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Histoires courtes

Les textes du projet Bradbury de Petrichor

Tags : Bradbury
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16 sept. 2017 - 16:56

Travaux en cours

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Qu’est ce que le projet Bradbury : A découvrir ici

Semaine 1 : La pluie (200 mots)

Le sol est trempe. Les toits dégoulinent. Le ciel est d’encre. Plus un chat dehors.
Il n’y a que moi, moi seul, à l’abri, caché derrière le rideau de pluie.
Flic floc, font mes pas dans les flaques. Les maisons sont sombres. Seules quelques fenêtres sont allumées. Flic Floc. Le chien derrière la vitre se redresse. Flic Floc. Même lui pense que c’est la pluie. Flic Floc. Je suis invisible.
Mince ! Une fenêtre s’est ouverte ! La pluie rentre en trombe, et moi avec. De l’eau, partout sur le sol. Qui dissimule mes traces...
Le vieux monsieur va refermer, affolé. « Satané vent ! »
Il croit que c’est le vent... Flic Floc. Je suis invisible.
Tout est calme dans la maison. Le craquement du bois dans les escaliers est couvert par le doux bruit de la pluie. La grosse horloge martèle gravement le temps qui passe. Flic Floc. Partout où je passe, de l’eau, des flaques. Ils croiront à une fuite. Flic Floc. Ce que j’aime, avec la pluie, c’est qu’elle nettoie tout. Le sang, les larmes. Les traces de mes méfaits coulent le long du caniveau. Elles disparaissent dans l’égout. Flic Floc. J’aime tellement la pluie. C’est un excellent moment pour aller chasser.

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Message posté le 21:09 - 4 févr. 2019

Semaine 47 : Araignée (1 305 mots)

Le Castel
Il était un château mangé, conquis, envahis par la brume. Une brume épaisse, humide, malsaine. Les suzerains étaient pâles, souffreteux, amaigris.
Les murs glacés étaient gorgés d’eau, habitat idéal pour la mousse brune qui créait son royaume entre les pierres disjointes.
« Sinistre », soufflaient les voyageurs avant de passer leur chemin. « Lugubre » chuchotaient les villageois en l’apercevant au loin. « Hélas » soupiraient les gardes sur les remparts en frissonnant.
C’était un endroit où il ne faisait pas bon vivre. Mais cela avait-il toujours été ainsi ? Dans la vallée, d’étranges légendes courraient. On parlait de malédiction, de magie noire et de sorcier. L’on disait que la brume n’avait pas toujours occupé les lieux. Les vieilles femmes confirmaient cette version, racontaient aux enfants ébahis l’époque où les murailles étaient visibles à cent lieues à la ronde, où les pavés secs étaient foulés par des marchands prestigieux et où réceptions et banquets étaient donnés chaque semaine avec faste et luxure.
Quel était donc l’évènement qui avait poussé le château à sa perte ?
Plus personne ne le savait très bien, les histoires divergeaient, les mémoires défaillaient. L’on se souvenait du Seigneur de l’époque qui était partit en guerre sur un coup de tête, du deuil qu’avait porté la famille royale pendant des années, convaincue de la perte de son roi, puis de son retour aussi inattendu que terrifiant. Car il n’était plus le même, il avait changé. À partir de ce jour là, plus rien n’avait à nouveau été joyeux. Le monarque était devenu distant, taciturne, violent. On disait qu’il ne vieillissait plus, qu’il avait passé un pacte avec le diable et qu’il invoquait des démons dans la haute tour. Les épidémies frappaient le village et les récoltes ne donnaient plus rien.
Puis un jour le Seigneur noir, car tel était son surnom, avait disparu pour de bon, sans que l’on puisse savoir ce qui lui était arrivé. Un soir de grand orage, il était sorti en proie à une colère terrible et n’avait plus jamais donné de nouvelles. 
Quelques mois plus tard, le seul héritier du royaume, qui n’était qu’un enfant, avait rendu l’âme, emporté par un mal inconnu.
Et les brumes ? Personne ne se souvenait de leur apparition. Comme si elles avaient leurré les esprits pour mieux s’installer.
Depuis la mort tragique du dauphin, il n’y avait plus eu que des femmes dans la lignée. Quelques prétendants s’étaient manifestés puis s’étaient désistés avant l’engagement. Les motifs d’abandon invoqués étaient étranges, pour le moins fantaisistes, très alambiqués. On aurait dit qu’ils fuyaient quelque chose. 
Le castel perdu dans les brumes, c’était un endroit où l’on vivotait sans espoir d’aller mieux. 

Les oubliettes
Si l’homme à la curiosité malsaine qui s’était aventuré dans les rues désertes bardées de boutiques fermées n’était pas satisfait de la visite, le donjon aux allures sépulcrales qui s’élevait au milieu du brouillard offrait tout ce qu’on pouvait espérer de mieux en matière d’ambiance funèbre. 
Abandonné par la famille en droit suite à un incendie, le donjon aurait servi de laboratoire au régent fou durant de longues années. Durant cette période, des cris déchirants s’en étaient élevés la nuit. Victimes suppliantes ou invocations démoniaques ? Nul n’avait jamais su, ni n’avait osé aller vérifier. L’on racontait que les soirs de grands vents les esprits en colère revenaient hanter les lieux et que leurs voix vengeresses se mêlaient au souffle de la tempête.
Seul l’entrée au sol-sous semblait encore entretenue, et pour cause, puisqu’elle menait à l’endroit le plus abominable de tout le château : les geôles royales. 
Y avaient été emprisonnés puis torturés de nombreux malfrats, bandits, voleurs, violeurs, assassins, parricides, mais aussi des innocents, des religieux ou des étrangers qui n’avaient pas commis d’autres crimes que de questionner les sempiternelles traditions.
Si l’insalubrité de ces cellules en terre battue, aux barreaux rouillés et infestées de rats ne venait pas à bout des plus courageux, l’on découvrait au bout d’un long couloir non éclairé un immense puits de pierre, dans lequel descendait une chaîne en acier à laquelle on avait accroché un seau : c’étaient les oubliettes. 

Le fou
Du fond de ce puits sans fond montait chaque jour, chaque heure, réglé comme une horloge, des rires de dément. Le son se répercutait le long des pierres froides qui l’amplifiait, le déformait, le tordait, comme un serpent blessé qui ondulait. Et sa morsure était terrifiante, à glacer le sang. 
L’homme qui vivait dans la crasse et l’obscurité depuis des temps immémoriaux ne savait plus qui il était. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il s’amusait drôlement. Il avait oublié qui était le soleil, l’odeur des feuilles, le souffle du vent. Il ne sentait plus les odeurs de putréfaction qui l’environnaient, il n’avait plus conscience de sa souillure corporelle. Ses yeux étaient devenus complètement blancs à se nourrir d’obscurité, les éclats lointains des torches à la surface de sa prison ne contractaient plus ses rétines atrophiées. Sa peau était recouverte d’une telle couche de sang, de terre et d’excréments qu’il n’avait plus froid, plus chaud, plus mal. Plus rien. Il avait transcendé le monde des mortels et était devenu un monstre, un monstre-fou, certainement la seule chose qu’il pouvait devenir pour ne pas perdre son âme.
Il parlait avec les rats, enfin, un en particulier, qu’il avait nommé d’un patronyme étrange. Chaque jour il s’exclamait : « Aah ! Te voilà mon ami ! »
D’autres fois on entendait les cris suraiguës d’agonie d’un rongeur quelconque, puis des bruits de mastication et de chair déchirée. « Ah tu l’as dit ! Tu l’as bien mérité vaurien ! » criait alors le prisonnier la bouche pleine. 

