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Duo fantastique

dvb et Cassiopée

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3 juin 2016 - 19:52

Voici quelques temps, dvb demandait la participation d'un dessinateur, graphiste, peintre pour écrire en duo.
J'ai répondu à son appel. J'avais depuis longtemps envie de ce partenariat. C'était une bonne occasion. Nous avons failli la louper. Je suis sûre que cela aurait été très dommage.

Nous avons choisi de partir sur un duo à rebonds. Le principe étant de ne pas illustrer ce qu'il écrit mais de rebondir dessus pour composer ma propre partition, tandis qu'il en ferait de même à partir de mon dessin.
Nous nous sommes mis d'accord sur une piste de départ très succincte : Quelque chose qui ressemblerait à une ville abandonnée dont les bâtiments se transformeraient en un genre de monstruosité à moitié minérale, végétale.
Les dessins étaient prévus à l'encre, du traditionnel.

Nous vous présentons sur ce sujet le suivi de ce travail associé.
Il me semble qu'il serait plus judicieux qu'il ne soit pas interrompu par des commentaires, mais comme ceux-ci sont les bienvenus pour pouvez les écrire sur le sujet suivant :


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Message posté le 20:16 - 3 juin 2016

Il y a des mystères.

Des mystères bien connus de tous et depuis bien longtemps.

Si l'étrange et le fantasque sont des éléments intangibles dans nos réalités, il n'en demeurent pas moins que leurs conséquences impactent pourtant la nature intrinsèque de notre monde tellurique.

Ces mystères, ou contes ou fables, peu importe le nom dont vous les revêtirez, s'ils font partie de notre quotidien, de par leur rémanence dans nos cultures ou leurs échos dans nos modes de pensées, devraient s'y cantonner et ce, malgré l'effroi qu'ils procurent à leur évocation.

Car qu'y a-t-il de moins effroyable à nos esprits enfiévrés et affamés d'imaginaire qu'une allégorie macabre ou une histoire de fantômes ? Puisque de toutes les constructions impalpables dont l'humain est capable, nulles de celles-ci ne possèdent de tranchant ou de piquant pour le blesser.

Que la famine, la guerre, le feu ou la foudre ou quelconque funeste calamité puisse nous terrasser, nous n'en sommes que trop conscients, puisque ces maux sont matériellement présents dans notre univers.

Mais un fantasme ? Un mystère ?

Comment de telles projections éthérées pourraient nous toucher ?

Hélas, j'en viens déjà à aborder de terrifiants augures. Ainsi donc, je m'apprête à vous narrer l'un de ces mystères. Ou plutôt comment une chose inadmissible par l'esprit le plus méthodique aura-t-elle emportée l'un de mes amis, dévoré par son incrédulité rationnelle face à l'impossible.


C'était il y a déjà longtemps et je n'avais alors pas encore la barbe parsemée de blanc que j'arbore aujourd'hui.

Vivien était clerc de notaire à Montfaucon, joyau de la belle vallée qui jouxte la rivière Doreline et descend doucement vers les plaines nourricières de la Maurraine.

Il avait reçu pour mission de son Maître, de se rendre à plusieurs lieues de la ville pour fixer avec sa magnanime diligence une affaire d'héritage qui perdurait depuis deux ou trois générations dans une aimable famille de possédants de la Vallée. Un lot de terre resté depuis trop longtemps indivis échauffait les esprits de cousins, d'oncles et de tantes qui ne demandaient qu'à s'en débarrasser tandis que d'autres, petits-enfants, neveux ou nièces réclamaient leurs droits et clamaient leurs désirs d'en jouir.

C'est que le terrain, marécageux, triste, aux eaux putrides et néfastes regorgeait aussi d'une certaine aura. Bien des lustres plutôt, un moulin avait fait la richesse d'ancêtres communs tout comme les trésors qui s'y étaient déterrés alentours, vestiges d'une guerre où s'étaient affrontés de bien riches et bien parés chevaliers. Les remugles du marais étaient ainsi réputés pour leur générosité et les légendes locales débordaient de jeunes et téméraires pâtres égarés devenus immensément pourvus à la faveur d'une lunaison claire reflétant les ors des armes et des oripeaux.

