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12 déc. 2015 - 15:20

Avelis n'était ni grand ni petit. Il était moyen de taille. Un jour il avait été un petit grand mais l'âge s'était glissé sur son visage et son corps et lui avait donné une nouvelle taille. Comme il n'avait pas encore une voix chevrotante, Avelis se disait qu'il était à la fleur de la jeunesse. En effet, c'était la naissance de sa vieillesse. Sa barbe poivre et sel lui recouvrait le visage et descendait jusqu'au milieu de sa nuque. Ses cheveux, longs jusqu'à la moitié de son dos, étaient ramenés bien souvent en chignon sur le dessus de sa tête. Ses yeux étaient noirs. Ils contrebalançaient la couleur de ses cheveux identique à celle de sa barbe.
Il portait un pantalon noir avec des genouillères intégrées qui le protégeaient lorsqu'il effectuait des travaux dans le laboratoire et l'atelier. De façon similaire, son caraco chocolat portait des coudières. Malgré la chaleur prégnante, le jeune ancestre portait une cape d'un bleu nuit.

Avelis marchait à grand pas, en regardant droit devant lui sur le pont du sud qui rejoignait la rive gauche. Il semblait se diriger vers la cité des airs et son air pensif, le porter dans une bulle spatio-temporelle.

*Pas Lersin, il est trop jeune et malhabile* pensa-t-il.

Arrivé à l'extrémité du pont, Avelis fit une pause dans sa marche, sembla se creuser un peu plus la tête. Un éclair de joie traversa son regard et l'expression de son visage :

- Eureka, s'exclama-t-il ! Je sais !

Euphorique, il sembla emprunt d'une énergie revigorée et repris sa marche. Il s'engouffra dans les boyaux de la ville. Le brouhaha, les odeurs des épices, les citoyens qui le poussaient sans regarder où ils allaient, qui criaient car il voulait obtenir le légume, l'objet, le bijou avant un autre. Ils semblaient un peu pressés mais Avelis ne leur en tint pas rigueur. Le sourire, il avançait d'un pas certain.


***



Notre vieil homme était sorti de cette fourmilière géante et avait escaladé les collines de verdures habitées de champs de vignes. il sentait le souffle lui manquer, il n'était plus tout jeune alors Avelis ralentit le pas en plissant ses yeux et avalant de grosses bouffées d'air. Il passa le revers de sa main sur son front pour essuyer d'un seul coup la sueur qui commençait à lui couler des cheveux.
A la troisième colline, l'homme tourna à droite et alors, une grande ferme avec un panneau -OUVERT- sur le battant de la porte lui fît face. Le vieil homme s'arrêtait et plia légèrement ses jambes, les mains posées sur ses cuisses. Il prit du temps pour reprendre son souffle.


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Message posté le 22:24 - 18 déc. 2015

Arthus Gamberg bat des pieds pour faire ricocher les éclats d'eau le plus loin possible. Il secoue ainsi sa colère sur le bord de la Jougle.

Le niveau du fleuve monte haut à cette époque de l'année car l'automne est déjà bien entamé et les pluies sont venues nourrir les flots.

Un dernier coup frappé sur l'eau l'éclabousse au point d'être trempé. Il en a assez de cette vie.
Il s'arrête, contemple les derniers ronds dans l'eau en repensant à son père. Il ne supporte plus de voir ses vieux dans un tel état de délabrement et se dit qu'il devrait éviter de continuer à les voir.
Mais, il ne peut pas les abandonner. Pas complètement.

Un grand soupir finit de l'apaiser.

Il se redresse et reprend sa marche. Pour continuer de se requinquer, il actionne le mécanisme qui enclenche le petit orgue de barbarie monté habilement dans son chapeau multicolore. Pour cela, il lui suffit d'accrocher une petite poulie, qui dépasse sur le côté gauche de son couvre-chef, au mécanisme inclus dans ses vêtements et qu'il n'omet jamais d'installer le matin lorsqu'il s'habille.
Ainsi connecté, sa marche lui sert de manivelle et il lui suffit de choisir la petite partition de musique qu'il glisse dans la poche portefeuille de sa chemise pour les avoir en tête.