Le passeur
Le passeur était sans doute la légende qui terrifiait le plus les gardes locaux. 
Il y a des dizaines d’années de cela, le fou n’en était pas encore un. Il était calme et résigné à son sort, se lamentait, pleurait, tel qu’on l’attendait d’un homme aux oubliettes. 
Un soir pluvieux, il s’était soudainement mis à hurler de terreur, à demander grâce, avec une telle force et une véhémence qu’un soldat y lança sa torche, pensant qu’une bête sauvage était tombé dans le puits avec lui. 
À peine avait-il esquissé le geste de lancer que le silence était tombé lourdement. 
Au lieu d’un animal, il put nettement voir l’ombre d’une entité inconnue penchée sur le corps désarticulé du prisonnier aux yeux vides. 
Celle-ci s’évapora avant que qui-que-ce soit ne puisse réagir. La silhouette exsangue et livide couchée au sol ne contenait plus la moindre essence de vie. 
Pourtant, quelques heures plus tard, les rires avaient commencé. Et ils n’avaient plus cessé. 
Le prisonnier parlait toujours à quelqu’un, et savait toujours se faire entendre de ceux qui espéraient pourtant s’en tenir loin. Ainsi, il racontait que le passeur lui rendait visite chaque soir, que celui-ci était maître de la mort et qu’il lui avait prit la vie avant de la lui rendre par désir d’avoir un peu de compagnie. Et il n’avait sans doute pas tord, car les voix distordues qui s’élevaient des oubliettes étaient parfois trop nombreuses pour appartenir à une seule gorge. 

Les vers
Un jour, l’homme avait hurlé « Sale bête ! Tu m’as mordu ! »
Ses relations amicales étaient sans aucun doute dégoulinantes de haine et de faim. 
Depuis il avait une crevasse au niveau de la cuisse, une plaie suintante, boursouflée, purulente, d’où sortait une multitude de petits vermisseaux blancs. « Mon ami, je comprends, je comprends, de la nourriture en plus ! Quel délice, quel délice ! » 
Puis il se mettait à rire, comme toujours. 

La mort
La mort était partout dans le château maudit, sur la descendance, dans la brume, dans les pierres, mais pas dans les oubliettes où elle refusait de sévir. L’histoire raconte qu’elle y avait un ami qu’elle aimait bien visiter...

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Message posté le 22:45 - 10 févr. 2019

Semaine 48 : Héritage 1 (654 mots)


Chapitre 1
Quand j’étais petit j’avais un chiot, un tout petit chiot, un chien de berger. Il s’appelait Croquette. Son pelage était brun avec une tache blanche au niveau de l’œil gauche, il aboyait tout le temps et pleurait dans son sommeil.
Moi j’avais huit ans, aucun ami et un terrible besoin d’affection. Mon père s’était montré globalement très incompétent pour m’élever, je ne lui en voulais pas, il n’était pas fait pour ça. Mais il avait parfois des fulgurances comme celle-là qui m’ont aidé à grandir sans lui.
Sans nulle surprise, cette boule de poil était devenue mon meilleur ami. 
Ensemble, nous nous roulions par terre, nous mordillions, nous léchions, jappions, avec la joie pure dont nous laissait jouir notre jeunesse. Autour du manoir nous creusions des tunnels pour servir quelques-uns de mes pharaoniques projets de vie troglodyte. Ils étaient si mal conçus qu’ils s’écroulaient généralement dans la journée et, tout à notre chagrin, nous relancions nos grands travaux ailleurs en abandonnant les précédents échecs avec amertume. 
Un jour, une des copines de papa, une des nombreuses femmes qu’il fréquentait en espérant retrouver une stabilité relationnelle, s’était cassé la cheville en tombant dans une de nos créations. Nous avions dû abandonner nos activités d’excavation sous les menaces et les cris, avec un fort sentiment d’injustice. 
Plus tard notre terrain de jeu s’était déplacé vers le fleuve situé non loin de la propriété. Nous sautions de pierres en pierre pour atteindre des îles inexplorées jusqu’alors, jouions aux Robinson Crusoé et avions construit un campement rudimentaire : ponton, radeau, cabane de branchages. 

Je n’étais pas toujours très tendre avec mon ami : c’était toujours moi qui choisissais les jeux, et je me fâchais s’il ne coopérait pas. J’étais trop jeune à l’époque pour m’en repentir une fois adulte. 
Un jour, après une semaine pluvieuse qui m’avait rendu particulièrement soupe au lait, j’avais décidé d’aller jouer aux naufragés. Je comptais bien sur Croquette pour être mon compagnon d’infortune. 
Arrivés sur place, nous nous étions rendu compte que le niveau de l’eau avait beaucoup augmenté, et que le courant furieux avait emporté une partie de nos installations. Qu’à cela ne tienne, j’avais refusé de changer d’idée ! Après avoir parcouru les berges sur une centaine de mètres, j’avais fini par trouver un endroit épargné par la crue, assez pour que je puisse me frayer un chemin sur des roches émergées jusqu’à une presqu’île à cinq mètres du bord. Prudent, je me servis d’un bâton pour m’équilibrer le long de la traversée. Puis j’appelais mon chien pour qu’il me rejoingne. Celui-ci était craintif, ses oreilles s’abaissaient, il gémissait. Je m’étais mis en colère et l’avais sommé d’obéir. Il s’était alors mis à franchir les pierres éparses, mais il glissa sur l’une d’entre elle, au beau milieu du fleuve. Sa tête heurta le rocher dans un bruit sourd et il tomba à l’eau. Je le vis se faire emporter par une branche à la dérive. Il me regardait, tentant tant bien que mal de surnager, il n’avait pas d’autres stratégies que d’essayer de s’accrocher désespérément aux rameaux qui avaient pourtant causés sa perte. Je criais de toutes mes forces, mais le grondement des flots couvrait ma voix fluette. Il semblait pourtant m’entendre, fermait les yeux comme quand je le caressais. Alors qu’il était en train de se noyer, il avait reconnu mon appel et exprimait sa joie de l’entendre. 
Ce fut la dernière fois que je le vis. 
Mon père longea les rives deux jours de suite, mais ne trouva pas de corps. Nous attendîmes encore un certain temps, espérant qu’il revienne, avant que je fusse contraint d’accepter la terrible réalité. 

