Joué par :
Green Partizan: Jini Reusard #f29d8b
Grendelor : Capitaine Grenat #E9383F
Gaba : Auguste Von Cumulus #26d824
dvb : Don Wilhelm Bouthard #9683EC
Mike : Amadou Falotier #FFFF00
Exodus (…) : Perceval Fermaz #3A8EBA
Cassiopée : Léopold Singrier #CCCCFF
C’était une belle journée, la journée d’un printemps déjà bien avancé. Les caprices de la météo, les averses scélérates, les promesses vite oubliées de flânerie sur les bords de Jougle, avaient laissé la place à l’antichambre de l’été : un ciel bleu, presque sans nuage, une température honnête, suffisante pour faire sécher le linge en une journée, mais encore loin de la canicule estivale qui étouffait ponctuellement la grande cité Thil. Un temps parfait pour un dimanche, durant lequel les jardins de la ville se remplissaient des familles ouvrières, les parents goûtant le plaisir nouveau de ce jour de repos hebdomadaire récemment instauré, les enfants s’égaillant dans les allées de graviers, ou sur les pelouses fraîchement coupées par les jardiniers municipaux. Une journée où l’industrieuse métropole reprenait son souffle, où l’air se libérait des fumées noires des cheminées d’usine. Une journée pour le temps libre, et pour le temps politique – les conseils de quartier et les assemblées de travailleurs se réunissant en fin d’après-midi pour délibérer sur les affaires courantes. Une journée où les peintres ambulants et les étrangers en visite pouvaient saisir de leurs pinceaux et plumes l’esprit de cette nouvelle république des conseils, promouvant les temps libres après la besogne, la famille après l’effort, la citoyenneté après la production.
Dans les papeteries et les bureaux de poste du centre-ville, on ne trouvait aucune carte postale qui dépeigne la masse de silhouettes fatiguées présentement en train de s’échiner sur le chantier titanesque de la future gare de triage de Celian, distante de trente-cinq kilomètres des premiers faux-bourgs de l’agglomération. Se voulant une véritable porte d’entrée de la cité, la vaste emprise ferroviaire devait constituer le centre logistique depuis lequel les trains s’élanceraient à l’assaut du désert, ou arriveraient en provenance de Sûl-Nacre les wagons chargés de minerais, de verreries et draperies fines, et autres produits exotiques que produisait la mystérieuse ville d’Orient. Le projet prévoyait des kilomètres de faisceaux de voie pour recevoir les convois, des infrastructures et machines pour les charger ou les décharger, un bureau de la douane, ainsi qu’un dépôt pour l’entreposage et la maintenance des locomotives. A côté de la gare, un village devait être bâti pour pouvoir loger sur place le personnel fourni qu’un tel site réclamait pour fonctionner.
Ici, on ne s’arrêtait pas de travailler, même le dimanche. Un millier d’ouvriers étaient affairés sur le chantier, ici préparant le tablier de la voie, là transportant les lourdes traverses en bois pour les disposer l’une après l’autre. On distinguait aisément deux familles de travailleurs. En blanc, les fonctionnaires municipaux, et les employés de la compagnie de chemin de fer : les hommes et femmes libres. Des ingénieurs, logisticiens, contre-maîtres et gardiens. En rouge vif, la main-d’œuvre pénitentiaire, plus familièrement appelée les bagnards. Des forçats, trimards, bons à tout faire. Tel était le sombre destin des criminels, bandits et détenus de toutes variétés, privés sans honte du repos dominical. Car la cité des conseils exploitait hors de tout questionnement moral cette force de travail, mobilisée sous l’égide du programme baptisé « travail-réhabilitation », trop heureuse de mettre à l’ouvrage une masse de travailleurs et de travailleuses corvéables à merci, pour faire avancer le projet ô combien stratégique de ligne de chemin de fer vers Sûl-Nacre. Ces pauvres diables n’avaient rien à y gagner, ni remise de peine, ni ration plus consistante. Tout au plus bénéficiaient-ils de la possibilité de se trouver en plein air plutôt qu’entre les quatre murs de leur geôle. Bien qu’ici, aux portes du désert, l’air était nettement moins agréable que celui de la ville, baigné par la fraîcheur de la confluence des deux plus grands fleuves du continent. Il était plus sec, déjà empreint de la poussière du désert naissant. Point d’arbres ou si peu, sous lesquels se reposer, à leurs pieds s’étendaient une steppe informe. La seule humidité que l’on trouvait par ici était la sueur qui dès les premières heures de la journée maculait les corps poisseux de ces drôles de manutentionnaires en habits cinabre. Tous étaient à l’œuvre, volontaires, car au tire-au-flanc et autre déserteur étaient promis de copieux coups de bâtons, les postes les plus pénibles, et pour les récidivistes, un séjour au trou à l’issue duquel ils retrouvaient invariablement leur place sur le chantier.
