquait d'eux, disant tout haut les idioties qu'ils n'avaient pas le courage de lui déclarer en face.

Il eût cependant le mérite de lui redonner le sourire, elle aimait sa façon de ridiculiser ces petits prétentieux et ils s'amusaient tous deux bien souvent à scandaliser cette société bien trop guindée. Elle le remercia et le salua donc comme une "une jeune fille de bonne famille" ne devrait en aucun cas le faire, par un baiser puissant et sonore sur ces lèvres rieuses.

Décidant qu'ils avaient bien assez scandalisé pour aujourd'hui, elle remit sa tenue en place, et se prépara plus sérieusement pour le cours d'anatomie qui n'allait pas tarder à débuter. Toutefois, elle prit soin d'éveiller la curiosité de son camarade en lui murmurant Je dois te parler de ces réunions et d'un meurtre!. Elle refusa de lui en dire plus malgré ses prières, bien trop amusée de le voir trépigner d'impatience sur sa chaise.



Cassiopée

Albert Bolivar avait éructé le plus grand juron qu'il possédait dans son vocabulaire et après avoir envoyer à la ronde un tir de mitraillette de ses yeux soudain devenus expressifs, il souffla. Alors son visage congestionné de colère se détourna de Placide.

On reprend les choses dans l'ordre.

N'ayant jamais vu le commissaire dans un tel état, Placide choisit de ne pas ouvrir la bouche. Il se positionna le plus discrètement possible afin de ne pas réveiller la colère de l'homme. Il avait le temps, rien ne pressait. Alors autant attendre que ce cher Albert soit plus réceptif.
Cependant, le commissaire semblait vouloir imposer un peu de discipline dans son équipe de bras cassés :

- Galabrio et Pasquet, je vous assigne à la surveillance du quartier. Galabrio à l'angle de la rue Quinconce et de la passerelle Loupiot, Pasquet, tu te trouves une planque près du garage de Lanvoux. Débrouille toi pour pouvoir avoir une vision suffisamment large de la sortie des ruelles. Je veux que vous connaissiez tous les déplacements habituels du coin et que vous repériez les allers et venues qui pourraient vous sembler bizarres.
Anatole, tu me gères cette vermine de journalistes qui s'est installé sous nos fenêtres. Tu leur racontes ce que tu veux mais tu ne leur dis rien. Débrouille toi de leur donner un os à ronger. Je veux qu'ils s'en aille d'ici.
Filoche et Blanc bec, essayez de trouver qui peut être ce nouveau cadavre. Voyez si ce qu'on a trouvé sur lui peut vous conduire quelque part.
Brougnasse , tu files à la morgue, tu me ramènes un rapport finement détaillé et trouve toi un preneur d'images pour qu'on ait des traces utiliser.
Moi, je vais essayer de faire fondre la hargne du Conseil de quartier et au passage, je vais tenter de puiser quelques informations...


Une fois les directives données, Albert fit face à Placide et le regarda les yeux plissés en ajoutant :

- Toi, tu fais ce que tu veux. MAIS JE NE VEUX PAS LE SAVOIR !



Méli

Le cours magistral lui sembla interminable; Hae n'arrivait pas à se concentrer. L'impatience de son voisin qui ne cessait d'essayer de lui soutirer quelques informations, devint contagieuse au point qu'elle se tortillait sur sa chaise.
Dès que le Professeur annonça la fin de son exposé, elle se précipita vers la sortie, suivie de près par Anthonin.
Malgré les supplications de son ami, elle attendit d'être confortablement installé à un café, devant une tasse de chocolat chaud bien fumante, avant de débuter son récit. Elle huma la délicieuse odeur avant d'avaler une gorgée et enfin raconter sa mésaventure de la veille.
Anthonin fut horrifié des risques pris par la jeune fille, il lui hurla dessus son inconscience et sa bêtise avant de lui faire promettre de plus s'aventurer seule dans de tels quartiers et tout au moins de l'en informer.

Le jeune homme calmé, elle put poursuivre son récit et évoquer la Une du matin:

- Tu as entendu parlé de ce nouveau meurtre ce matin? Un corps atrocement mutilé? C'est le troisième de ce genre il me semble; mais ce que je n'avais pas remarqué avant ce matin, c'est que les deux précédents meurtres se sont déroulés aux mêmes périodes que les réunions secrètes!

- Ma pauvre Hae, tu dois encore être sous le choc de la nuit précédente, pourquoi y'aurait-il un lien entre les réunions et ces meurtres?


- Mais réfléchis! Ces réunions ont pour but d'évoquer des théories médicales que les mœurs actuelles ou l'éthique, ou tout autre excuse, ne permettent pas d'évoquer en public. Le progrès médical ne doit pas être entravé par ces vieux schnocks dépassés! Nous ignorons encore tellement du corps! Nous pourrions sauver tant de gens si nous cessions d'être limité par ces pratiques ancestrales qui relèvent plus de la sorcellerie ou des croyances de grands-mères que de la véritable médecine! Tu réalises que

- STOP Hae! Je connais ta position sur le sujet; mais en quoi ces "réunions qui doivent rester si secrètes qu'elles en deviennent introuvables" et dont je ne suis même pas encore persuadé qu'elles existent réellement et ne sont pas une légende; en quoi auraient-elles un rapport avec ces meurtres?

- Déjà ces 3 meurtres ont étrangement lieu les lendemains de ces réunions. Et j'en reviens pas que tu doutes encore de leur existence! Et enfin! c'est logique non?! Les articles indiquent que les corps sont étrangement mutilés, d'une précision qui suppose des connaissances particulières du corps humain!

- Et?

- Tu fais exprès d'être obtus ou bien? ET : je suis sûre qu'un participant de ces réunions décide de mettre en pratique les théories évoquées à ces réunions!

Anthonin restait sceptique face aux conclusions de son amie; elle était d'ailleurs un peu trop excitée par l'idée pour qu'il arrive à véritablement la prendre au sérieux. Pourtant ses arguments n'étaient pas totalement idiots, et le doute était en train de se frayer un chemin dans son esprit. Au point qu'à son grand étonnement il demanda à la jeune femme:

- Bon, et donc, qu'allons nous faire pour le prouver?



Cassiopée

Placide Rafoneau ne se l'était pas fait dire deux fois. Si Albert Bolivar lui donnait la permission d'agir comme bon lui semblait, il comptait bien se faire un doux plaisir.
Alors, il s'engagea sur les pas Brougnasse. Le policier n'avait pas demandé son reste pour obéir aux ordres. Les colères de Bolivar étaient rares.

Il rattrapa Brougnasse alors qu'il quittait du commissariat. Leur sortie fut facilitée par le pauvre Anatole Bracoureur, totalement colonisé par les journalistes alors même qu'il mettait le pied dehors.

Placide aborda Brougnasse sans tergiverser :

- Je t'accompagne jusqu'à la morgue puisque j'en ai le droit.

Un énorme sourire illuminait sa face en prononçant ces mots alors que celle de son co-équipier du moment se renfrognait.

- T'es pas obligé de me suivre. Je suis capable de faire le boulot tout seul. T'as peur que j'oublie quelque chose ?

- Je crains seulement que tu oublies l'essentiel. Car l'essentiel est la source de notre métier, sais-tu ? C'est le petit épice qui fait que le plat prend du goût, de l'odeur et qu'on peut alors le savourer. J'ai aussi des doutes sur ta capacité à poser la bonne question, la petite question qui fait lever la pâte et gonfler l'affaire jusqu'à ce qu'elle éclate !

Le détective parlait fort avec cette touche de moquerie qui énervait tant le policier. Placide le savait et aimait tout particulièrement en jouer quand il se trouvait face à Brugnasse. Le bougre ronchon rentrait alors ta tête dans ses épaules en bougonnant.

La morgue n'était qu'à quelques pâtés de maison du commissariat et il arrivèrent rapidement sur le lieu.