Ce souvenir tragique m’avait marqué à vie, et j’ai compris plus tard pourquoi. Durant les années qui ont suivies, tout ce que j’étais parvenu à faire durant mon parcours chaotique était de me raccrocher aux branches, désespérément, sans espérer sortir de l’eau. Comme le faisait un chiot qui se savait mourir.

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Message posté le 23:58 - 16 févr. 2019

Semaine 49 : Héritage 2 (1862 mots)

Chapitre 2
Ainsi, depuis l’âge de quinze ans, age où j’avais claqué la porte de chez moi et avais quitté ma campagne natale pour rejoindre ma grand-mère à la capitale, jusqu’à mes vingt-et-un ans qui clôturaient trois réorientations, quatre chez-moi, et des dizaines de passions violentes, je n’avais fait que m’accrocher là où on me voulait bien, sans illusions.


C’est un matin que tout changea.
Un matin où j’ai vraiment cru que j’allais être le prochain sur la rubrique nécrologique. Et pourtant..
J’avais ouvert les yeux dans un appartement exiguë aux murs nus, dont les volets cassés laissaient pénétrer les rayons matinaux qui me brûlaient les yeux. Quelque part dans l’immeuble, un couple se disputait violemment, les portes claquaient, j’entendais des bruits de pas précipités. 
Moi, prostré dans mes draps, recroquevillé, je n’osais affronter ma journée à venir en face. Je me sentais sale, minable, et extrêmement vulnérable. Perdu dans une ville de deux millions d’individus, et pourtant tout seul, tout petit, tellement petit que l’air pesait sur mes fines épaules.
J’étais un jeune homme beau. Grand, pâle, élancé, imberbe, avec des allures féminines. J’observais mon corps nu la gorge serrée, comme si celui-ci était le présage de quelques destins funestes. Comme la princesse des contes de fées qui finit dévorée par le dragon. Parce qu’il n’y avait pas de chevaliers, il n’y avait jamais eu que des loups. 
J’étais un agneau en cage, acculé, blessé, à la merci du prédateur. Faute d’espoir, qu’attendre de plus que la mort ? Une sourde colère montait en moi, un désespoir écrasant qui se rebellait contre la fatalité. Pourquoi diable est-ce que je m’étais réveillé ? Un instinct me poussa à me redresser pour vérifier si j’étais bien seul. La seule forme humaine que j’aperçu fut mon reflet dans un miroir. Un pauvre enfant apeuré et incapable d’assumer ses choix.
C’était ma première nuit ici, un petit logement individuel mal meublé, dont l’opportunité de l’occuper m’avait parut si prodigale le jour d’avant. 
À présent, je comprenais que j’avais juste creusé la tombe dans laquelle j’allais être enterré.

Je n’avais pas d’amis, en tout cas je n’arrivai pas à les garder. Mon mode d’entrée en relation avec les autres était sous forme de relations passionnelles et destructrices, qui m’asservissait à l’autre puis me laissait comme un fétu de paille sur le trottoir. Il y a deux jours, j’habitais dans une grande collocation, avec celle à qui j’avais confié mon existence. Mais je voyais, je voyais dans ses yeux, et ce depuis quelque temps, qu’elle ne me voulait plus. Je faisais le niais, celui qui ne voyait pas. Je savais à quel point cette décision la faisait souffrir. Je connaissais bien ce regard, je l’avais déjà vu quand celui avec qui j’avais vécu une année m’avait désigné la chambre d’ami. Il avait eu la délicatesse de faire semblant lui aussi, assez longtemps pour que je retombe amoureux, ailleurs.
Elle n’avait pas pris cette peine. Sa frustration s’était accumulée, encore et encore, jusqu’au point de rupture. J’étais devenu l’infâme parasite que l’on entretenait malgré soi. Hier soir elle m’avait fait une crise, bien plus forte que les amants qui hurlaient à côté. Sans aucune aide des autres colocataires, je m’étais retrouvé dehors, avec pour tout bagage ce que je portais sur moi.  


Me souvenir était douloureux. Un malaise m’envahit, je dissimulais ma honte sous les draps jaunis. Mon échine tremblait, mon ventre se creusait tandis que les larmes se frayaient un passage dans mes yeux serrés par l’angoisse.
J’avais toujours été dépendant, obligé de me raccrocher à quelqu’un pour subsister. Mais là, mais cette fois… je ne pouvais plus me supporter ainsi. 

Hier soir, j’errais autour des quartiers festifs, ma liste de contacts téléphoniques déjà bien maigre n’avait été d’aucune utilité. L’air hagard, j’espérais croiser une connaissance au détour d’un bar, misant sur le fait que la culpabilité l’empêcherait de me dire non en face.
C’est pendant un moment d’absence qu’une femme m’avait abordé. La trentaine, sa mise trahissait une aisance pécuniaire et une connaissance pointue des savoirs vivre bourgeois. Elle m’avait demandé mon prénom, si j’attendais des amis. Mon regard disait « je suis désespéré, prenez moi sous votre aile ». Elle n’était pas altruiste, mais cherchait justement un jeune avec mon profil. Bien sûr, elle se garda bien de me le dire de suite. 
Elle m’avait invité dans une boite chic aux tendances libertines, m’avait questionné sur mon passé avec beaucoup d’attention. Enfin, le sujet brûlant lui échappa des lèvres. Elle travaillait pour une boite de mannequinat. Ils cherchaient des modèles comme moi pour un salaire relativement bon.
Je sentis son pied subrepticement caresser ma jambe quand elle me proposa de me loger dans un appartement vacant qu’elle possédait. 
Mon estomac était serré, la tête me tournait. J’étais le petit chaperon rouge, mais je n’avais plus de grand-mère. J’étais le petit cochon dans sa maison de briques, mais je venais de me faire expulser. J’étais le petit Poucet, mais je n’avais nul part où me cacher de l’ogre. 
J’avais bu et je ne pensais pas clairement. Je m’étais réfugié dans les toilettes. Il y en avait des dizaines, des milliers comme moi qui allaient dormir à la rue ce soir. Il faisait froid dehors, tellement froid. Je savais déjà que les centres d’accueil étaient surpeuplés et que j’allais passer une nuit cauchemardesque. Elle m’avait rejoint aux lavabos et s’était mise à me caresser la poitrine. Elle voulait savoir si j’étais bi et si j’avais déjà fait de la photo. Au bord de l’abîme, j’ai pensé que je pouvais gagner un jour, un seul jour si j’acceptais sa proposition. Je m’étais réfugié dans l’illusion que j’allais trouver une autre solution dès le lendemain, sans penser que j’étais en train de refermer sur moi le piège de la facilité.
À peine le « oui » fut-il sorti de ma bouche que la machine infernale se déclencha. Elle s’arrangea pour me trouver une veste chaude à mettre sur mes épaules, puis m’emmena manger dans un restaurant raffiné où mon palais d’étudiant fauché découvrit des saveurs jusqu’alors inconnues.
Quelques coups de smartphone plus tard, nous étions dans un taxi, puis devant l’immeuble où j’allais loger. J’avais pris avec délectation un bain chaud. La peur me serrait toujours le ventre, mais une autre sensation prenait progressivement le dessus. C'était le premier soir depuis trop longtemps où quelqu'un prenait soin de moi. Je me rendais compte pour la première fois que j’étais fatigué, fatigué de l’errance, fatigué de l’insécurité. Comme si je voyais enfin le gouffre béant qui s'était creusé dans mon torse. J’avais besoin de stabilité, je voulais arrêter de lutter chaque jour que dieu faisait pour trouver un toit et de quoi manger. J’aspirais à des certitudes et à du confort, exactement le genre d’avant-goût que cette femme m’avait donné.
Elle me prit en photo, me demanda de prendre des poses. Dans ma confusion, je savais obscurément ce qu’elle voulait sans oser me le dire consciemment. Je savais que je pouvais encore fuir, le sang battait dans mes tempes, mais je n’avais plus la force mentale de lutter. Elle pianotait sans arrêt sur son portable, et je finis par comprendre qu’elle attendait quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Ce fut un homme à qui elle ouvrit sans qu’il ait eu besoin de frapper. 
J’étais paralysé par la peur, car je savais.
Il me salua, me détaillant de haut en bas. Il était bien habillé et sentait le parfum hors de prix.
J’étais une pièce de viande que l’on commandait chez le boucher. J’étais un esclave sur le marché à qui l’on regardait les dents. J’étais la jolie poupée enrubannée derrière la vitrine. J’étais l’homme qui avait fais les mauvais choix de vie.
L’entremetteuse me proposa brusquement une forte somme d’argent pour le soir même. Je compris immédiatement pour quels genres de services j’allais être rétribué. Mais j’étais fait. J’étais l’insecte attiré par la lumière qui ne voulait plus retourner dehors dans le noir. J’étais le cheval sauvage qui savait qu’il allait être apprivoisé, ce n’était qu’une question de temps. J’étais le chiot à moitié noyé à qui l’on tendait une branche couverte d’épine. Alors j’ai dit oui. 