Le long des voies déjà construites, de nombreux wagons étaient stationnés. Au plus proche des sections en train d’être posées se trouvaient les traverses, les segments de rail, les bacs contenant le ballast. Plus en retrait, d’autres voitures abritaient les bureaux du chantier et la base-vie pour le personnel logé sur place. Quant aux bagnards, ils s’entassaient au crépuscule dans des wagons plats dont on avait soudé aux ridelles des barreaux et bricolé un auvent en guise de protection contre les intempéries. Les pauvres diables dormaient sur de piètres couches, parfois de maigres matelas ou peau d’animaux mitées, parfois à même la ferraille. Ce décor pénitentiaire était surtout symbolique, un prisonnier avec une condition physique minimale pouvant facilement se glisser hors de sa prison roulante. Mais pour aller où ? Leurs vêtements écarlates juraient inévitablement, où qu’ils aillent. Le fuyard était bien vite repéré en pleine journée. Et si la nuit offrait un certain couvert, il fallait déjouer la surveillance des geôliers, et ensuite ? La zone immédiate de la gare était encore inhabitée à cette heure. La métropole était à trois heures de course, pour les meilleurs athlètes, et sur place, leur couleur impayable ne tromperait guère longtemps la garde municipale. Enfin vers l’Est, aucun refuge hospitalier en vue, et la promesse d’une soif dévorante dès les premières heures du jour, qu’aucun cours d’eau ne pourrait étancher.
Chacun restait donc à sa place, résigné, au travail tout en essayant discrètement de s’économiser au maximum. Du reste, le chantier n’était pas un mouroir. La population de détenus n’était pas illimitée, aussi un certain soin demeurait pour ceux-ci. L’embauche avait lieu à sept heures tapantes, un sinistre clairon donnant le signal de reprise des travaux. A midi, une pause de quarante-cinq minutes était prévue pour le déjeuner. Bien sûr, le dernier bagnard recevant sa pitance ne disposait que d’une poignée de minutes pour l’engloutir, mais les rations, quoique frugales et simples, étaient suffisantes pour maintenir une bonne cadence tout au long de la journée. L’heure du coucher du soleil marquait la fin du labeur. Cela signifiait aussi que la durée journalière du travail avait significativement augmenté et continuait de le faire, jusqu’à ce que le solstice fût atteint. Les forçats travaillaient en brigades, sous la surveillance et les instructions de leur chef d’équipe. Suivant la bonne étoile ou la déveine de chacun, celui-ci pouvait être un bon encadrant, ménageant ses subalternes, organisant un roulement dans les tâches les plus fastidieuses, accordant quelque temps de repos après un moment particulièrement épuisant. Il pouvait aussi être un cerbère, aboyant et jurant sur les galériens à son service, hurlant continuellement des ordres et adressant des brimades aux plus faibles. Le plus souvent, c’était un fonctionnaire sobre et ennuyeux, ni méchant ni particulièrement soucieux de la condition de ses manœuvres.
Les organisateurs de cette sinistre besogne auraient pu penser que des problèmes de discipline et de tension émergeraient entre les bagnards, notamment entre ceux qui purgeaient une peine relativement courte, et les réclusionnaires, malfaiteurs patentés et meurtriers. Mais la dureté des conditions de travail mettait tout le monde d’accord, à sa place, et les incartades restaient relativement marginales, cantonnées aux moments des repas et bien vite contenues par les surveillants. Le sens de la vie, l’horizon de chacun, étaient réduits à la voie de chemin de fer naissant sous leurs pieds, traverse après traverse, agrafe après agrafe, progressant chaque jour un peu plus vers l’orée du désert. Certains pouvaient compter les jours jusqu’à leur libération. D’autres s’en abstenaient, ne voulant pas nourrir un désespoir qui aurait absorbé leurs dernières pointes d’énergie face à ce sacerdoce harassant.


Léopold se tenait invisible parmi les ombres. Ses habits carmin, noircis et sales avaient pris une couleur terre de sienne qui se mêlait bien au sol du coin.
Il ne voulait pas se faire voir mais le navire l’attirait comme un aimant. Comment devenir passager clandestin d’un vaisseau pirate ? C’était sa seule chance de survivre au désert maintenant que la machine était hors d’usage.
Pour le moment les flibustiers étaient occupés à surveiller les survivants de l’explosion. Il se glissa sans bruit derrière les rocs et rares arbustes de la steppe de manière à se rapprocher de l’embarcation.
Elle avait tout d’un navire volant et était magnifique. Pourrait-il s’accrocher quelque part à la coque avant qu’elle ne redécolle ? Ou mieux, allait-il réussir à se couler à bord pour se mettre à l’abri ?
Le navire était silencieux. Un seul quidam se tenait sur une espèce de château.
Plusieurs amarres pendaient jusqu’au sol, accrochées à de lourds sacs qui devaient servir d’ancre.