Méli

Le dernier corps mutilé avait été retrouvé dans le même quartier mal famé que celui où devait se dérouler la réunion secrète. Hae était d’autant plus frustrée de n’avoir réussi à y assister qu’elle aurait au moins eu une idée des meurtriers potentiels. Elle devait découvrir le prochain lieu de rendez-vous et enfin réussir à s’y faire admettre. En attendant, elle avait convaincu Anthonin de l’accompagner fouiner autour de la scène de crime ; peut-être la populace qui s’y trouvait aurait remarqué des gens de bonnes familles n’ayant rien à faire là.

Retourner dans ces ruelles sombres n’était pas agréable pour Hae. Elle sentait son ami encore sceptique, et il l’accompagnait probablement davantage par jeu que par conviction. Mais peu lui importait dès lors qu’elle ne se retrouvait pas seule dans cette zone. Elle se tenait bien droite, tête haute et l’air confiant alors qu’en vérité elle sentait ses muscles se tendre et une boule dans l’estomac se former à mesure qu’elle avançait dans le quartier. Des idées malsaines tournaient dans sa tête, elle imaginait son corps mutilé gisant dans la rue sans aucune dignité, retrouvé au petit matin pour faire la Une.


Anthonin avait sentie son malaise et pris la main. Il s’évertuait depuis quelques minutes déjà à tenter de la faire rire en lui racontant son déjeuné de la veille où il s’était lamentablement ridiculisé devant de belles demoiselles. Il atteint son but puisqu’elle se prit à l’histoire et laissa échapper quelques rires. Elle lui fut reconnaissante de ses efforts, toutefois ses idées morbides ne s’évanouirent pas.



Cassiopée

Les deux hommes se tenaient à présent au coté du médecin-enquêteur devant un mur de tiroirs. Les devantures de bois ciré étaient marquées de numéros eux-mêmes gravés dans des plaques de bronze. Le tiroir contenant la victime de la nuit portait le numéro 17. Le médecin dût monter sur un escabeau pour le tirer, puis il actionna un système de bras articulé pour le descendre à hauteur d'homme. Le corps était emmitouflé dans un lourd feutre sombre. Il écarta la toile de manière à dégager la femme en entier.

Le spectacle n'était pas beau à voir. Les deux détectives eurent un haut le cœur devant la vision qui s'offrait à eux. Le corps semblait avoir été charcuté avec une minutie de chirurgien. Des découpes nettes et précises creusaient des excavations où des organes avaient été prélevés et les membres n'étaient plus entiers. Le médecin-enquêteur souleva le masque gazeux qui recouvrait le visage en précisant :

- Les yeux ont été retirés avec beaucoup de précaution et les plaies ont été brûlée à la flamme. Peut-être pour éviter trop de saignements.
Ce qui est particulier ici, c'est le travail soigné dans l'horreur du tableau. Celui qui a agi est un connaisseur. Il en sait plus que moi. Vous voyez comment le cœur a été retiré ? Les os et cartilages ont été soigneusement découpés. Tout est bien net. C'est du travail d'artiste.


Placide observait chaque détail en tournant tel un chien de chasse autour de sa proie quand Brugnasse s'exclama :

- Mince ! J'ai oublié le faiseur d'images ! Je reviens.

Resté seul avec le médecin, Placide en profita pour poser toutes les questions qui lui venaient à l'esprit. A la fin de son interrogatoire, il avait une idée assez précise des outils utilisés pour les amputations. Par contre aucun renseignement ne lui fut fourni sur l'identité de la victime.



Méli

La scène de crime était facilement repérable à l'attroupement de badauds curieux. De nombreux journalistes se pressaient à la limite de zone sécurisée, hurlant tous les uns plus fort que les autres pour capter l'attention des enquêteurs. Hae entendait leurs questions et théories parfois absolument ridicules. Tout était bon pour attirer les lecteurs, même les idées les plus farfelues et les conspirations irréelles. Probablement blasés, les inspecteurs ne leur accordaient même pas un regard.

A contrario, la foule était très sensible à ces paroles. Les rumeurs ainsi lancées provoquaient l'agitation et les policiers chargés de sécurisé la zone avaient bien du mal à maintenir cette marée humaine avide de réponses et qui devenait quelque peu agressive. Des insultes de tout genre fusaient sur l'incompétence de la police, parfois même des objets visaient les hommes en uniformes. Ce troisième meurtre atroce réveillait les peurs primaires des habitants du quartiers.

Il sembla sage à Hae et son ami de s'éloigner avant que la situation tendue dégénère. La jeune femme proposa alors de retourner au lieu de rendez-vous de la veille. Elle espérait que la faune locale pourrait la renseigner. Il n'était pas inconcevable qu'un homme ou deux de bonnes familles se perdent dans ce quartiers pour des raisons peu avouables; mais bien plus suspect et remarquable quand c'étaient plusieurs hommes distingués qui venaient par hasard se perdre dans ce coin mal famé, à la même heure de surcroît.
La tâche la plus difficile serait de convaincre les habitants du quartiers, habitués à devoir voir pour survivre mais se taire, à lui parler de leurs observations à elle, jeune femme visiblement de bonne famille.



Cassiopée

En sortant de la morgue, Placide n'avait pas envie de rentrer chez lui. Cette affaire l’intéressait de plus en plus. Il décida de retourner dans le quartier où le corps mutilé avait été retrouvé.
De jour, les impressions données par l'environnement n'étaient pas les mêmes. Les ruelles sombres laissaient passer quelques rais de lumière entre les hauts bâtiments. Pourtant, l'aspect lugubre du quartier persistait. La saleté des murs noircis par la suie jumelée à l'étroitesse des lieux écrasaient le passant aussi sûrement que la mauvaise réputation des habitants : Coupe-gorge disait-on.

Aujourd'hui encore il satisfaisait à l'opinion générale. La faune locale étaient semblable aux murs, crasseuse et le regard sinistre.
De jour, les ruelles se remplissaient de badauds traînant le pied entre deux groupements d'individus prêts à jouer leurs derniers pécules dans quelque échange illégal ou à une partie de Trip à même le sol.
Placide s'était rendu expert au Trip en fréquentant la racaille de sa jeunesse. Il aimait ce jeu qui alliait puissance musculaire et perversité intellectuelle. Il se rapprocha donc d'un petit groupe d'hommes qui observaient deux Trippeurs en pleine action à quelques mètres de la zone du crime.
Les Trippeurs, torses nus, soulevaient d'une main une pile de pavés tandis que de l'autre, ils tenaient leurs cartes.
Soudain, celui qui portait la plus courte tour de pavés annonça triomphant : « Mise à pied ! » et laissa les pavés dégringoler au sol avec vacarme. L'autre n'eut que le temps de se reculer mais se faisant, sa pile se mit à osciller dangereusement avant de tomber à son tour. Ravi de l'effet qu'il avait provoqué, le premier joueur, le sourire aux lèvres, abattit ses cartes avec un magistral « Cul sec ! » Il avait gagné et les parieurs qui avaient semble-t-il misé sur le second individu râlèrent.

Placide en profita pour se positionner à proximité d'un parieur qui venait de vider sa bourse.

- C'est quand même bête, lui dit-il. L'autre aurait pu ne pas laisser tomber son échafaudage. Ça lui arrive souvent ?

L'autre avait envie de s'épancher sur son sort et en profita pour lui raconter une grande part sa vie. Tout ce qu'il fallait à Placide pour envisager un interrogatoire plus précis sur ce qui l’intéressait vraiment : le crime.



Méli

Les deux amis attirés quelques regards en coin. Certains individus louches avaient même décidé de les suivre un moment. Anthonin ne s'en inquiétait pas mais Hae se félicitait d'avoir pensé à se délester de ses bijoux avant cette escapade.
Il lui semblait s'enfoncer dans des rues de plus en plus lugubres alors même qu'il faisait plein jour. Elle redoutait particulièrement les petites ruelles étroites aux murs noirs de suie et d'autres immondices dont elle préférait ne pas connaître la nature.
Elle s'agrippait au bras d'Anthonin tout autant pour se rassurer que pour ne pas chuter entre deux pavés déchaussés. Il était parfois ardu de rester à deux de front mais la jeune femme n'arrivait pas à se résoudre à s'appuyer sur ces murs répugnants.