Je ne savais pas comment j’avais réussi à m’endormir, mais mon sommeil, agité de songes, m’avait réveillé aux aurores.
Je jetais un regard sur la table de chevet, où trônait sagement une enveloppe blanche. Je fus pris de nausées et me précipitais dans la salle de bain. Les sanglots prirent possession de mon corps quand je compris que le mal qui me rongeait était profondément enraciné. Il ne partirait pas. 
Que faire ? Je n’avais envie de rien, surtout pas de vivre.
Une idée me vint alors, une idée lancinante qui ne voulait plus partir. J’étais au troisième étage. Cela ne semblait pas très haut vu d’ici. Est-ce que ça allait vraiment me tuer sur le coup ? La perspective de survivre paralysé me semblait pire que celle de continuer à exister. Pour le moment en tout cas. Jusqu’à ce que je trouve un moyen plus radical. Je m’abîmais dans mes divagations morbides quand mon regard retomba sur l'enveloppe.
J’avais envie de brûler cet argent. Mais une partie de moi-même s’y refusait malgré tout. C’était, certes une belle somme, mais je savais que je n’allais pas tenir longtemps avec, surtout dans la capitale. En l’état, je n’allais pas pouvoir en faire grand-chose, mais c’était le début de mon indépendance. La commissure de mes lèvres se retroussa instantanément à cette pensée : je me dégoûtais. Tout mon être m’inspirait la plus affreuse répulsion. Moi aussi, si j’avais donné naissance à un tel rejeton, je me serais barré. Ma mère avait tout compris. Et mon père avait été assez con pour me garder. 
Etre moi me débectait, rester dans cet appartement me débectait, l’idée de sortir dehors après ça me débectait. Je devenais complètement fou sans aucune échappatoire.
C’est alors que mon portable se mit à vibrer. Si c’était elle, qu’allais-je lui répondre ? Est-ce que j’arriverai seulement à décrocher sans m’effondrer ? Je jetais un regard sur le bitume tout en bas, puis sur le téléphone. Je décidais de décrocher. 
Une voix d’homme.
« Monsieur Martin Pedron ? » 
L’angoisse qui serrait ma gorge se transforma en une stupéfaction des plus totale. 
Je finis par articuler un « oui » indistinct. 
« Ah ! » Il paraissait soulagé. « J’ai eu du mal à vous retrouver. Je vous appelle parce que je suis chargé de gérer la succession de Monsieur Gérald Pedron, votre père. »
Succession.  
Les informations se bousculaient dans ma tête, un passé oublié depuis trop longtemps refaisait surface dans des circonstances complètement improbables.
La voix reprit, avec plus de lenteur : 
« Peut-être n’êtes vous pas au courant monsieur, dans ce cas je m’excuse de mes manières abruptes, mais monsieur votre père est décédé le mois dernier. » 
L’iceberg à peine émergé venait de s’effondrer lourdement.

Avec l’argent, j’ai acheté un billet de train et je me suis rendu dans le centre, là où j’avais grandi. Le notaire avait des choses importantes à me dire. 
Alors que mon voyage était bien avancé, la femme me rappela. Je lui raccrochais au nez sans un mot.

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Message posté le 20:55 - 10 mars 2019

Semaine 50 : Héritage 3 (1090 mots)

Chapitre 3
C’est un mousse qui s’est retrouvé du jour au lendemain à la charge d’un navire. Le capitaine était un vieux con incapable, sa mère était morte et sa grand-mère était une nymphomane sans la moindre once d’humanité sous sa perruque défraîchie. 
Alors on disait au gamin « Ben vas-y ! Conduit l’bateau ! »
Malgré ce que l’on pouvait croire, il aurait aimé, le garçon, mener sa barque comme il était censé le faire. Il aurait aimé être brillant et conquérir les océans. Mais voilà, il n’était encore qu’un enfant, il ne savait pas naviguer, et le rafiot était en train de couler. Et malgré ça, il devait faire bonne figure et promettre qu’il allait redresser la situation aux adultes éberlués de son incompétence. La conseillère d’orientation s’impatientait : « Mais enfin ! Il suffit de choisir une direction ! Tu as bien une personnalité non ? Tu aimes faire des choses ? »
Et le pauvre, le malheureux jeune homme acquiesçait d’un air contrit, incapable d’avouer qu’il sombrait, incapable d’avouer qu’il ne pouvait pas y arriver seul. Alors, d’une toute petite voix, il disait : 
« Oui oui, tel métier me conviendrait »
À défaut de mener le sien, il menait tout le monde en bateau. 
Il assurait qu’il allait faire des études, promettait monts et merveilles avec la gorge serrée et les yeux baissés d’un coupable en sursis. Il avait peut-être quelque part au fond de lui les capacités pour suivre les cursus qu’il choisissait. Mais il ne pouvait pas révéler qu’il était trop occupé à surnager pour s’impliquer dans le voyage. 
Un homme est comme une plante.
Sans racines, il dépérit à petit feu. 
Survivre prenait beaucoup d’énergie. 
Personne n’était capable de le comprendre car ils étaient déjà occupés à se débattre contre les flots de leur propre existence. 
C’était l’histoire de Martin, capitaine par la force des choses, alias moi-même, fier propriétaire de l’épave de ma vie et allant de cursus en cursus sans jamais trouver un vent favorable.