Il se décida à grimper sur la face cachée de cette superbe flibuste, près de la poupe.
Arrivé en haut du plat-bord. Il vérifia que personne n’était en vue ou pouvait l’apercevoir et rampa tel un serpent du désert, jusqu’à un monceau d’objets entassés dans un coin. Sans doute le rebus d’un piratage précédent. Ce navire lui apportait la cachette souhaitée sur un plateau. Il se roula en boule du mieux qu’il put et se recouvrit de bricoles sans valeur.
À la suite de la seconde explosion de la Fumeuse, un nouveau monde c'était présenté à lui si brusquement. De jeune saboteur libéré du joug de la justice, il redevenait propriété d'une servitude aux motivations incertaines.
Il aurait pu se montrer terrifié par les pistolets et les fusils qui avaient été braqués sur lui, et en vérité il n'avait pas été rassuré non plus. Mais son attention avait été attirée par ce navire des dunes. Le bagnard n'avait pas entendu le coup de feu qui avait mis le chef des blancs au sol, si bien qu'il avait encore moins prêté attention aux pirates gardes-pompes qui éteignaient son chef d'oeuvre.
Une proue élancée, un tirant d'air lustré par les tempêtes de sable, un mât qui disparaissait dans la nuit réveillée par les flammes. Tant de bois et de voilure. Voilà un appareil qui ne le laissait pas indifférent.
Maintenant qu'il reprenait davantage ses esprits, les ordres aboyés par les pirates et les complaintes des Fumeurs du d'mibile se faisaient entendre ; la cacophonie ambiante le sortit de son extase de pyromane, la sauce était retombée. Il chercha du regard Léopold tandis qu'un canon de fusil se planta dans son dos, lui intimant la nécessité de se regrouper très vite en compagnie du nouveau groupe de prisonniers bicolores.
Aussi, Amadou remit sa tunique. Il rendossa son statut de rouge, que ce soit pour la CITHIL ou des pirates, peu lui importait. Son vêtement lui apportait une certaine protection, car peu de gens cherchaient à creuser plus loin que l'apparence. Alors il garderait le temps nécessaire ce déguisement de forçat.
Si le d'mibile lui avait appris une chose, c'était qu'il était capable de prendre en main son destin. Il avait tordu le métal, il ploierait le bois. Ou plutôt : il l'embraserait.
Il se sentait malgré tout embarrassé par l'absence de Léopold. Il espérait que son camarade de soupe n'était pas blessé quelque part.
Ragaillardi par son accomplissement, il apostropha les blancs.
— Ça fait quoi de devenir ce qu'on maltraitait ? ce qu'on jugeait de haut en leur donnant des calottes derrière la tête et en les mettant de corvées de latrines ? Ça fait quoi de devenir un rouge quand on est un blanc et qu'on pensait le rester toute sa vie ? Moi, je suis un rouge depuis deux mois et j'ai appris à faire avec. Grâce au Homard et au Menteur, entre autre, qui ont su se montrer suffisamment brutaux pour que ça rentre dans ma tête comme les cailloux rentraient dans mes chausses quand je devais les casser et les déplacer pour qu'on puisse mettre des rails sur des millions de kilomètres de d'mibile qui nous séparent de la cité du verre et de la soierie. Nous, les rouges, on a appris à vivre en tant que rouge, parce que les prisons et les procès nous laissent le temps de vivre notre sort. Est-ce que vous pensez que les pirates bijoutiers y vont vous laisser le temps de baver votre impuissance d'avoir autant de ptits cailloux sous les semelles ? Moi, j'en sais rien. Mais je vous souhaite la bienvenue à bord et que les vents vous soient favorables, haha.
Les prisonniers étaient enfin rassemblés et le feu maitrisé. Comme Grenat l'avait espéré, tout n'avait pas été détruit dans l'explosion. Mais le butin était maigre : 3 fusils, 1kg de poudre et 5 charges explosives. Pas de quoi pavoiser. La capitaine étudia le groupe : 3 blancs (visiblement les chefs d'après la diatribe du dernier rouge amené) et 3 rouges, dont une mal en point et un qui sentait le cochon grillé.
Saphir, ficelle tout le monde sauf la fille. Jade, tu l'emmènes à bord et tu la soignes. Cristal, reste à l'affût, il y en a peut-être d'autres qui se cachent.
La capitaine se tourna vers le rouge qui lui avait fait une étrange proposition.
Je veux savoir qui est qui et quelle est cette histoire de camp dont tu me parles. Sois éloquent, je m'encombre pas de gens qui me servent à rien.
Les deux pirates mentionnées se mirent au travail. La plus petite s'occupa d'attacher les mains dans le dos de chacun. Ses gestes étaient rapides, précis et les noeuds solides. Jade, une femme solidement charpentée, prit la femme blessée et évanouie dans ses bras et se dirigea d'un pas élastique vers le bateau. Sur place, elle désinfecterait la plaie et la recoudrait. dans son autre vie, elle était couturière et ses années de piraterie lui avaient permis de se servir de ses talents autrement.