Elle réalisait bien qu'elle avait l'air ridicule, et qu'au final, elle était habitué à une vie propre et aseptisée en tout point.
Hae avait souvent estimé injuste les regards de haine et de reproche des malheureux, estimant qu'elle ne profitait pas honteusement d'une vie aisée. Pourtant elle devait bien admettre la réalité dans ces ruelles si crades et puantes que l'air en était lourd, qu'elle était, sans contestation, une jeune femme privilégiée.

Anthonin, de famille pas moins aisée qu'elle, ne semblait pas déplacé dans cet environnement. Il était aussi à l'aise ici que parmi la haute. Il n'y avait aucun doute sur ces origines sociales mais il avançait avec aisance alors qu'elle jetait tout autour des regards apeurés.

Hae retrouva un sembla de confiance quand la rue devint plus large. Il y avait également davantage d'animation, quelques groupes se formaient autour de jeux de rue.
Anthonin s'intéressa particulièrement à une partie dont elle ne connaissait les règles. Elle fût surprise lorsque l'un des joueurs cria "Mise à pied" en laissant tomber des pavés.
La tour de l'autre joueur s'effondra à son tour. Cela devait signifier la fin de la partie aux vues de la déception des uns et de l'exultation des autres parieurs, qui tous se dispersaient déjà.



Cassiopée

A peu de distance de là, Placide avait enfin pu aborder le sujet qui lui tenait à cœur avec son interlocuteur.

- Celui là ? Disait le parieur déconfit en montrant la ceinture de protection qui encadrait le lieu du crime. Celui là, il n'était pas d'ici. C'était un gars de la Haute. Je parierais sur un gars du Nord de la ville. Un de ceux qui vivent en réfléchissant tout le temps, vous voyez ? Ceux-là, je les reconnais presque à chaque coup, ils sont pas friqués comme les gars des boulevards ou tourneboulés comme ceux de la petite Thil. Non, eux, ils sont étriqués de la carrure. Celui là, il était comme ça.

Placide s'apprêtait à poser une dernière petite question sur l'arme du crime quand il aperçut la silhouette discrète de sa protégée de la veille. Il aurait pu ne pas la reconnaître tant elle se serrait contre son compagnon pour se rendre furtive.
D'un coup, rien ne lui parut plus important que l'aborder aussi coupa-t-il rapidement court à sa conversation pour se précipiter vers le couple.

- Hé ! Mamselle Hardetoun, heu... Hardetune... Rha, j'ai oublié votre nom ! Mais je suis bien content de vous retrouver.
Bonjour monsieur. Ajouta t-il en tirant son chapeau bas et en regardant l'homme en biais.



Méli

Hae ne s'attendait pas à être abordée en ces lieux et la surprise eut pour conséquence de la priver quelques minutes de ses facultés mentales. Elle se sentit d'abord acculée comme une biche face à la meute. Cette léthargie cessa quand le regard de l'homme se dirigea vers Anthonin pour le saluer. Elle réalisa alors que ce n'était pas une agression mais de simples salutations.
Ses capacités mentales de nouveau actives, elle reconnu l'homme de la veille qui l'avait secouru. Dans le même temps, elle se souvint de son comportement quelque peu inapproprié et le rouge lui monta aux joues.

Le regard de l'homme revint vers elle, et les bonnes manières de la jeune femme décidèrent enfin de se rappeler à elle:

- Bonjour Monsieur. Mademoiselle Haesobya Hardenthun. J'ai bien peur de ne point me souvenir de votre nom, également. Je tiens à vous présenter mes sincères excuses pour mon comportement de la veille, ainsi que mes remerciements pour votre secours. Peux-être puis-je vous offrir un café?


Sans laisser le temps à l'homme de répondre, Anthonin ajouta Merveilleuse idée! En plus il commence à faire bien trop froid!. Il partait déjà d'un pas vif à la recherche d'un lieu adapté, ne laissant d'autres choix à des personnes bien élevée que de le suivre. Gênée, Hae lança un regard discret vers l'homme; il semblait s'amuser du comportement de son ami. Elle prit donc la suite d'Anthonin, agacée, et l'insultant mentalement de quelques noms d'oiseaux.



Cassiopée

Placide profita du trajet pour rappeler son nom à sa jeune protégée. Considérant que celui de la jeune fille était bien trop complexe à formuler au quotidien, il décida qu'intimement il ne la nommerait que Hae.

Ils pénétrèrent dans un bouiboui assez peu reluisant mais qui avait le mérite de réchauffer leurs carcasses. La bise qui s'était levée dans la matinée les avait tous trois refroidi jusqu'à la moelle.

Comme le jeune homme était parti commander des boissons chaudes, Placide en profita pour questionner tout de go sa compagne. Il était inutile de tourner autour du pot.

- Alors ? Comment considérez-vous la chance d'avoir échapper à l'état de cadavre ?



Méli

La chaleur ambiante de la pièce était bien agréable après ce froid glaciale qui lui avait piqué les joues. Elle n'aurait sans doute pas choisi de venir dans un tel lieu en temps normal, mais il ferait bien l'affaire pour se réchauffer. Le décors n'était pas vraiment travaillé, tout au plus quelques toiles au goût douteux, probablement davantage pour cacher des murs qui se délabraient faute des travaux nécessaires.
Certaines chaises et tables étaient bancales et accentuaient la pauvreté du lieu. Cependant, Hae devait admettre une certaine propreté. Elle ne voyait pas de crasse apparente ni d'odeur suspecte.

La jeune femme prit le temps d'enlever lentement ses gants ainsi que chaque bouton de son lourd manteau afin de laisser le temps à la chaleur de réchauffer son corps avant d’ôter toutes les couches de vêtements protecteurs. Peut-être aussi car elle ne souhaitait pas vraiment débuter la conversation avec l'homme assis en face d'elle.

Son interlocuteur ne la laissa pas dans ses rêveries alors qu'elle s'imaginait déjà les mains autour d'une tasse bien chaude dont la vapeur réchaufferait son nez devenu glaçon. Il la questionna dès le départ d'Anthonin.
La question posée était choquante; au point que quelques secondes, ses joues auparavant rosies par le froid, perdirent toute couleur. La surprise passée, elle finit de déboutonner sa veste pour s'asseoir lourdement. Ce temps lui permit de chercher une réponse adéquate. Même si la mention d'un cadavre lui faisait immédiatement penser à cet abominable meurtre, il était peu probable que cet inspecteur fasse un lien avec elle. Il devait tenter de l'effrayer afin de la décourager de traîner dans le coin à l'avenir. Satisfaite de cette hypothèse plausible, Hae finit par répondre:

- Il me semble que vous allez bien vite en besogne. On ne peut nier des intentions peu honorables à mon égard de cet individu hier soir, mais de là à affirmer que ce lâche avait un objectif aussi dramatique qu'un meurtre, je pense que c'est lui accorder plus de courage qu'il n'en avait.



Cassiopée

Comme le compagnon d'Anthonin revenait les mains chargés de boissons, Placide se dispensa de répondre. En effet, Anthonin,volubile, se présentait avec force détails et Placide en profita pour observer la jeune fille. Elle l'intriguait. Aussi fuyante qu'une anguille, elle avait des yeux où s'exprimait la confusion. Elle fuyait son regard autant que faire se peut.
Au bout d'un moment, fatigué d'écouter sans entendre son compagnon parler, le détective décida de mettre les pieds dans le plat.

- Pardonnez moi Haesobya, si je puis vous appeler ainsi. Je voudrais reprendre la discussion que nous avons commencé en entrant dans ce … Il hésita avant de poursuivre : ...bistrot.
Hum... Lorsque je vous ai rencontré hier soir en mauvaise posture entre les mains de cet homme bien peu scrupuleux, je l'ai clairement entendu vous malmener en disant que vous vouliez voir des expériences et que vous alliez en voir.
C'est en partie ces mots associés à ses brutalités qui m'ont amenés à me mêler de vos affaires.
J'espère que vous êtes consciente que ce n'était pas à mauvais escient, n'est-ce pas ?
Je ne cherche pas à vous nuire. Vous vous en rendez compte, j'espère ?