Mais aujourd’hui mon véhicule était un train, et il me portait, à la fois avec et contre ma volonté, vers un destin incertain, instable, mais certainement plus radieux que celui qui m’attendait à la capitale. J’avais le ventre noué, mais j’étais soulagé. Je pensais que la vie se résumait à cet étrange jeu où l’on plie la commissure des lèvres en prétendant aller bien. Et puis j’ai eu l’intuition que j’avais le droit de changer de scénario, possibilité que le destin m’offrait au moment où j’en avait le plus besoin. 

Papa. Voilà une éternité que je n’avais pas prononcé ce mot. Dès tout petit, je l’avais appelé par son prénom « Gérard ». Puis, au fur et à mesure que la haine paternelle m’envahissait et prenait possession de mes capacités, j’avais fini par ne plus l’appeler du tout. Je n’avais même plus son visage clairement inscrit en tête. J’avais la vague réminiscence d’un homme grand, au visage carré marqué par des rides d’inquiétude, les tempes grises. Mon père était plutôt beau, mais sa lâcheté le rendait indésirable pour la plupart des femmes. 
Quelle tristesse. 

Le notaire était un petit homme bedonnant, étonnement jovial, avec qui je passais presque une heure assis au milieu des piles de dossiers qui s’entassaient pèle mêle dans son petit bureau. Il m’offrit un café, et me regarda avec un air peiné : je ne savais pas bien s’il avait pitié de moi ou s’il s’en voulait de m’avoir annoncé le décès par téléphone. Il me parla longuement de mon père, qu’il connaissait de loin, et du souvenir de moi enfant, qui le suivait partout en geignant.
Il m’apprit que durant ces dernières années, années où je n’avais eu aucune nouvelle venant de ma famille, mon paternel avait petit à petit sombré dans la folie. Il prenait des antidépresseurs depuis un long moment, en tout cas, c’est ce qui se disait. Puis ces derniers temps, il ne sortait plus du tout. On rapportait des conduites bizarres : il était distant, renfermé, irritable, suspicieux. La rumeur répandait qu’il était devenu paranoïaque. 
Alors que je m’imaginais déjà suivre la même voie et assouvir mes tendances misanthropiques dans le grand manoir isolé, une surprise m’attendait : depuis que j’avais quitté la maison, mon père avait accueilli chez lui son frère, mon oncle, et la famille de celui-ci. Ils vivaient sur les lieux depuis plusieurs années. J’avais bien entendu le droit de leur demander de partir, mais pas du jour au lendemain, et pas sans me faire connaître comme un odieux personnage. Cet inattendu me taraudait et me frustrait : je n’avais pas envie de partager, et encore moins de créer des liens avec des inconnus sous prétexte que nous avions un ancêtre commun. D’un autre côté, une partie de moi saignait, saignait de ne pas avoir connu le confort d’un foyer où l’on s’aimait. Je décidais donc de laisser le destin agir et de tenter la cohabitation, du moins jusqu’à ce que je me sois fait une idée du genre de personnes avec qui je devais vivre. 
Au fond, je comprenais le choix de mon père : il n’avait jamais réussi à reconstruire la famille qu’il avait toujours souhaité avoir, et faire venir celle de son frère constituait un substitut ingénieux à la sienne. 
L’échec de sa vie m’englobait tout autant, moi, son fils : beaucoup d’espoirs, d’efforts investis, mais par manque de méthode, de talent, par trop-plein de médiocrité, il avait fini par obtenir un vague succédané, un brouillant mal dégrossi qui n’allait pas au bout des espoirs mit en lui. 
S’en suivait une misère intellectuelle et morale, une blessure profonde au sein de l’être paternel, une douleur sourde et perpétuelle d’avoir entrevu un chef d’œuvre et d’avoir créé un raté. Plus désespéré encore qu’un homme ignorant, il savait tout, tout ce qu’il aurait pu réaliser s’il en avait eu le talent. 
Mon père était impuissant dans les grandes lignes de son existence et jusque dans les plus petits détails. Il n’y arrivait pas et cela le frustrait. Alors, comme il était couard et qu’il ne voulait pas affronter le monstre évaluatif et son feu dévorant, la chimère performative et ses griffes acérées, ou le vampire comparatif et ses crocs empoissonnés, les trois têtes du cerbère qui gardait l’accès à son enfer très personnel, où reposait son premier échec : ma mère, il ne faisait rien pour comprendre, apprendre et progresser. Non. Il réessayait juste plus tard, dans les mêmes conditions et la même méthode médiocre, se confrontant ainsi encore et encore à son échec.

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Message posté le 21:57 - 17 mars 2019

Semaine 51 : Mort (830 mots)
Un jour, Sibylle s'était réveillée dans le corps d'une personne morte. Elle avait crié, hurlé, tenté de s'arracher cette peau usurpatrice, mais rien n'y faisait, elle était coincée. Son corps se décomposait lentement au fil des jours. Et elle sentait extrêmement mauvais.
Être dans le corps de quelqu'un de mort a quelques avantages : plus besoin de manger, ou de boire. Et surtout on ne ressent plus aucune douleur, aucune sensation. On est une poupée de chiffon.

L'esprit s'habitue, petit à petit, à cette condition de défunt.

Sibylle était couchée, dans son lit sur les draps, et elle ne faisait absolument rien. Ses yeux étaient vides, son cœur ne battait plus depuis longtemps, et petit à petit son cerveau prenait le même chemin. Elle sentait effroyablement mauvais. Cela arrivait depuis que ses boyaux commençaient à pourrir. Son ventre était tout nécrosé depuis. Sa peau en général commençait à tomber en lambeau. C'était difficile de se déplacer ainsi, mais de toute façon les morts n'ont pas besoin de se déplacer. Elle n'avait rien d'autre à faire qu'attendre, se résigner et laisser son esprit se dissiper petit à petit dans les ténèbres de sa chambre.
Cette pensée la fit frissonner légèrement. Elle ne se sentait pas vraiment prête. Pourtant elle n'avait pas vraiment le choix, elle allait bientôt arriver à un stade de décomposition où elle ne serait plus qu'une charogne, incapable de se mouvoir, avec pourtant à l’intérieur, un être bien vivant et désireux de le rester. Non décidément elle ne pouvait s'y résoudre.
Que fait-on quand on est coincé dans le mauvais corps ? On en prends un autre.