Je veux savoir qui est qui et quelle est cette histoire de camp dont tu me parles. Sois éloquent, je m'encombre pas de gens qui me servent à rien.
Bouthard observa le troupeau rassemblé et fit l'inventaire des forces en présence avant d'exposer son plan.
Bon. Un peu de contexte avant toute chose. Ce convoi avait pour objectif de s'enfoncer dans le désert en amont d'une ligne de chemin de fer en construction. L'idée était de démolir les monticules rocheux qui se trouvent un peu plus loin au Nord pour dégager la voie. Vous l'avez peut-être remarqué, notre équipage est constitué de forçats et de garde-chiourmes. À de rares exceptions près, ce sont pour la plupart d'entre eux d'authentiques débiles et bras cassés de la Belle Thil. Le gamin, là, qui se dit héritier Cumulus, est un ressortissant de Wilaer. Tout comme la femme blessée que vous venez d'emporter et moi-même. Plus précisément, elle et moi sommes des... ouais : on est des barbouzes ! On a pour mission de contrecarrer ce projet de ligne de chemin de fer.
Espèce de fils de... éructa le Homard, avant de se prendre un franc coup de boule de Bouthard.
Toi, ta gueule, gros tas d'immondices ! Laisse parler les gens civilisés.
Le garde-chiourme chouina sous l'effet de la douleur et de la surprise, puis essaya tant bien que mal de ne pas respirer le flot de sang qui s'écoulait de son gros pif.
Mais euh...
Boucle-la, abruti ! Donc, je disais. Notre plan était de proposer aux bagnards de se retourner contre leurs tortionnaires, leur proposer un plan d'évasion hors de la zone d'influence de Thil et leur offrir un généreux pécule de remerciement. Le tout bien sûr en échange de leur participation à une opération de sabotage. En aval, à quelques kilomètres au sud, le gros de la compagnie Cithil est en train de construire une énorme gare de triage. Il y a là-bas des monceaux de matériel, d'armes, de carburant, de vivres et des coffres remplis d'or pour payer les soldes et acheter le ravitaillement. Et, moi et Jini on sait exactement où tous ces jolis trésors sont rangés. On connait les routines de garde et on sait où sont remisées les clefs des coffres.
Notre mission tient toujours : notre but est de cramer tout ça. De faire sauter la gare et les stocks, de ruiner la Compagnie et de retarder le chantier de plusieurs années.
Comme je vous le disais tout à l'heure : l'argent et le matériel ne nous intéressent pas. Si vous en voulez, on vous ouvre les réserves de bon coeur. En échange, vous nous aidez à réduire tout en cendres et vous nous déposez après, moi, Jini et les bagnards volontaires à notre point d'exfiltration. Et je m'arrange pour qu'on vous fasse livrer un bonus si tout se passe bien.
"J'ai une âme solitaire"
Les yeux de Grenat brillaient férocement.
J'aime cet état d'esprit !
Elle pointa le blanc (plus très blanc) qui pissait le sang.
Lui, n'a pas le bon.
La détonation du pistolet résonna dans la nuit.
Bon, qui est partant pour une petite virée à la Cithil ?, fit la pirate en regardant chacun de ses prisonniers.
Dans sa tête, elle faisait déjà des calculs sur le temps, l'approvisionnement, la place sur son navire...
Des cordes ! Mais pourquoi des cordes ? Ils n’ont pas de vraies chaînes avec de vrais cadenas sur ce rafiot ? Une honnête serrure à crocheter honnêtement ?
Qu’à cela ne tienne ! Pendant que les pirates de la famille des pierres précieuses ligotaient leurs prisonniers, dont Auguste, ce dernier se hâta de dissimuler dans sa main l’éclat de métal précédemment récupéré. Il estimait que le tranchant suffirait à couper une corde plus tard, quand ils ne seraient plus sous surveillance directe.
Le coup de feu le sortit brutalement de ses réflexions. Décidément, ces flibustiers n’étaient pas des tendres. Quant à Bouthard, Auguste espérait qu’il était vraiment un espion de Wilaer. Dans le cas contraire, il vaudrait mieux ne pas être présent lorsque la capitaine s’en apercevrait.
Le fait qu’il ne l’ait pas reconnu, lui, l’héritier des Cumulus, était un mauvais présage en la matière.
Avec un enthousiasme plus ou moins prononcé, tout le monde s'était porté volontaire pour aller dire bonjour à la Cithil. Pour autant, ils restaient des prisonniers des pirates. L'équipage les avait à l'oeil et ils étaient confinés sur le pont, sauf Jini qui se remettait de ses blessures dans la cabine des officiers, Azur et Saphir.