Anthonin était, d'un coup, devenu silencieux. Il regardait à tour de rôle son amie et l'homme avec un regard suspicieux. Hae ne répondait pas. Elle gardait le visage baissé ne laissant ainsi aucune expression filtrer vers ses interlocuteurs. N'y tenant plus, Anthonin s'exclama en se tournant vers elle :

- Tu es sortie, hier soir ?



Méli

Hae garda le visage baissé le temps de se recomposer un visage plus calme et déterminé.
Placide avait joué carte sur table et révélé des informations dont elle avait espéré qu'il sache rien. La mention des expériences lui avait provoqué un moment de panique. Après quelques minutes de réflexion, la jeune femme en avait tout de même déduit que l'homme, s'il avait noté l'importance de la chose, n'en savait rien pour autant.

Instinctivement, elle avait envie de lui faire confiance. Il lui semblait qu'elle avait cependant peu de solutions alternatives ainsi mise au pied du mur, et cela provoquait en elle un certain sentiment d'être prise au piège.
Elle scruta quelques minutes Placide avant de décider si elle devait lui faire confiance.

- Une fois encore, je vous remercie sincèrement d'être venu à mon secours. J'ai conscience que vous ne cherchez pas à me nuire, mais ca ne signifie cependant pas que je peux vous faire confiance.
Alors? Pourquoi devrais-je répondre à vos étranges questions? Pourquoi cette curiosité?
Et surtout, pourquoi revenir sur cet évènement?
Pas par inquiétude pour moi, à l'évidence, vous voyez que je vais bien!



Cassiopée

Placide claqua la langue au fond de son palais, autant pour marquer sa contrariété que pour encourager sa bonne volonté. La fille était difficile d'accès et ne serait pas facile à convaincre.
Il posa sa main sur celle d'Haesobya, la mine sérieuse.
La jeune fille retira la sienne d'un geste brusque et baissa le regard.
Alors, Placide se leva brutalement puis se rassit dans la foulée.

- Haesobya, vous êtes totalement inconsciente des dangers de la vie. Je me présente à vous, non pas en singe galant, mais en professionnel averti. Je sens, vous entendez ? Je sens avec mon flair de vieux renard de la rue que vous avez mis la patte dans un guêpier de grande taille et que votre témérité ne vous arrêtera pas là. Je vous offre mon aide par pur égoïsme. J'aime attraper au collet les affreux et sauver les naïves proies qui se jettent dans leurs rets. Je vous en prie : Laissez-moi vous convaincre d'être à vos côtés lors de la prochaine réunion qui vous fera revenir dans ces quartiers. Peu m'importe la bienséance de vos rencontres. Ce que je veux, c'est savoir ce qui se trame derrière cette course aux cadavres découpés avec Art.


Placide regarda Anthonin, l'air presque suppliant.

- Et vous ? Vous pourriez l'encourager à mieux se protéger si vous étiez un ami. Non ?



Méli

L'homme l'agaçait, elle n'aimait pas se faire faire la morale comme une petite fille; elle n'était ni une idiote inconsciente ni une naïve proie.
Cette attitude paternaliste des hommes l'énervait au plus haut point. La société donnait encore raison à ce genre de comportement et il faut bien l'admettre, bien des femmes tiraient profit à jouer les choses fragiles et les idiotes incapables.

Elle n'était pas de ce genre là, elle se battait chaque jour contre ce mépris des femmes, que ce soit auprès de sa famille ou de ses professeurs.
Hae sentait la moutarde lui monter au nez et eût de grandes difficultés à retenir sa colère quand Placide interpella son ami en considérant qu'Anthonin avait le devoir de protéger la petite écervelée qu'elle était!

Anthonin réagit avec un mouvement de recul, bien trop conscient de la tempête qui faisait rage dans l'esprit de la jeune femme. Il s'attendait visiblement à une explosion. Malgré elle, cela la fit sourire, finalement heureuse que son ami la comprenne et l'accepte.

Quelque peu plus calme, elle put remarquer le regard suppliant de Placide. Il lui sembla qu'il souhaitait véritablement la protéger et la convaincre, sans aucune vanité pour passer pour un héro.
Elle avait été dure avec lui qui avait probablement joué le tout pour le tout avec ce dernier discours, pour la persuader de lui faire confiance. Il était évident qu'il suspectait un lien avec les réunions. Cet homme pourrait être un allié utile, il était fin observateur.

Le visage déterminé, le regard franc et fier, elle lui déclara:

- Bien... cessez de vous comporter avec moi comme avec une petit fille écervelée et j'accepte de vous aider. Vous devez d'abord me dire ce que vous savez de ces réunions, ensuite je vous parlerais. Mais ce n'est pas le lieu pour une telle discussion.



Cassiopée

Il ne fallut pas longtemps au trio pour vider leur verre, payer et sortir du bistrot. C'était comme si par ses derniers mots, Haesobya avait donner le signal du départ. Ils parlèrent peu et n'abordèrent que des sujets sans conséquence.

Placide ne quittait pas des yeux la jeune fille, il paraissait l'étudier.

Une fois dehors, les bruits de la ville emplirent l'air et offrirent un bruit de fond suffisant à leurs pensées respectives.

Alors qu'ils étaient tous trois plantés à attendre que l'un d'entre eux se décide à choisir une destination, Placide demanda :

- Où voulez-vous que nous dirigions en commun nos pas, chère Haesobya ?


C'est Anthonin, désireux de ne pas être abandonné en route qui répondit :

- Que diriez-vous d'aller chez moi ? Je n'habite pas si loin et ma chambre vous offrira un petit coin salon où les discussions sont les bienvenues. De plus, l'immeuble est actuellement relativement vide car mes voisins ont pris le bateau à vapeur pour La Talante.


Au même moment, la diligence 36 siffla pour marquer son arrêt. Un long jet de vapeur suivit et elle stoppa devant le trio.

- Allez ! Venez ! La 36 va nous y mener directement !


L'entrain d'Anthonin eut raison de l'hésitation des deux autres et ils montèrent à bord en poussant un peu le monde pour pouvoir se placer.



Méli

Haesobya ne put retenir un petit rire moqueur... "un petit coin salon " ... ben voyons...

Elle s'installa avec soulagement dans la Diligence 36 assez bondé à cette heure; malheureusement pour le trio. C'était l'un des rares moments où elle était heureuse d'être une femme et profitait égoïstement de cet avantage en acceptant un siège libéré à son profit. Elle ignora le regard noir et accusateur d'Anthonin qui, du fait de sa condition d'homme, était resté debout, secoué comme un vulgaire sac.

"De plus, l'immeuble est actuellement relativement vide car mes voisins ont pris le bateau à vapeur pour La Talante." repensa-t-elle, sans réussir à s'empêcher de pouffer. Leur invité aurait une drôle de surprise en découvrant l'immeuble. Anthonin était l'un des plus riches héritiers du continent, la chambre et le petit salon en question permettait de recevoir de grandes réceptions.
Et l'immeuble en question appartenait à sa famille et les voisins n'étaient autre que ses parents.

Elle ne pouvait cependant nier l'adresse de son ami; il lui avait indiqué l'absence de personnes inopportunes en lui épargnant d'inviter leur nouvel acolyte chez elle.

- Hae! ... HAE!!! On est arrivé!



Cassiopée

Le bougre d'Anthonin ne faisait pas dans la dentelle. L'immeuble cossu avait tout de l'hôtel particulier et la chambre du jeune homme tenait plus de l'appartement friqué que du boudoir.
L'esprit lucide de Placide prenait note des informations véhiculées par un tel environnement : Grosse bourgeoisie et notables reconnus sur la place publique. Il envisageait déjà de se renseigner sur les habitants du coin.