Sibylle se leva. Elle ressentit un léger vertige. C'était normal. Depuis qu'elle était morte, ses muscles s'étaient atrophiés, rendant ses mouvements difficiles. En se tenant aux meubles attenant son lit, elle parvient à en descendre et à faire quelque pas. Elle se sentait mieux à présent. Il lui fallait une arme. Elle avisa un vase vide, posé sur un meuble à l'opposé de son lit et s'en empara. Il était beaucoup plus lourd qu'elle ne le pensait, elle perdit l'équilibre. L'urne se brisa sur le parquet avec fracas, le cadavre l'accompagna dans sa chute. La jeune fille se retrouva avec la jambe empalée par un morceau de verre épais de plusieurs centimètres. Oups ! Mais ce n'était rien, elle ne ressentait pas la douleur. La blessure ne saignait pas, elle s'en désintéressa. Tandis qu'elle ramassait un second bout de verre, nécessaire pour récupérer un corps plus frais, elle s’aperçut que la peau de ses avants bras était en train de se détacher par petits lambeaux. Elle se gratta un peu pour enlever les peaux mortes encore accrochées. Une bonne partie de ses téguments était partit, elle pouvait voir de petites veines courir presque à vif autour des coudes, si elle y enfonçait un peu le doigt elle pourrait presque toucher l'os..
Mais une odeur de pourriture abominable la tira de son jeu. Elle devait vite se trouver un nouveau corps. Elle ne savait pas vraiment comment s'y prendre, mais elle verrai au moment. Elle se sentait étonnamment légère, aérienne, comme si une brise aurait suffit à briser le faible lien qui la maintenait au cadavre qui lui servait d'hôte.
Elle tourna la poignée de la porte, mais elle ne s'ouvrit pas. Elle était fermée à clef. Une vague de fureur la submergea : personne ne l'empêcherait de vivre !
Des pas. Sibylle se recroquevilla dans un coin sombre, prête à bondir. Le morceau de verre qu'elle avait pris pour arme lui avait entaillé profondément la main, mais elle ne le sentait pas. Une clef tourna dans la serrure, une femme d'âge mûre, habillée d'un tablier blanc entra. Elle se figea en apercevant les restes du vase brisé sur le sol. Ses yeux finirent par s'habituer à la semi obscurité, elle remarqua la jeune fille tapi dans un coin et s'approcha d'elle avec un sourire avenant.
Le cadavre frappa. Une fois, deux fois.
La vieille femme avait une blessure profonde au front, qui dégoulinait sur son visage. Ce même visage qui exprimait la plus profonde incompréhension, mais aucune haine, juste de la douceur.
« Mais.. Sibylle.. »
Et la vieille tomba. Morte.
Un gargouilli inintelligible
L'autre morte, celle qui était vivante, était très fière d'elle. Elle dansait à travers la pièce. La puanteur exhalait de ses blessures. Il y avait du sang partout dans la pièce.
Maintenant il s'agissait de nettoyer tout ça, sinon l'Oncle Sam le verrait, et il ne manquerait pas de la réprimander. Ce qu'elle pouvait détester cet homme. Elle aurai dû le tuer à lui, mais elle ne supportait pas l'idée de posséder un corps chauve et gras comme le sien.
Elle dissimula du mieux qu'elle pu le macchabée et le verre sous le lit. Il lui semblait obscurément oublier quelque chose mais elle ne parvenait pas à mettre la main dessus.
Ce ne devait pas être important. Elle avait à peine terminé qu'elle sentit ses entrailles se liquéfier dans son abdomen. Elle régurgita ce qui lui semblait être une partie de ses intestins : le liquide épais et rougeâtre semblait animé d'une vie propre et tournait dans sa flaque avec des mouvements erratiques. Puis Sibylle se rendit compte que c'était en réalité sa vision qui vacillait, et elle se fracassa violemment la tête contre le sol.
Noir.

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Message posté le 22:26 - 25 mars 2019

Semaine 52 : Fuite (878 mots)
Il se réveilla avec une boule dans le ventre. 
Se redressant, il s’aperçut qu’il était sur une embarcation qui flottait sur l’eau. Devant lui, une embouchure : deux voies aux chatoiements inégaux s’offraient à lui. 
Il y avait tout d’abord l’eau douce et chaude de l’évitement, dont les vagues molles annonçaient une oisiveté languissante. Bordée de végétation, sans remous, elle ressemblait à une femme qui dormait. 
De l’autre côté, l’eau tourbé, nauséabonde et incertaine de sa journée à affronter s’étendait à perte de vue, interminable et inextricable. Sur les berges, nulle verdure, mais des couloirs froids et impersonnels en béton. Tout au long du parcours, écueils et barrages promettaient du fil à retordre à quiconque tenterai la traversée. Il pouvait d’ores et déjà entendre le brouhaha des élèves, les pas dans les escaliers, la voix perchée des professeurs et la sonnerie stridente de la reprise qui enflait, enflait… 
Il ouvrit les yeux brusquement. Son réveil annonçait sept heures. Il l’éteignit dans un sanglot désespéré. 
Il savait déjà exactement quel chemin sa journée allait emprunter, et ce bien malgré lui, car le jeune homme n’était pas le conducteur de la barque. Mais qui d’autre ? Ses parents le laisseraient sans doute sécher, s’il feignait la maladie. Leur culpabilité d’avoir déraciné leur fils de son environnement habituel les rendaient d’autant plus laxistes et d’autant moins aidant pour surmonter cette passe difficile. 
Qui d’autre alors ? Il était peu probable que le directeur vienne le chercher s’il manquait le premier jour. Il ne savait pas bien ni pourquoi ni comment, mais une force invisible lui disait qu’il devait faire face, et il allait le faire. Peut-être étais-ce son destin. 
Quand il tartina sa biscotte, elle craqua et s’effrita en petit morceau. La métaphore était si pertinente qu’il en eut les larmes aux yeux. Le goût amer de son cacao resta sur sa langue tout au long de la matinée. 
Cela dura jusqu’à onze heures. Jusqu’au cours avec le prof principal. Et là, ce qui ne pouvait empirer empira. 
Il pouvait à peine respirer, le sang battait ses tempes, sifflait dans ses oreilles, brouillait sa vision. Des gouttes de sueur perlaient sur son front juvénile, tandis que son ventre se tordait, écrasé par l’effroyable angoisse qui terrassait l’adolescent. Ses jambes fines vacillaient, comme si la multitude d’yeux posés sur lui le poussaient en arrière. Le sol sous ses pieds devenait meuble et s’enfonçait, s’enfonçait si profondément qu’il sentait la chaleur des enfers torturer sa voûte plantaire. 
Luttant pour gonfler ses poumons, luttant pour rester debout, luttant pour ne pas s’effondrer, il était paralysé, incapable de s’enfuir. 
Qu’est-ce qu’il aurait aimé sortir d’ici !
S’il s’évanouissait, il quitterait immédiatement l’instant présent pour se réveiller dans un lit d’hôpital, bien au chaud, entouré de personnes inquiètes pour lui. Mon dieu ce qu’il aurait aimé perdre connaissance !
Mais, malgré ce à quoi il s’attendait, son corps résistait, il tenait bon en dépit de la volonté contraire de son propriétaire. 
Il lui fallait autre chose. 

L’alarme incendie. Si quelqu’un fumait dans les locaux, la sonnerie retentirait. Tout le monde devrait évacuer. Il devrait évacuer aussi. Dans son ancien lycée, certains jeunes étaient coutumiers du fait, mais avaient appris à oblitérer les détecteurs le temps de leur vice. Dieu qu’il espérait que ceux d’ici n’aient pas ce savoir-faire ! 
Mais, malgré son désir ardent, seul le bruit confus des couloirs répondit à son désespoir. 