Le vaisseau n'étant pas prévu pour accueillir autant de monde, il fut décider de passer une journée sur place pour faire le plein de viande et d'eau. Cela laissa le temps à Grenat de discuter avec Bouthard pour avoir une idée un peu plus précise du chantier de la gare de triage. Evidemment, celui-ci ne révéla pas où se trouvait l'argent, ce qui prouvait qu'il n'était pas totalement idiot.
Le chantier était grand et même avec l'appui des canons du Sable Rouge, il y aurait des combats. L'aides des bagnards était indispensable si l'équipage pirate ne voulait pas faire les gros frais de cette attaque. La capitaine accorda encore 24h de repos afin de préparer l'attaque. En espérant que chacun joue son rôle. Elle n'aimait pas le fait de devoir armer de parfaits inconnus.
Jini reprenait petit à petit des forces après l’épisode de la marmite qui lui avait ouvert les entrailles, mais heureusement pas atteint d’organe vital. Elle en avait été quitte pour un passage à la machine à coudre, et si ces étonnantes pirates du désert possédaient quelques talents manuels, leurs techniques d’anesthésie restaient relativement rudimentaires. Elle avait ainsi dû s’enquiller plusieurs rasades d’une eau-de-vie qui semblait avoir été distillée pour réveiller du coma, avant d’offrir son ventre à une apprentie chirurgienne qui, comme elle, faisait peu de cas de la douleur, et encore moins celle des autres. Elle avait craint l’infection, mais pour finir, le plus grave dans cette histoire était la quantité de sang perdue, qui l’avait affaiblie durablement. Les piratesses insistaient pour qu’elle avale de grandes quantités de viande, ce qui, entre ses boyaux chamboulés et le roulis constant du bateau sur l’herbe de la steppe, lui demandait beaucoup d’efforts de continence.
Elle s’estimait plutôt bien traitée, avec le privilège de disposer d’une couchette dans une cabine séparée. Elle n’était pourtant qu’une prisonnière, et si l’ampleur de ses blessures avait pu attirer sur son sort les bonnes grâces de la capitaine, elle savait qu’elle serait inévitablement ramenée à ce statut à un moment ou un autre, et qui sait ce que ces pirates avaient comme plan en tête pour les prochains jours. Elle se méfiait de cette entente bien vite ratifiée entre les corsaires et Bouthard, qui s’était habilement porté à la tête des rescapés de la Fumeuse.
Bouthard justement, entra dans sa cabine après trois coups secs contre la porte en cuivre qui tinta doucement. Jini avait demandé à pouvoir s’entretenir avec lui. Elle scruta une dernière fois la blessure autour de son nombril qui cicatrisait à vue d’œil, puis se redressa péniblement. Elle rajusta la liquette que sa colocataire fortuite lui avait donnée – ses haillons de bagnarde, déchirés et maculés de sang, ne pouvant plus décemment la vêtir.
La cabine était minuscule, et Jini fit signe à Bouthard de s’asseoir à côté d’elle, sur le bord de la couchette. Cette situation était étrange, car dans cette galère, il était son seul ami, bien qu’ils ne se connussent pas, tout du moins pas avant de se rencontrer le jour où l’appel avait été fait pour l’expédition. Elle éprouvait une sorte de gratitude envers les services de renseignement de la cité des airs de lui avoir envoyé cet ange-gardien, tandis qu’elle peinait dans ce pré-désert à porter des sections de rail qui pesaient presque aussi lourd qu’elle. Mais à la fois, ce messager descendu du ciel avait quelque peu foiré son plan, et elle était passé des fers de la Compagnie à ceux d’une troupe de pirates féroces, probablement lesbiennes, et assurément imprévisibles. Question plan de sauvetage, on avait connu mieux.
Je dois avoir une mine épouvantable, et ça ne va pas s’arranger tout de suite. Je ne sais pas trop ce que diras la capitaine des pierres précieuses quand elle s’apercevra que je ne suis pas apte au combat, mais on discutera de ça plus tard.
Elle se tourna vers Bouthard avec une mine torturée.
Je suis inquiète, Wilhelm. C’est bien beau de débarquer sur le chantier de Celian, de tirer tous azimuts et de foutre le brin. Saboter tout le matériel et dynamiter ce qui peut l’être, bien sûr, ça retardera le chantier de plusieurs mois, peut-être d’une année ou deux. Mais je crains pour mes camarades du bagne, j’ai peur que les conditions deviennent plus terribles encore, que les déserteurs et les traînards soient traqués et punis sévèrement. Je sais bien que ça n’est pas notre mission, je ne devrais pas penser à ça, mais tu sais, être un rouge là-bas, ça n’est un rêve pour personne, et ça pourrait bien devenir un cauchemar si on fait trop de grabuge. Ca me fait douter de ce qu'on fait, enfin de ce qu'on s'apprête à faire.
Elle replongea son regard dans le vide et laissa un long soupir expirer.