C'est donc, très confortablement qu'ils s'installèrent autour d'une petite table finement sculptée, mais lourdement chargée de dorures. Les fauteuils ouvragés leur offraient une aise douillette et ils se retrouvèrent bien vite autour d'un thé accompagné de liquoreuses friandises. Cet homme savait vivre !

Après avoir goûté les plaisirs de la place et du moment, Placide décida qu'il était temps d'aborder le vif du sujet.

- Voici, chère Hae, ce que je peux vous dire de notre histoire, car je suis certain que tout ceci concerne notre histoire.
En constatant le meurtre annoncé dans les journaux ce matin, j'ai tout de suite fait un rapprochement entre notre rencontre fortuite d'hier et le fait divers. Pourquoi ? Allez-vous me dire ? Je ne saurais le dire clairement. Une foule de petites informations qui viennent construire l'indice : La rue, la découpe du bonhomme, la circonstance et le moment. Tout ceci lié abonde dans le sens d'une relation entre vous et lui.
Alors, je suis allé au commissariat voir mon ami Bolivar, puis à la morgue sous ses conseils pour voir le cadavre. Et je peux vous dire, ma petite, que c'était pas beau à voir. Une charcutaille de haut standing ! Le tranché de classe ! La découpe aux petits oignons ! Le boucher est un artiste.
Je suis convaincu maintenant qu'il s'agit d'expériences...
Puisque nous faisons échanges de bons procédés. Que pourriez-vous ajouter pour que vous ne retombiez pas dans un tel piège sans que je puisse vous en sortir ?



Méli

Hae avait écouté attentivement Placide. Il ne lui apprenait rien de nouveau, tout au plus il confirmait quelques soupçons. Quand ce fut son tour de parler, elle le regarda droit dans les yeux pour appuyer fermement son affirmation:

- Tout d'abord, je pense que vous faites totalement fausse route en liant mon agression au meurtre.

Hae perdit cependant de son assurance quand elle débuta son histoire; c'est le regard baissé sur ses ongles tripotant la table en bois nerveusement qu'elle poursuivit:

- Vous avez tout de même raison, je pense, de croire que ma présence dans cette ruelle est suffisamment incongrue pour y voir quelque chose de suspect.
Si je me suis montrée si... réticente... à expliquer pourquoi je me trouvais dans ce quartier mal famé, c'est que... comment dire ... la morale contemporaine ne me permet pas de pratiquer de telles activités!


Elle releva rapidement la tête sur cette dernière déclaration, comme défiant Placide d'y trouver à redire. Elle cherchait à voir sa réaction, incertaine. Elle avait le rouge aux joues de sa révélation.
Placide lui sembla surpris. Elle dirigea son regard vers Anthonin pour le découvrir écroulé de rire. La moutarde lui monta au nez.

- Mais enfin qu'il y a-t-il de si drôle dans ce que je viens de dire! Je pourrais être arrêtée tu sais pour ces sorties nocturnes!!

Bien loin de calmer son ami, sa déclaration sembla faire redoubler ses rires.



Cassiopée

Placide ne riait pas. Il cherchait à assembler les informations et les révélations de Haesobya. La jeune fille n'avait rien de la péripatéticienne et il l'imaginait difficilement faire le trottoir. Cependant, l'expérience issue de ses enquêtes lui prouvait qu'il ne fallait pas se fier à l'agneau. Il commença donc, l'instant d'un éclat de rire, à élaborer une version sadomasochiste de Mademoiselle Hardenthun. Il s'enhardit à la regarder sous un angle nouveau.
Anthonin parvenait difficilement à reprendre son souffle. Il essuyait les larmes qui inondaient ses joues en tentant de reprendre son sérieux. Hae, de son côté, était devenue pivoine.
Placide sentait la colère poindre dans ses yeux comme deux petits fusils prêts à l'emploi.
Décidément, il ne parvenait pas à identifier les actes sensés illicites menés par Hae.
Sa voix couvrit les derniers pouffements d'Anthonin.

- Et que faites-vous dans ces sorties nocturnes, Melle Hae ? J'ai du mal à vous imaginer armée d'un fouet lacérant votre partenaire, tout comme je ne vous vois pas en quête de clients payant à l'heure. Vous êtes revendeuse de drogue hallucinogènes ? Vous en consommez vous même ? Vous êtes la marraine d'une organisation politique interdite ?

Anthonin, enfin calmé, répondit avant que les canons allumés dans le regard d'Hae crachent leur feu :

- Oh non ! Elle, elle n'aime les hommes que de l'intérieur !



Méli

Enfin Hae réalisa le sens qui pouvait être donné à ses propos. Elle devint rouge de honte. Très mal à l'aise, elle lutta pour ne pas s'enfuir et se cacher. Elle osait à peine regarder l'inspecteur. Elle tenta de s'expliquer mais seuls quelques bafouillements furent audibles.
Elle prit quelques longues inspirations pour reprendre ses esprits et débuta l'histoire de la véritable raison de ses sorties nocturnes.

Hae expliqua qu'un groupe de médecins avant-gardistes s'était lassé des vieilles pratiques de leurs collègues réfractaires au progrès. Le manque d'imagination, de compétence, mais aussi la fainéantise de ces prétendus médecins, limitait les progrès réalisables pour sauver les patients ou tout au moins, améliorer leur vie.
L'obstacle le plus important à surmonter pour ce groupe d'érudits, était l'interdiction tant morale que légale de disséquer. Il en résultait que les médecins n'avaient pour la plupart que des connaissances théoriques sur l'intérieur d'un corps et son fonctionnement. De fait, leur compréhension était bien souvent que superficielle et ne permettait pas d'offrir des soins adaptés. D'ailleurs, combien d'entre eux encore préféraient envoyer leur patient chez le barbier plutôt que soigner une plaie ou un abcès? Combien de leurs collègues se contentaient encore de lavements, saignées, purges ou régimes?
Des pratiques qui, si elles ne tuaient pas plus sûrement le malade, l'affaiblissaient plus qu'elles ne le soignaient.

Le constat était donc évident, il fallait en savoir davantage sur l'anatomie et aller outre l'interdiction. Ce groupe de médecins décida donc de tenir des réunions très secrètes où ils confronteraient leurs opinions et analyses mais surtout, où ils pourraient pratiquer : parfois de la dissection sur des morts, mais parfois en tentant d'apporter une solution sur un patient volontaire.

C’est à l’une de ses réunions que Hae avait essayé de se rendre. Son agresseur était son contact.


Cassiopée

« Des charcuteurs ! » La première pensée qui traversa l'esprit de Placide Rafoneau le fit reculer. Il parvint cependant à maîtriser son regard accusateur pour ne laisser transparaître qu'un œil septique.
Il laissa le silence s'installer. Lorsque celui-ci devint un peu trop lourd à supporter pour les trois convives, il décida de le briser :

- Je n'avais pas conscience de tels agissements chez nos hommes, et femmes (dit-il en faisant une courbette) de sciences. Mais sans doute ne suis-je pas le mieux placé pour pouvoir juger du bien fondé de ces actes hors la loi. Je comprends que vous rechigniez à m'en parler. Sachez, cependant que je garderai cette information pour moi. En espérant qu'un autre mort ne soit pas découvert dans les jours à venir...
Je vous propose de retourner voir le macabé. Peut-être reconnaîtrez-vous un de vos partenaires de divergence et dans tous les cas, peut-être pourrez-vous me révéler quelques informations sur les coups de bistouris opérés.
Vous dîtes que votre agresseur était votre contact ? Hum... Il était bien louche pour un médecin cet homme. Vous le connaissiez d'où ?



Méli

- Malheureusement, en l'état, je n'ai pas encore réussi à intégrer ces réunions... Et j'ai de forts soupçons sur mon contact. Je crois qu'il a simplement profiter de mon désir de les trouver. Trop obnubilée, j'ai manqué de précaution. Il ne devait pas avoir la moindre idée de ce dont je parlais.


Elle avait honte de son emportement et de sa naïveté, elle avait bien trop été aveuglée par son désir de les trouver.