En outre, il se disait que les esprits des cavaliers défunts savaient reconnaître et récompenser leur sang mais aussi celui qui portait les vertus auxquelles jadis ils avaient offert leur allégeance : foi, courage, générosité, humilité.

De fait, les héritiers étaient descendants des tristes vainqueurs qui avaient perdus la vie mais préservés leurs terres. Les trésors des fanges devaient donc leur être dévolus ainsi que tout ce qui allait avec : parc ronceux, maisonnées insalubres, moulin vétuste, bosquets madrés et actes de propriété.

Vivien s'apprêtait donc à affronter des jours voire des semaines de négociations têtues entre tous les ayant-droits afin de tirer ces jachères infestées de leur trop longue déshérence.



"J'ai une âme solitaire"
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Message posté le 15:43 - 22 juin 2016


« Qu'est-ce qu'on fout là, Mathilde ?
— Je t'ai déjà dit : on est venu chercher des trésors !
— Mais quels trésors ? Tu déconnes à plein régime, ma fille !
— Tiens, regarde ! Là ! »

Les deux adolescentes se précipitèrent au pied d'une souche d'arbre pourrie. À travers la mousse grasse et grouillante d'insectes, leur parvenait l'éclat terni d'une antique pièce d'orfèvre. Elles griffèrent de leurs ongles soigneusement manucurés, guidées par l'avidité. Mathilde était dans ses terres, comme elle aimait à le rappeler. Toute cette partie du bois qui longeait les rives de la Doreline appartenait à sa famille depuis des générations. Elle venait y passer ses vacances estivales depuis toute petite, et pour la première fois, elle était parvenue à convaincre ses parents d'emmener son amie Cléa avec eux.

Les deux collégiennes fourrageaient les épaisseurs de tourbes et de moisissures sans prêter attention aux miasmes et à la vermine. Elles avaient passé toute l'après-midi à errer dans les bosquets humides à la recherche des soi-disant trésors de Mathilde.

Deux jours plus tôt, Mathilde avait mis à profit les six heures de voiture qu'avait duré le trajet jusqu'au vieux moulin – aujourd'hui transformé en gîte familial – pour expliquer en long et en large les légendes locales et la part qu'y tenaient ses aïeux. Sa mère assise à l'avant aux côté de son beau-père avait tout d'abord mollement tenté de minimiser les hauts faits de leurs ancêtres communs, avant d'abandonner ; Mathilde en faisait des tonnes et se gargarisait des quelques raccontards qu'elle avait retenus de ses précédentes visites dans la région. Elle y ajoutait un bon nombre de détails de sa propre création, emportée par sa fantaisie et les regards subjugués et crédules de Cléa. La mère de famille avait alors fini par renoncer à rétablir la vérité et s'était assoupie pour le reste du voyage.

Si Cléa s'était fait une joie de partir explorer le tréfonds des marais et des bois guidée par sa malicieuse amie, elle avait cependant très vite sombré dans une résignation dépitée. Sa jupe tachée de boue, ses jambes nues griffées par les ronces, ses souliers ruinés par les flaques stagnantes... C'en était bien trop pour elle, enfant sage de la ville, peu habituée à la rudesse de la nature. Elle avait alors entamé une longue litanie de plaintes et d'imprécations envers Mathilde. Pourquoi devaient-elles poursuivre leur quête dans cet endroit dégoûtant ? Elle profita de la découverte macabre et bourdonnante d'une carcasse de renard éventrée pour prétexter un malaise. Mais Mathilde ne l'écoutait plus depuis près d'une heure déjà, toute absorbée par ses recherches extatiques.

Mais enfin leur patience venait d'être récompensée puisqu'elles étaient en train de déterrer... un coffret sale et vaguement doré.



"J'ai une âme solitaire"
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