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Fuites

Théâtre

  • 61 sujets
  • 710 réponses

14 mars 2026 - 15:55

Fuites


Les personnages :
Gillé von John, femme du peuple
Laurent l'Oranger, camarade syndiqué
Président Ploutos, roi de la République
Première Misonéiste, premier ministre


Acte M

Scène 1


Laurent l'Oranger

Nous devons parler à l'unisson, camarade
Sinon ce que nous rapporterons sera fade.
Notre bon pays, la Nécropole, s'éteint,
Elle a perdu ses valeurs, ses codes, son vin,
In vino veritas, in aqua sanitas,
Voilà deux breuvages absents de nos tasses.
La terre brûle, l'atmosphère s'appauvrit
Les taxes culminent, le peuple s'affaiblit.
En cette millième semaine de lutte,
Avançons main dans la main, provoquons leur chute.


Gillé von John

Vous dites vrai. L'union seule pourra mater
Ce gouvernement composé de policiers,
Quand il ne s'agit pas d'ignobles criminels.
Tandis que les corps mutilés s'amoncellent
Aux pieds des occupants du Palais de la Mort,
Le moment est venu de réparer les torts.
Pas question de présenter des doléances
Ils devront se plier à nos exigences.
Au crépuscule nous fêterons la victoire,
Les feux de joie illumineront le grand soir.


Laurent l'Oranger

Autant d'engouement de votre part me ravi
Mais avant de nous emporter, ma bonne amie,
Revoyons notre discours, notre politique.
Certes nous militons pour la fin de l'inique,
Nous souhaitons le meilleur pour la Nation
Que leur justesse reflète notre passion,
Cependant, il ne faut oublier la gageüre
Contractée devant la foule à un moment pur.
N'avons-nous pas juré...


Gillé von John

De les déménager ?



Laurent l'Oranger

Quel est cet affreux mot ?


Gillé von John

Celui qui fut voté

Quand votre syndicat a épousé la cause ;
« Le fusil brandit jamais on ne le dépose !
» Nos cartouches sont la loi et l'État de droit,
» Ce en quoi les gouvernants n'ont jamais eu foi.
» Excommunions-les jusqu'au château de Vincenne,
» Renversons ces saligauds au fond de la Seine. »


Laurent l'Oranger

De telles paroles ne sont point réfléchies
Tout au plus ce sont de bêtes entéléchies.
Vos chants font partie d'un burlesque théâtre,
Vous rognez sur le fond pour de simples deux-quatre.


Gillé von John

C'est ce que vous avez chanté à cœur ouvert.
Pourtant en votre conduite je vois Luther :
À coup sûr protestant contre ce qu'il se trame,
Mais plus enclin à chercher le salut de l'âme.
Vous parliez de chute, qu'aviez-vous à l'esprit ?
Vos inverses desseins ne seront pas compris.


Laurent l'Oranger

Comme cela nous serons deux, Gillé von John,
Prenez garde, en orange je vis, pas en jaune.


Gillé von John

Vous pointez justement le problème, Laurent
Les grévistes se sont dits : « Qu'est-ce qu'il leur prend ?
» Le jaune est si déconsidéré comme teinte,
» Que son porteur doit être perçu avec crainte ?
» Dépeint tel un Judas Iscariot ? Nenni !
» Le jaune a moult saveurs : du sable au canari,
» En passant par le caca d'oie ou le topaze.
» Citron, mimosa, moutarde, en somme l'extase,
» Banane, ambre, blé ; autant qu'il en faut nommer,
» Si la noblesse est dorée, le peuple est chromé. »


Laurent l'Oranger

Si cela vous amuse, la bonne aventure,
Si cela vous séduit plus que la conjoncture,
Voyez la divination ou les osselets.
Mais taisez-vous plutôt ; il s'ouvre le Palais.


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