- Pour être honnête, ma condition féminine ne m'aide pas à être introduite. Je n'ai pas non plus un statut assez intéressant pour valoir une prise de risque pour moi. Elle lança un regard appuyé à Anthonin. D'autres sont plus intéressants à ce niveau. Reportant son regard sur Placide, elle ajouta: Par contre j'ai trouvé comment ils communiquent la date de réunion!



Cassiopée

Cette jeune écervelée était vraiment en danger. Placide en fut si intimement convaincu que son imagination la para d'une armure de cuir tressé en double épaisseur comme en vendait le bourrelier de la rue de la Cuve à l’œuf. Il l'imaginait ainsi vêtue des pieds à la tête et se voyait à ses côtés les pistoles aux mains prêts à perforer le premier petit cannibale venu.
Cependant, la fille n'était pas aussi naïve qu'elle en avait l'air et le jeune Anthonin n'était sans doute pas le bon samaritain aux mains blanches qu'on pouvait espérer. Ses yeux allaient de l'un à l'autre. Anthonin avait la conscience de ses seuls souliers et la jeune Hae, le rose aux joues, paraissait plus déterminée que jamais. Il la questionna brutalement :

- Vous êtes tous les deux concernés ?

Puis s'adressant à Anthonin :

- Vous vous êtes déjà rendu à une de ces soirées privées, vous ?

Enfin, parlant avec lui-même :

- De toute manière rien ne les empêchera de poursuivre si je le comprends bien... Il faut vraiment creuser la question de ce meurtre. Tout est trop lié...


Tout à coup, son regard s'illumina :

-Vous dîtes que vous savez comment contacter les dissidents ? Vous ne faîtes rien sans moi, n'est-ce-pas ?!

Il fut surpris d'entendre Anthonin se joindre à sa supplique :

- Sans moi non plus !




- Hum ... en vérité je ne saurais les contacter pour l'instant, je dois encore déterminer deux-trois petites choses. Mais avec ce que nous avons découvert, je suis sûre que nous avons la clé !

Devant les regards insistants de ses deux camarades, elle déposa les armes dans un murmure :

- Bon d'accord, je ne ferais rien sans vous deux... Puis reprenant de la force dans la voix Mais ne vous avisez pas de me mettre de côté !

- Bon, oui, on verra ... Mais arrêtes donc et dis nous ce que tu as trouvé !

La réponse d'Anthonin ne lui plaisait pas, il allait essayer de l'écarter à la moindre occasion. La moue pensive, Hae ne vit pas son ami qui commençait à s'agacer.

- Tu vas devoir te satisfaire de cette réponse si tu ne veux pas que je prévienne ton frère. Nul doute qu'il t'enverra en sécurité dans une bonne famille qui t'apprendra enfin à prendre soin de ta condition féminine. Et ne te fais pas d'illusion, je n'aurais aucun remords à te séquestrer ici si c'est pour ta sécurité ! Le jeune homme avait terminé sa tirade en hurlant, visiblement hors de lui.

Haesobia s'était levée aux premiers mots de son ami, prête à argumenter. Mais le ton brusque de son ami et sa posture agressive l'avait stoppé dans son élan. Il n'était pas dans ses habitudes de se montrer si brusque avec elle ni même de la remettre à sea place de "femme". Bien au contraire, il avait souvent pris son parti, et c'était même lui qui avait finalement réussi à convaincre son frère de la laisser venir étudier dans la grande ville.

Elle l'observait tourner en rond, visiblement toujours énervé. Il lui jetait de fréquents regards, semblant hésiter sur la suite. Enfin, quelques minutes plus tard, il poussa un long souffle comme pour évacuer sa frustration et s'approcha d'elle :

- Je n'aurais probablement pas dû te dire cela, ni m'énerver. Puis après un nouveau long soufle, Te rends-tu seulement compte du danger ? L'un d'entre eux s'amuse à mutiler des gens !

Hae vit enfin l'inquiétude dans les yeux de son ami. Elle posa une main sur son avant bras pour l'apaiser et déclara :

- D'accord je te le promet, je prendrais garde à ne pas me mettre en danger. Anthonin ne sembla pas très convaincu, mais n'ajouta rien; elle poursuivit donc: Ils communiquent par les petites annonces !


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Message posté le 23:27 - 23 nov. 2015

- Les petites annonces ?

Placide avait interrompu la jeune fille malgré lui et s'en repentit bien vite quand elle s'interrompit.
Un peu gêné, il se gratta le cuir chevelu et la regarda, une moue grimaçante sur la face.

- Vous ne voulez pas en dire un peu plus ?

Mais au moment où Haesobia allait reprendre le fil de son explication, Anthonin, qui avait attrapé le journal au moment même où elle avait parlé de petites annonces, s'écria :

- Tu veux dire qu'ils envoient des petites annonces de ce genre là ?

« Jeune homme, bien sous tout rapport, cherche âme compatissante pour découverte intérieure, plus si affinité. »


La blague était lourde. Elle détendit pourtant l'atmosphère car Placide rit de bon cœur et Hae poussait du bras son ami d'un air complice en lui disant :

- Gros bêta, ils sont bien plus fins que ça ! Ils m'ont donné du fil à retordre pour que je comprenne leur manière de communiquer...


Les deux hommes s'étaient tus. Ils attendaient la bouche entrouverte et les yeux aux aguets la suite de l'explication.


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Message posté le 21:46 - 2 déc. 2015

Viktor réfléchissait en marchant, régulièrement il tirait sur sa pipe et lâchait derrière lui une épaisse fumée odorante. Il faisait route vers la morgue où le dernier corps avait été envoyé. Viktor l'avait appris par un officier de police qui lui fournissait souvent des indices ou de petites indications sur le déroulement des enquêtes. Viktor ne connaissait pas précisément la raison qui motivait le gardien de la paix, que ce soit pour embêter ses supérieurs ou rendre service à une face honnête, peu lui importait tant que c'était fiable. Ou alors c'était parce que le journaliste savait raviver la flamme de leur relation par de modestes présents, comme des bouteilles de bourbons ou des cigarettes de contrebande venant de Gav'Orn.


Il prenait son temps – mais pas trop non plus, il fallait atteindre les lieux avant leur fermeture – puisqu'il lui restait encore à découvrir par quel moyen il allait convaincre le légiste de lui montrer le corps de la victime. Il faudrait la jouer fine et trouver de quelle manière faire pression. Compliments ? Cadeaux ? Échange de services ? Menaces ? Tout homme avait son prix, et sa limite.


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Message posté le 11:55 - 4 déc. 2015


-- Je n'ai pas encore la totalité des informations, je sais seulement que la date est indiquée dans les petites annonces.

Puisque cette fois, aucun d'entre eux ne l'interrompit, trop curieux d'en savoir davantage, elle poursuivit :

-- Tu te rappelles Anthonin, quand je faisais une "fixette", comme tu disais, sur le Professeur Flodorin de Oudargues ? Un hochement de tête de l'intéressé lui confirma qu'il en avait le souvenir. Je le soupçonnais fortement de participer à ces réunions.

-- Oooh ! Je comprends mieux pourquoi tu insistais pour participer à toutes ces conférences... même les plus inintéressantes et barbantes... ajouta-t-il dans un soupir. Mais pourquoi le soupçonnais-tu ?

-- Tu sais bien que certains hommes considèrent les femmes comme des choses idiotes uniquement utiles pour leur bon plaisir et plus idiotes que leur chien favori ... Le sourire en coin d'Anthonin et le pianotement de ses doigts sur la table, firent comprendre à Hae, plus surement que toute remarque, qu'il était inutile de dévier du sujet vers cet éternel débat ...

-- Hum,oui... bon, bref, il ne faisait donc pas attention à ma présence alors que j'attendais pour lui poser une question sur un cours. Il conversait avec le Docteur Enéour de Oisaud qui avait participé à la conférence. Je n'entendais pas bien, mais ils ont évoqué de "grandes avancées", "une chance extraordinaire pour l'avenir de la médecine" et "des vieux croûtons effrayés par le changement", etc...
Le Professeur partageait sa hâte de participer à de nouvelles expériences à la prochaine réunion. Le Docteur lui demanda alors si la date avait été transmise. Le Professeur lui a montré le journal du jour en lui disant "Le 23 ! Vous voyez ?" et en pointant les colonnes des petites annonces.