Willaer, hein ? J'aurai bien aimé construire un vaisseau pirate aérien. Mais un prototype du genre du sable Rouge ne ferait pas long feu face à la technologie de Willaer. Ils ont trop d'avance. Si je pouvais voler des plans...
Telles étaient les pensées de Grenat alors qu'elle se rendait dans la cabine où était Jini. Elle entra alors que Bouthard en sortait. La capitaine jeta un long regard à cet homme qui lui livrait ainsi la Cithil. Elle ne lui faisait pas confiance du tout. Elle entra sans frapper et ne salua pas plus la femme assise sur la couchette.
Toi, tu as un vrai esprit rebelle. Peut-être un peu trop d'ailleurs. Je ne suis pas sûre que tu pourrais t'intégrer à l'équipage. Je ne sais pas ce que tu trouves à Bouthard, mais t'inquiète, tu peux le garder. Les filles ont jeté leur dévolu sur le p'tit Cumulus. Il est plutôt mignon. S'il meurt pas pendant l'assaut, je le garderai p'têtre.
Toi, tu peux pas courir partout avec ton bide. Montre-moi. Et sans laisser le temps à Jini de bouger ou de protester, elle souleva sa chemise pour voir la cicatrice. Oui, elle a fait du bon travail. Tu sais qu'c'est une vraie couturière ? Si y'a pas d'infection, ça se verra presque pas. Elle fait des points solides et bien serrés, regarde.
Et Grenat lui montra tout un tas de cicatrices à divers endroits de son corps. Effectivement, il ne restait qu'une fine marque à chaque fois, alors que les histoires que la pirate racontaient faisaient dresser les cheveux de Jini sur sa tête.
Mais penses pas que tu resteras à rien faire pour autant ! J'te mettrais à la barre, pendant qu'Azur et Cristal s'occuperont des canons. T'apprendras c'qu'il faut le temps qu'on arrive sur place. Et après, si tu t'sens capable, tu pourras rester avec nous. Entre femmes, faut rester solidaires dans ce monde qu'est bien trop fait pour les hommes.
Et sur ces mots, Grenat ressorti de la cabine.
La chaudière du Sable Rouge n'était pas aussi perfectionnée que les machines de Willaer, mais quand même un niveau au dessus de la défunte Fumeuse.
Et surtout, elle était améliorable, grâce à de multiples réglages de vannes, de soupapes et de régulateurs de vitesse auxquelles les pirates n'avaient jamais touché.
C'était pourtant simple pour Auguste, qui n'avait pas hésité une seconde à se porter volontaire pour la salle des machines. En quelques coups de clé, il avait doublé la portance du navire terrestre et augmenté d'un tiers sa vitesse maximale... selon ses calculs.
Il pourrait augmenter aussi la stabilité du bâtiment grâce à des propulseurs latéraux qui s'autoréguleraient grâce à un pendule qui jouerait le rôle de fil à plomb mesurant le roulis : pour la précision des canons, ce serait l'idéal. Mais il lui faudrait des matériaux et l'accord du capitaine.
Le cas des matériaux était facile à résoudre : l'expédition sur le chantier de la CITHIL y pourvoirait.
Pour le capitaine, ce serait plus compliqué. Auguste n'était pas sûr de comprendre la façon dont Grenat le regardait chaque fois qu'ils se croisaient sur le pont.
Il faut dire que ce qu'Auguste savait de la reproduction humaine tenait en deux points :
1) Les gens meurent, si possible de vieillesse, et il fallait bien assurer le renouvellement de la population.
2) La génération spontanée n'existe pas.
Ensuite, les conjectures d'Auguste n'avaient pas été bien loin. Il avait vite établi que le mécanisme à l’œuvre, quel qu'il soit, n'impliquait ni machine à vapeur, ni serrure (les ceintures de chasteté lui étant également inconnues). Aussi s'était-il désintéressé de la question.
Un dernier tour de clé, une dernière lecture des cadrans de pression, et il fut satisfait de son ouvrage. Il remonta donc sur le pont et héla le capitaine qui sortait d'une cabine.
Madame Grenat, j'ai de bonnes nouvelles concernant la chaudière, je pense que nous sommes prêts de ce côté-là.
Madame Grenat, j'ai de bonnes nouvelles concernant la chaudière, je pense que nous sommes prêts de ce côté-là.
Celui-là ferait une bonne recrue. Il semblait d'une naïveté confondante et surtout il avait des doigts en or avec les machines. Auguste ne semblait pas percevoir l'effet qu'il avait sur l'équipage, ce qui était une bonne chose du point de vue de Grenat. Il semblait avoir une vraie passion pour l'ingénierie.
Si j'arrive à le garder et à trouver les plans d'un engin aérien... Les filles se contenteraient bien de le voir comme un petit frère mignon... Moi je préfère ceux qui sont bien bâtis.