Un appel à l’aide. Il lui faudrait un appel à l’aide. Parfait ça, pour se débiner en ayant l’air d’un héros. Il faudrait une bagarre, ou une énorme araignée poilue, ou un terrible incendie. Tout le monde courrait, s’affolerait, et dans la confusion, il pourrait… Mais alors que son plan prenait petit à petit consistance et qu’une porte de sortie apparaissait enfin, il ressentit un douloureux picotement dans la poitrine, sensation qui grandit et se transforma en crispation, se rapprochant de plus en plus d’un sentiment diffus de culpabilité. C’est vrai ça, pourquoi essayait-il d’inculper des innocents dans ses manigances égocentriques ? Il était vraiment quelqu’un de détestable et auto-centré. Il devait inventer quelque chose qui l’affecterait lui seulement. 
Pendant un instant son cœur se figea, comme un petit animal qui se glace devant les phares d’une voiture. 
Puis les idées arrivèrent en pagaille. Un ennemi. Il lui fallait un ennemi. Quelqu’un qui le détesterait suffisamment pour engager un commando à ses trousses. Ils pourraient surgir à cet instant précis, faire feu sur lui et repartir, ou encore le kidnapper et lui couper la langue, le torturer, l’étrangler… Avec ça s’il n’avait pas une bonne excuse ! 
Il fut soudain tiré de ses pensées par une soudaine illumination. Comme une chaleur apaisante qui se diffusait dans son corps. Ses épaules se détendirent, son visage se décrispa, et il inspira longuement. 
Le professeur avait cessé de parler, c’était à présent son tour de se présenter. 
Il avala sa salive. Il avait à l’instant compris quelque chose d’essentiel : il n’avait ni envie de mourir, ni d’être démembré. Il avait donc choisi, en toute connaissance de cause, que rester dans le moment présent était préférable à ses scénarios alternatifs. Il sourit et déclara : 
« Salut, je m’appelle Guillaume. Ravi de partager ce trimestre avec vous »
Et la classe lui sourit en retour.   

Première version

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Message posté le 15:07 - 31 mars 2019

Semaine 53 : Champagne (1007 mots)
Pour un Parisien dans le corps et dans l’âme, la campagne devient vite un endroit étrange, terriblement lointain et remplit de peuplades à l’allure et aux traditions archaïques. Quand il suffit de claquer des doigts pour trouver autour de soi pas moins de deux-cents lieux d’intérêt pour combler sa soirée, apprendre qu’il n’y a qu’un bar ouvert à 21h fait l’effet d’une claque, et pas des moindres. Alors quand on m’a dit que j’étais muté en province à cause de mes nombreux arrêts maladie, j’ai accepté le remède comme on accepte un suppositoire. J’ai dit d’accord, mais j’aurais aimé m’occuper de mon traitement moi-même. 
Mon toubib était persuadé que mes insomnies, mes cauchemars et mes fréquentes absences au boulot étaient dues à une dépression sous-jacente, que j’ignorais moi-même.
Puisqu’apparemment il savait mieux que moi, je n’avais pas eu mon mot à dire. Mais il se fourvoyait complètement. 
Je ne savais pas si j’étais heureux, mais je n’étais pas malheureux non plus. En fait, je m’en foutais pas mal. J’avais un comportement étrange depuis toujours. Mon boulot était aussi passionnant que les journées de mon ex, qu’elle s’acharnait à me raconter tous les soirs malgré mes ronflements. Ce sont des choses qui arrivent. 
Les semaines passaient et se ressemblaient, j’amassais un peu d’argent, je sortais partout où l’on me traînait, et la vie s’écoulait ainsi, sans passion et sans excès, et seul le médecin et mon patron trouvaient quelque chose à redire à ma routine de trentenaire installé. 
Je ne pouvais pas être dépressif, j’étais aussi vide qu’une coquille de noix !
J’étais un ours peu bavard, qui, tranquillement installé dans un train direction la vieillesse, attendait que ça passe et avait de drôles de lubies.

Le parquet crissait sous mon poids. Je posais mes valises au sol, pour le plus grand bonheur de mes lombaires. Le meublé était propre, un peu vieillot. L’évier de la cuisine gouttait. Ploc. Ploc. Ploc.
Le canapé, sobre, était recouvert d’une couverture qui cachait des tâches suspectes sur la housse d’origine. Ploc. Ploc. Ploc.
Une grande ardoise sur le mur de la cuisine affichait, à la craie « Place au bonheur ! ». Je me demandais si mon responsable et le propriétaire s’étaient mis d’accord sur le message, ou si le hasard avait davantage d’humour que moi. Ploc. Ploc. Ploc. Cette fuite ne me faisait pas rire. Ploc. Ploc. Ploc. 
Agacé, je serrais le robinet. Ploc. Et l’eau s’arrêta. Je venais d’économiser un plombier, et, fier de moi, je continuais la visite. 
La chambre était grande, bien trop grande pour un homme seul. Elle sentait le renfermé. 
Je me dirigeais vers la fenêtre, et ouvris en grand les volets. 
Le soleil du midi à son zénith s’abattit sur mon visage et sur la pièce, comme un rapace qui s’empare d’une proie que la pollution lui avait ravi jusqu’alors. 
Une flopée d’odeurs parvint à mes narines. L’air frais, la verdure, mon nouveau voisin du dessous, qui cuisait du poisson. 
Légèrement écœuré, je reculais et m’affaissais sur le lit. Il grinçait lui aussi. 

La sensation d’avoir sommeil m’avait quitté il y a de cela des années. Elle avait claqué la porte en même temps que la femme qui partageait ma vie. J’observais l’action de Morphée dans les livres, à la télé, au théâtre, sur la figure des gens, comme on observe quelque chose de très éloigné de sa réalité. 
Le soir je me couchais et je regardais le plafond pendant six heures. Parfois, je perdais conscience quelques instants, avant d’être immédiatement réveillé par les figures cauchemardesques qui peuplaient mes songes. Et certains matins, je me sentais las, un peu comme un incapable mais en moins émotif, et si étranger à moi-même que je restais allongé quelques heures de plus, au grand dam de mes supérieurs. 
Le seul remède qui avait fonctionné jusque-là, c’était les puzzles. J’avais découvert ça par hasard, après avoir reçu un cadeau de noël pour le moins décevant que j’avais décidé d’exploiter tout de même. Après avoir terminé ce massif tableau de deux-mille pièces, je m’étais réveillé quelques heures après, bavant sur le dudit puzzle, et reposé pour la première fois depuis bien longtemps. 
Au départ, je refaisais le même chaque soir, mais je m’aperçus vite que plus je maîtrisais le sujet, plus les effets s’estompaient. C’est ainsi que mon appartement avait commencé petit à petit à se remplir d’une collection effarante de casse-tête. 
Cela me convenait. Mais ce n’étais pas le cas de tout le monde. 
Un matin, la nouvelle tomba, et elle était aussi glaciale que la pluie qui martelait les vitres : pour mon bien, j’étais muté dans un village au nom impossible, saint Jean de quelque chose.