-- Je vois ... tu aurais dû m'en parler ... lui reprocha Anthonin d'un ton où l'on sentait poindre à nouveau la colère.

Hae reprit rapidement ses explications avant que celle-ci n'éclate. Placide de son côté, semblait très pensif.

-- Je n'étais pas sûre de quelle petite annonce il s'agissait, j'ai donc dû attendre la suivante pour vérifier mes théories. Quand j'ai remarqué que le Professeur était à nouveau particulièrement impatient et excité, j'ai vérifié à nouveau les annonces. L'une d'elle avait retenue mon attention :

"Saint Thomas propose une introspection à Alphonse"


Très fière d'elle, Hae attendait de son public les compliments tant mérités pour son extraordinaire perspicacité, mais elle n'eut que des regards incompréhensifs. Déçu, elle poussa un long soupir avant d'expliquer :

-- Saint Thomas, "Je ne crois que ce que je vois"; or autopsia vient de l'ancien aélisien et se traduit par "vue par soi-même". Enfin, Alphonse correspond à la date, la fête des nommés Alphonse tombe le 23 du premier mois.


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Message posté le 18:28 - 11 déc. 2015

La gamine était perspicace. Placide hochait de la tête, la moue approbatrice. Cependant un détail lui échappait et il n'attendit pas que Anthonin prenne la parole à sa place car il le voyait rougir de colère et n'avait pas du tout envie de subir une quelconque querelle.

- Une chose me dérange dans cette annonce, même si vous avez plutôt été judicieuse pour comprendre leur langage : Vous n'aviez aucune idée qui était Saint Thomas ? Car j'imagine bien que ce n'est pas le prénom de votre agresseur, ni même celui d'un de vos pontes d'Université. Et le lieu du rendez-vous ? Comment l'avez-vous trouvé ? C'est bien beau de connaître la date et l'objet de la rencontre.


Placide était contrarié et comme chaque fois qu'il était soucieux, son visage prenait l'allure d'un masque métallique.

Il ajouta d'une voix dure :

- Mademoiselle Haesobya vous nous cachez des renseignements.

Anthonin, tout d'abord frustré de n'avoir pu se livrer à l'empoignade verbale escomptée, bougonna :

- Oui, Mademaoiselle Haesobya l'Obscure, donnez-nous un peu de vos époustouflantes lumières.


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Message posté le 18:57 - 11 déc. 2015



-- Non, non je vous ai tout dit ! répondit-elle précipitamment. Elle aussi sentait couver une nouvelle tempête. Mais je devrais davantage vous expliquer peut-être... Vous ne semblez pas connaitre Saint Thomas. Elle prit quelques secondes pour organiser ses pensées et poursuivit : Il est vrai que je ne connaissais pas Saint Thomas d'Aquainos avant d'étudier la médecine... Il s'agit d'un illustre médecin qui rejetait certaines croyances qu'il jugeait être, je cite, "des boniments de bonne femme" et des "croyances blasphématoires" à propos de certaines maladies qui étaient dîtes l'oeuvre du diable. Mais l'on retient surtout à son propos la maxime "Je ne crois que ce que je vois". J'ai pensé qu'au regard des expériences pratiquées, cette formule pouvait être très a propos. Ainsi, j'ai surveillé les annonces qui mentionnaient Saint Thomas. Rien de plus.

Devant l'air entendu de ses deux inquisiteurs, elle reprit rapidement la parole :

-- Je ne savais pas où aurait lieu la réunion, vraiment ! Sinon je n'aurais pas eu besoin de cet imbécile... Mon... "agresseur", je me suis méprise. Je l'ai repéré à plusieurs reprises avec des personnes que je suspectais de participer, j'ai cru qu'il pouvait m'y emmener. Aujourd'hui je pense plutôt qu'il les fournit en produits assez peu... légaux. Je pense que c'est un pur hasard s'il m'a donné rendez-vous près de la scène de crime. Après il est logique de m'attirer dans ces ruelles où des cris n'alerteront personne... De même, il serait logique que les réunions se déroulent dans ces quartiers où il est de réputation que vos allés et venues seront gardées secrètes.

Alors qu'ils se faisaient tous deux pensifs, elle conclut :


-- Nous allons devoir découvrir par nous-même comment ils communiquent le lieu de rendez-vous.


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Message posté le 19:35 - 11 déc. 2015

Pris le nez dans le plat à manquer de culture, Placide aurait aimé renvoyer la jeune Hae dans les filets. D'accord il ne connaissait pas Saint Thomas d'Aquainos. D'accord, la fille était plus maligne qu'il ne le pensait jusqu'ici. Il allait devoir l'admettre.

- Bon.... J'avoue, Hae, que je ne vous avais pas imaginé si finaude. Ceci dit, je trouve que vous avez un petit raccourci sur la manière de juger votre agresseur qui me gêne un peu.


Un petit regard du côté d'Anthonin lui prouva que ce gars là pourrait leur être utile. Le simple constat que le jeune homme pouvait financer leurs déplacements était déjà un énorme avantage en sa faveur.

Celui-ci était nerveux, mais comme le détective, s'était plongé dans la réflexion.
Placide brisa le silence installé suite à la longue tirade de l'apprentie charcutière.

Il fit signe à ses deux acolytes de s'approcher jusqu'à former un petit noyau plus ou mois compact. Il dit d'un air conspirateur :

- Vous savez ce qu'on va faire ? On va commencer par se promettre de s'épauler dans cette affaire et jurer qu'on ne cherchera plus à faire cavalier seul pour démêler cet affreux écheveau. Ensuite, si vous êtes partants, je vous propose de retourner à la morgue avec moi avant qu'elle ne ferme pour que Haesobya voie le cadavre trouvé sur les lieux. Qui sait ? Peut-être qu'elle connaît la victime ? Ou qu'elle l'a aperçu un jour ?


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Message posté le 20:14 - 11 déc. 2015

La nuit tombait et le froid devenait mordant. Hae espérait à moitié que le bâtiment serait fermé mais hâta tout de même le pas pour ne pas se laisser distancer par Placide. Elle n'avait vraiment pas hâte d'arriver à la morgue. Ce ne serait pas son premier corps froid, mais pour autant, elle n'avait pas encore l'attitude blasée des véritables habitués. Elle observa Anthonin discrètement, il n'avait pas l'air bien plus à l'aise qu'elle.
Elle lui donna un coup de coude pour lui montrer son soutien. Il lui répondit par un discret sourire qui ne monta pas à ses yeux. La jeune femme regrettait d'avoir entraîné son ami dans cette histoire glauque mais elle savait qu'il était dorénavant trop tard pour lui proposer de se retirer, il refuserait de la laisser se mettre en danger sans lui.

Ils étaient arrivés devant l'établissement et Placide les avait directement guidé dans la salle où était rangé le corps. Hae avait été impressionné qu'aucun n'arrête le petit groupe, au contraire, Placide semblait connaître la plupart des salariés qui le saluaient, parfois avec un sourire, parfois avec un agacement qu'ils ne cherchaient même pas à simuler.


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Message posté le 20:16 - 14 déc. 2015

Finalement il l'avait jouée fine. Il avait prétendu que la dame âgée décédée quelques jours auparavant était sa vieille tante, il venait vérifier son identité afin d'entreprendre les procédures inhérentes aux obsèques. Les fonctionnaires étaient soulagés qu'un parent potentiel se manifestât, cela permettait de transmettre le corps de la défunte au croque-mort, libérant ainsi de la place et évitant d'inhumer la solitaire octogénaire dans une fosse commune.


Le légiste avait présenté son corps à Viktor qui en avait profité pour lui demander de le laisser seul avec la femme qu'il venait de reconnaître comme sa tante. L'affable médecin s'était tout juste éclipsé que Viktor passait de table en table à la recherche du mutilé, pressé par le temps.