Dans les prisonniers raflés, le seul qui pourrait correspondre serait Amadou. Mais la capitaine lui faisait encore moins confiance qu'à Bouthard. Il avait dans l'oeil parfois une lueur un peu folle. Elle pensait à lui comme à un chien fou. Celui-ci, sûr qu'il ferait parti de l'assaut. Et elle s'en débarrasserait sans problème après.
On dit capitaine, Auguste. Parfait. Si tu veux rester avec nous après, ce serait avec plaisir, j'ai besoin de tes compétences !
Grenat lui donna une bourrade dans le dos avec un sourire de requin qui a repéré une proie.
Les plans.
Les plans dans les plans.
Les secrets, les non-dits, les missions, les objectifs, les intérêts stratégiques à longs termes.
Le devoir.
L'équité.
Le sens de ce qui est juste et doit être fait.
Bouthard ruminait depuis deux jours. Il entendait les bribes de conversations. Déduisait les pensées et les ressentiments qui filtraient des regards et des messes-basses qu'il captait à chaque heure, dans chaque coursive et à chaque pont du navire.
Les doutes de Jini, les rêves de grandeur des piratesses, les insondables illogismes des bagnards. Il passait à la moulinette toutes les informations, les déductions, voyait se mettre en place un échiquier vaste comme le désert qui séparaient les territoires des cités-états. Il y voyait les atouts et les intérêts convergents.
Jini avait raison : saccager la Cithil une fois, de manière aussi grandiose que violente n'était pas un avantage pérenne. Les forces en mouvement étaient puissantes. La Belle Thil serait contrariée mais se relèverait. Le rail et les gares détruits seraient reconstruits. Les milliers de ducats investis seraient renfloués. Les rivières de sang versées par les cohortes de bagnards continueraient à se déverser.
Et un seul navire pirate loué à l'occasion d'une alliance fortuite et passagère ne saurait tenir tête à la Cithil. Pas plus longtemps qu'une unique escarmouche.
Par contre, une flotte de corsaires, soutenue et appareillée par une réelle lettre de marque de Willaer, ça, oui, ça ferait la différence.
Une flotte indépendante mais équipée et financée dans le but de ruiner le chantier perpétuel du rail. Renseignée par des espions willaerites infiltrés comme lui et Jini, ça, ça serait bougrement efficace.
Une flotte qui grossirait au fur et à mesure que des bagnards seraient libérés du joug des thilliens. Une horde de malheureux galvanisés par l'esprit de revanche contre leurs oppresseurs.
Bouthard envisageait les plans. Les plans dans les plans.
Les secrets, les non-dits, les missions, les objectifs, les intérêts stratégiques à longs termes.
Il voyait converger la soif de justice, de grandeur, de richesse.
Il voyait se profiler une alliance. Une alliance qui révèlerait au monde entier que la Grande Belle Thil n'avait rien de grand ni de beau. Que cette nation d'esclavagistes couards et corrompus ne tenait que par la terreur et les intrigues. Un géant fangeux grimé en aristocrate éclairé.
Don Wilhelm inspira une grande bouffée d'air chargée de relents de poudre et de camboui tiède. Le parfum de la liberté et de la justice. Les effluves de la révolte.
Au détour d'une coursive, il croisa Auguste, l'héritier Cumulus. Celui-ci avait troqué ses habits de capitaine d'industrie pour ce qui ressemblait déjà presque à l'uniforme bigarré des pirates. Son visage et ses mains noircies d'huile de moteur lui allait mieux que les atours de la haute. Bouthard lui sourit.
On dirait que vos nouvelles fonctions vous plaisent mieux que votre siège au directoire familial, Monsieur Von Cumulus. Quand tout ceci sera terminé, d'ici quelques jours, vous me direz si vous souhaitez retourner chez nous là-haut. Ou si vous préférez que j'annonce à votre père la triste nouvelle de votre perte au champ d'honneur. D'ici-là, je vous souhaite une agréable traversée. Et... gare à vos fesses et à votre vertu ! Les piratesses semblent avoir de vifs intérêts en ce qui les concernent !
Bouthard poursuivit, sourire aux lèvres, son chemin vers la chambre de Jini. Il entra dans sa cabine après trois coups secs contre la porte en cuivre qui tinta doucement.
Jini ! Tu as raison. Il faut voir plus grand. Il faut embrasser toute la situation. Revenir à ce qui fait de nous les maîtres des cieux. La vision de l'aigle ! Toi, moi, le jeune Auguste, ces femmes pirates et ces gredins de bagnards, nous avons vus ce qui se passe ici, dans la poussière et le sable. Nous avons le regard de la fourmi.
Willaer a mieux à offrir qu'un coffre de verroterie à tous ces gens.
Une flotte de vaisseaux suréquipés. Une armée de bagnards venant grossir les rangs d'une armada de corsaires, assoiffés de justice et de liberté, prêts à ruiner définitivement l'oppression thillienne. Voilà ce que nous avons à offrir !