« Posez vos congés » qu’ils m’avaient dits. 
« Profitez du Sud et prenez le temps d’aménager. »
J’ai toujours été quelqu’un de docile. 

Alors que je rêvassais en observant les jeux d’ombres projetés sur le parquet, un mouvement me fit sursauter. 
Un petit félin, qui s’était perché sur ma fenêtre, sauta à terre et vint se frotter en miaulant contre moi. Un peu surpris, je caressais le pelage tigré et sentis un collier. Elle s’appelait « Toupie ». 
Je prononçais son nom, et la bestiole me répondit en ronronnant de plus belle, frottant son dos sur le sol, me présentant son ventre blanc. Avide de câlins, elle allait chercher ma main pour en quémander davantage. 
Nous passâmes quelques minutes à nous cajoler. Sa fourrure était douce et chaude, blanche avec des rayures rousses, et quelques taches noires et brunes. Je lui parlais, lui demandais d’où elle venait comme ça, et elle me répondait par un « Miaou » heureux. Bien dodue, elle devait être le chat du voisinage, et je me résolus à aller lui acheter quelques douceurs pour sa prochaine visite. 
Ce moment tendre dura jusqu’à ce que, mû par un signal connu d’elle seule, elle se leva et repartit par là où elle était entré. 
Quand je me levais pour refermer, mon regard croisa un miroir, et je m’aperçus que je souriais.
Cela me fit tout drôle.

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Message posté le 19:03 - 15 avr. 2019

Semaine 54 : Fantôme (953 mots)

« Dieu est mon rocher, je me confierai en lui, mon bouclier et la corne de mon salut, ma haute retraite et mon refuge. Mon Sauveur, tu me sauveras de la violence! »
2Sam 22:3


La voix au téléphone lui avait paru jeune et apeurée. C’était une voix à peine audible, à court de souffle. Il lui avait semblé que ce son, ce timbre, était un petit animal effrayé qui cherchait à se cacher.
Maria-Laura avait souvent affaire à des gens en proie à la détresse. Quand tout semblait désespéré, se tourner vers un médium était souvent un des derniers recours.
La voyante tourna la cuillère de son café tout en relisant ses notes. Ce faisant elle fit tinter le chapelet accroché à son poignet. Ce bruit cristallin lui rappelait toujours qu’il y avait des choses au-delà qui étaient inacessibles pour un être mortel comme elle. Son coeur se serra à cette pensée, et une bouffée d’humilité l’envahit. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était apporter le réconfort parmi les endeuillés, grâce à Sa parole.

« Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, 
Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » Ps 23:4


On l’avait appelé pour une maison, hantée par des esprits mauvais. Elle avait déjà vu des cas semblables, des âmes qui n’avaient pas terminé ce à quoi elles aspiraient, des peurs ou des regrets qui empêchaient le passage dans l’autre monde. Son don lui permettait d’agir dans ce genre de situation.
C’était un monde étrange que le monde des esprits, terrifiant au premier abord, mais bien plus profond que ce que la littérature profane laissait entendre. M-L aimait aller au fond des choses, dénouer les nœuds, entendre la parole du malheureux, faire preuve de miséricorde, pour enfin ramener chaque être dans la paix de Dieu.
Dans la quiétude d’une matinée ensoleillée, elle croqua dans un biscuit et ferma les yeux, profitant du calme.
Elle n’avait pas une très bonne réputation chez les non-initiés. Ils la voyaient, elle et ses consœurs, comme des charlatans, des escrocs. Et pourtant, elle avait bel et bien vu des choses que le commun des mortels était incapable d’expliquer.
Plutôt que de vivre dans le déni, elle avait décidé d’exploiter cette partie d’elle même qui la rendait si singulière, et d’utiliser son don à bon escient, tout comme le Seigneur aurait voulu.

« Tout beau don et tout présent parfait vient d’en haut, car il descend du Père des lumières célestes, et chez lui il n’y a pas de variation. »
Jc 1:17


Une vocation qui lui faisait côtoyer la souffrance et le néant. Mais elle tenait bon, cueillant chaque jour le fruit du quotidien et son lot de joies et de peines. Elle menait une vie fervente et pieuse, entièrement dévouée à vivre selon Ses principes.

Le soleil se faisait haut, la petite véranda commençait à chauffer. Maria-Laura se leva et alla se préparer. Son esprit n’était pas tranquille, elle tournait et retournait l’appel téléphonique dans sa mémoire. Elle avait l’impression toute particulière que le pardon et la prière pourraient ramener la paix dans l’univers houleux et noir de sa cliente.

« Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.
Amen. »


Devant la porte d’entrée, gravée sur une plaque en terre cuite, la prière accueillait les visiteurs.
La médium sonna.
« Délivre-nous du Mal »
Elle s’attarda sur cette phrase qui devait signifier beaucoup plus pour cette femme que pour le commun des croyants. Une impression étrange s’instillait en elle, un léger malaise, comme si elle s’imprégnait du sentiment qu’exhalait, que dégorgeait le lieu, un sentiment trouble mêlant une Sainte terreur et une tristesse sans nom… Et elle le ressentait tant et si bien qu’elle sursauta quand la porte s’entrebâilla sur une trentenaire aux yeux rougis. Malgré sa peur, elle entra.

La cliente était maigre, étroitement emprisonnée dans un tailleur sévère, une queue de cheval stricte en guise de coiffure qui contenait bien mal les cheveux perdus sur ses tempes.
Les yeux clairs et vaporeux, qui allaient et venaient en tressautant, une bouche fine qui se tordait en tout sens, à l’image des mains blanches et fines, dont le pourtour des ongles était rouge et irrité.
« Délivre-nous du Mal »
M-L ressentait toute la souffrance que portait sur elle cette personne, inconnue et dont pourtant elle se sentait si proche. La maison était grande, trop propre et trop froide.
Et la bâtisse, comme la propriétaire implorait en silence. Chaque objet, chaque millimètre de peau, chaque cil, chaque dalle disait : « Délivre-nous du Mal ».

La voyante avait les larmes aux yeux. Elle écouta la voix tremblante se confesser, lui raconter l’histoire d’une vie qui s’était échouée, l’histoire d’une épave qui ne flottait plus, d’une destinée qui partait à la dérive depuis bien trop longtemps.
Et elle eut beau se concentrer longuement, elle eut beau chercher longtemps, elle ne trouva nul esprit mauvais dans l’entourage de la jeune femme. Elle trouva seulement de la détresse. Et alors son âme à elle aussi se brisa, car elle comprit qu’elle était impuissante. Sa cliente était hantée par ses propres démons.

« Les jours de la souffrance m'ont saisi. La nuit me perce et m'arrache les os, la douleur qui me ronge ne se donne aucun repos (…) Je crie à toi, et tu ne m'exauces point; je me tiens debout, et tu ne me regardes point. » Jb 30:16,17,20

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