Où est-ce que tu es ? maugréa-t-il entre ses dents.


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Message posté le 20:27 - 17 déc. 2015

La voix forte de Placide Rafoneau dominait le silence feutré de la morgue. Le détective subissait les ambiances surannées des lieux publics où le mutisme n'avait aucune raison intelligente d'être instauré. Alors, en représailles, il parlait plus fort encore qu'il n'en avait l'utilité.

- C'est le numéro 17. Vous pouvez nous ouvrir le tiroir maintenant ? Nous n'en n'aurons pas pour très longtemps.
Ah ? Un visiteur est déjà dans la morgue avec un macchabée ? Pas de problème ! Il ne nous gêne pas, je vous assure.


Le médecin légiste, un petit homme plutôt timide de nature, ne résista pas à l'ouragan qui s'était introduit dans son domaine. Il ne sut comment s'y prendre pour lui barrer le passage, si bien que les trois amis entrèrent dans la salle au moment même où Viktor se composait une mine dépitée au dessus du cadavre d'une vieille femme à l'air peu amène.

Placide eut la délicatesse de se taire en encourageant le médecin à passer devant lui afin qu'il mette en branle le bras articulé qui sortirait le tiroir n° 17.
Ce dernier, gêné, s'excusa auprès de l'homme en plein recueillement qui levait le nez à leur entrée. Puis, il déballa le mort de son suaire de feutre épais.


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Message posté le 15:34 - 19 déc. 2015

Quand il avait entendu la voix forte et autoritaire de Placide Rafoneau dans le couloir, Viktor s'était empressé de retourner auprès de la tante qu'il venait d'adopter post mortem. Il était à peu près sûr, avant de voir le bonhomme, qu'il était soit un balourd soit un agent de police pressé pour investir de la sorte la morgue, voire les deux.


Viktor n'eut pas vraiment à se forcer pour afficher un air déconfit, il lui suffisait de se dire qu'il passerait pour un ordurier de la pire espèce s'il se faisait prendre. Fort heureusement, son attitude pouvait passer pour de la tristesse, aussi, il ne détailla le groupe que du coin de l'œil à leur passage. Ils formaient une étrange procession. Le légiste y avait sa place, forcément ; le grand brun dont la voix portait avait tout d'un officier de police : l'attitude assurée et le regard inquisiteur ; par contre les deux jeunes qu'ils traînaient à leur suite étaient un mystère. Des aristocrates selon leur port de tête et leur dos bien droit qui n'avaient jamais eu à se casser pour retourner la terre ou soulever de lourdes charges. Il ne put en savoir davantage, c'était tout ce qu'il pouvait deviner d'après leur physionomie en quelques secondes.


Ils se dirigèrent vers une cellule réfrigérante. Le médecin se battit pendant plusieurs minutes, perché sur son escabeau, contre la manivelle qui descendait la table grâce à un système de bras articulé. La scène en était presque cocasse, tant le petit légiste s'agitait pour que les rouages tournassent. Viktor regarda par dessus son épaule et croisa en pensée les doigts pour que ce fût le corps qu'il recherchait.


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Message posté le 19:40 - 20 déc. 2015

Haesobia était très gênée du comportement quelque peu ostentatoire de Placide et n'osa jeter un œil sur le visiteur afin de ne pas le déranger davantage par sa curiosité. Les difficultés du médecin légiste à actionner la manivelle, dans des grincements hautement désagréables, ne fit qu'aggraver son sentiment de malaise. Le pauvre homme ne pourrait décidément pas se recueillir en paix auprès de la défunte.

Après un moment qui paru interminable à la jeune femme, la table avec la victime se stabilisa enfin devant le trio, dans un dernier crissement. Sans attendre que le médecin descende de son escabeau, Placide souleva le drap sans aucun tact.

Hae retint un haut de cœur. Ses cours l'avait déjà préparé à voir des corps, même rigide, mais celui-ci avait été charcuté. Une fois que son cerveau écarta l'horreur de l'acte pour s'intéresser à l'aspect médical, elle remarqua que malgré les très nombreuses plaies, celles-ci avaient toutes un but "utile".

- Il n'y a aucun doute, la personne qui a fait ça a des connaissances en anatomie. Cependant, je ne pense pas qu'il ait l'habitude de pratiquer de telles ... "chirurgies". Il a parfois dû s'y reprendre pour trouver ce qu'il cherchait. Regardez ces traces au dessus du sein droit. Il a commencé trop haut dit-elle en désignant des plaies parallèles.



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Message posté le 12:31 - 21 déc. 2015

Anthonin s'était placé derrière Haesobia et regardait le cadavre du coin de l’œil par dessus son épaule tout en se couvrant la moitié du visage de sa main. Il était blanc et proche de la nausée.
Placide, lui, s'était placé face à sa jeune protégée, de manière à laisser le corps entre eux-deux. Il pouvait ainsi parfaitement suivre ses remarques et ses gestes.

La femme n'était pas belle à voir dans l'aspect livide de la mort, ses yeux excavés et ses nombreuses découpes qui ouvraient de larges blessures sur son corps.
Placide nota comment la jeune femme ne se formalisait pas de la présence d'un tel cadavre à ses côtés a contrario de son ami. Elle paraissait, non pas écœurée comme elle aurait du l'être, mais au contraire, intéressée. Ses yeux s'étaient mis à briller d'un appétit de curiosité.

Il approcha son visage du sien et lui glissa de manière à ne pas être entendu du médecin qui se tenait à leur côté :

- Qu'en déduisez-vous Haesobia ? Pensez-vous qu'il puisse s'agir d'un étudiant en médecine ou pire d'un de vos pontes ?


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Message posté le 01:18 - 23 déc. 2015

Dans le mille, Hémile ! pensa Viktor Plumant. Les trois autres visiteurs étaient eux aussi là pour le corps. À ce que le journaliste parvenait à entendre de leur conversation, la jeune femme avait la même idée que lui : le coupable était probablement lié à la médecine sans être pour autant un expert en découpage. Un professeur d'université, un étudiant fou, un médecin condamné, un empiriste s'essayant à la pratique... ils n'avaient que l'embarras du choix.


Viktor se tourna à demi. Il voyait l'armoire à glace chuchoter à la frêle blonde ; ils faisaient la paire.


Si seulement il était minuscule, il pourrait s'approcher de la table et entendre l'entièreté de leurs échanges. Pour avoir l'exclusivité de l'affaire, le mieux était encore de la résoudre soi-même, or il allait avoir besoin d'un coup d'avance sur ce groupe d'enquête hétérogène. Sans quoi le scoop allait lui passer sous le nez !


Le journaliste reporta son regard vers la tante décédée et se perdit en pensées. Le prochain mouvement le plus logique serait d'aller fouiner à l'université, interroger les professeurs et quelques élèves au hasard, fouiller des tiroirs à la recherche d'accessoires de chirurgie saignants. Ce serait assurément une perte de temps, il était peu probable qu'un tueur en série travaillant la précision laissât traîner ses scalpels souillés n'importe où. Mais il fallait bien commencer quelque part.


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Message posté le 14:00 - 4 janv. 2016

La jeune femme se réprimanda mentalement ; de la discrétion était nécessaire et elle exprimait ses pensées à hautes voix sans considérer d'éventuelles oreilles indiscrètes.
Elle prit donc soin de poursuivre en chuchotant comme Placide.

- A vrai dire, je doute que ce soit un étudiant.

Après un instant de réflexion :

Ou il est très avancé dans ses études et a déjà probablement assisté quelqu'un ayant de l'expérience.

Cependant je pense plutôt par un médecin. Très peu d'entre eux ont des connaissances en chirurgie. Comme je vous disais plus tôt, la plupart fonctionne encore de manière ... "archaïque".


Hae avait beau réfléchir, elle ne voyait pas d'autre moyen de trouver le coupable qu'en découvrant le participant.

- Vraiment, nous devons trouver un moyen d'assister à ces réunions ajouta-t-elle pensive, oubliant de chuchoter et sa volonté d'être discrète.



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