Voilà ce que je veux t'expliquer. Et si tu es d'accord, nous irons l'annoncer au Capitaine Grenat. Et si Willaer est assez bête pour refuser, dans ce cas, la Compagnie des Aéronautes n'aura qu'à aller se faire foutre ! Toi et moi avons désormais assez de ressources pour appuyer là où ça fait mal. On va leur montrer à tous ce qu'on arrive à faire avec une poignée de révoltés loqueteux, deux canons et un seul voilier. Et on les laissera imaginer ce dont on sera capable avec toute une flottille !
"J'ai une âme solitaire"
Ma vertu ? J'ai une vertu, moi ?
Auguste était perplexe. Qu'est-ce que c'était qu'une vertu ? Quoi que ce soit, il ne semblait pas avoir un tel objet sur lui. Ou alors, il ne la voyait pas : certaines femmes, lui avait-on dit, en avaient une petite. La sienne était sans doute si petite qu'elle n'était pas visible à l’œil nu ?
Il eut l'idée de trouver une loupe pour chercher sa vertu, mais réalisa qu'il ignorait à quoi elle pouvait ressembler. Il faudrait demander à quelqu'un, et Bouthard semblait s'y connaître sur le sujet.
Il se dirigea donc vers la cabine de Jini dans laquelle était entré l'ex-contremaître et s’apprêta à frapper quand il entendit la conversation à l'intérieur.
Le pont au-dessus des ponts.
Les drames, les messes basses, les corvées, les brimades, la patience contenue d'un homme.
Le besoin.
L'égoïsme.
Le dessein de ce qui est nécessaire et doit être fait.
Falotier observait depuis deux jours. Il épiait les nouvelles relations se tisser, les plans se construire.
Il briquait le pont à l'aide d'une brosse, à l'origine tachetée sur le dessus du sang séché de celles et ceux qui l'avaient précédé mais désormais agrémentée du sien. À genoux le front en sueur, il constatait le balai peu discret de ces prisonniers qui se démenaient pour se rendre indispensables. Le chef des blancs et l'héritier des nuages tournaient autour de la capitaine et de la cabine où la jeune rouge récupérait de ses blessures. Ils baguenaudaient sur le pont qu'il cirait.
Amadou dut se rendre à l'évidence que peu de choses avaient changé finalement. Sa tirade dans laquelle il se moquait des blancs qui se retrouvaient dans une position de prisonniers avait peu de relation avec la réalité.
Il essayait de comprendre la logique des piratesses. Après tout, ce qu'il savait de la flibusterie tenait des feuilletons de voiles et d'épées gavorniens et autant dire qu'ils n'avaient sûrement rien de fiables.
Malgré cela, Amadou s'étonnait de voir les piratesses faire preuve d'autant de commisération. Peut-être se trouvait-il un code d'honneur à découvrir quelque part sur ce navire des sables. Lui ne se serait pas encombré d'une blessée à nourrir et à soigner ; et pour tout lit douillet aurait-elle trouvé un matelas de silice plutôt qu'un de plume.
Tant mieux pour elle, finit par penser Amadou. Mais il vaudrait mieux pour elle qu'elle puisse vite marcher, car il y a peu de chose pire que d'être brûlé vif sur un matelas inflammable.
Pendant qu'il tenait ce débat intérieur, il vit du coin de l’œil le jeune cumulonimbus prendre la même direction que celui qui s'était décrit comme une barbouze et qu'Amadou avait décidé de nommer habilement : la Bouse.
Le soleil aidant et la déshydratation n'aidant pas, le rouge ne put réprimer un léger rire qui rejoignit le crissement de la brosse en train d'étaler de la sueur.
Décidément, plus ils seraient nombreux dans cette cabine, plus amusant cette virée sablonneuse s'annonçait.
Alors qu'il avait fallu une longue journée de marche aux forçats pour arriver, il ne fallut que trois heures au Sable Rouge pour faire le chemin inverse. Les réglages faits par Auguste avaient sensiblement augmenté les capacités du vaisseau et un vent porteur les poussait allégrement. Grenat avait prévu d'arriver pour l'heure du repas (un combat la nuit ne lui avait pas paru pertinent), ce qui sous-entendait que tout le monde serait regroupé au même endroit, sauf les quelques gardes affectés aux endroits sensibles.
Le premier tir de canon ajusté par Azur tomba à quelques mètres de la cantine, projetant des éclats tout autour, provoquant la panique dans les rangs des blancs. Cristal renchérit en soufflant la réserve de rails (bien trop encombrants pour être transportés).
Grenat, accompagnée de Bouthard et de Saphir, avait pour objectif les coffres chargés d'or. Jade, Auguste et Amadou visaient les armes.
Jini était à la barre, prête à récupérer tout le monde une fois l'opération réussie.