Arthus ne passe pas inaperçu avec son chapeau ainsi équipé. Il l'accompagne en musique et en couleurs car il est conçu dans un magnifique velours en damier multicolore. Arthus est un grand gars un peu dégingandé, tout long et mince. Le sourire habituellement facile quand il ne pense pas à ses parents et leur constante décadence.

Tout mouillé, il regrette de ne pas avoir pris son grand manteau vert bouteille qu'il aime tant porter. Il avait cru au soleil ce matin là. C'était une erreur.

Dépité, il décide de se diriger vers le bar de Monsieur Gertrude. C'est un lieu qu'il prise. Le patron aime y exposer des œuvres d'Art les plus farfelues qui soient et il y fait toujours chaud.


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Message posté le 12:24 - 12 févr. 2016

Avelis se glisse par la porte de l'entrée qui donne sur un long couloir étroit. Ce dernier est tout de métal sombre piqué de petites lumières clignotantes, telles des étoiles. Au plafond, des planètes sont suspendues et leurs lumières, multicolores, évoquent un rêve d'enfant : le parcours de l'univers.
Le tunnel est un chemin de découvertes merveilleuses. Un atelier de l'imaginaire et de mémoires. Toutes celles qu'Avelis a cueilli auparavant pour enrichir ses connaissances, ses rêves et leur réalisation.
Il avance tranquillement en profitant de cette vue particulière, les mains qui se tiennent l'une et l'autre au bas de son dos.

Les lumières finissent par s'arrêter de clignoter au bout du chemin et tombent dans un néant de noir, dans un néant de tout. Un rêve absolu. Les yeux du petit vieux pétillent, il avance sans s'arrêter et pose les mains contre une paroi réelle, plongée dans le noir. En vérité, poser simplement son dos, une épaule suffiraient à actionner le mécanisme : tout se met en branle et des bruits d'aciers surgissent du plafond et du sol. C'est l'enfant du tonnerre qui se réveille.
Le sol se met à bouger et descendre. Un ascenseur qui se rapproche du centre de l'Aelis. Arrivé au plus bas, l'ascenseur se stoppe net et grince.

*Un peu d'huile ne lui ferait pas de mal...* note Avelis.

Il allume la lumière qui révèle un atelier rempli d'un fouillis sans nom. Ce petit vieux n'avait pas cette qualité d'être maître du rangement. Mais il sait où chaque chose se situe dans ces montagnes de bazar. En quelque sorte c'est aussi un peu l'assurance que lui seul s'y retrouve dans ses plans et ses inventions. Bien que personne ne soit jamais venu, ici.
En plus d'être inventeur à la Grande Belle Thil, Avelis tient un magasin de lumières qui se situe au rez-de-chaussé de la grande ferme. Juste au-dessus, en somme. Elle n'est ouverte que les après-midi car le matin et le soir, il travaille aux ateliers de la cité.


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Message posté le 17:55 - 20 févr. 2016

Arthus conserve en permanence un long calumet attaché sur la principale tige du mécanisme qui met en branle son orgue de barbarie de cap. Lorsqu'il choisit de prendre du bon temps, comme à l'instant, il allonge ses jambes sans fin et garnit sa pipe d'un mélange sirupeux composé de pétunia et de gentiane. L'alliage des deux plantes lui procure une sensation d'oubli qui le grise.

Le bar de Madame Gertrude est bondé. Il a su se réserver un petit espace près des joueurs de dés et sa griserie se distille de mots plus hauts que d'autres, de jurons et de rires gras. Il a posé son chapeau à coté de lui de manière à entendre encore la musique qu'il diffuse et il exhale lentement la fumée. Il mesure son souffle afin de pousser la fumée à former ce rond parfait qu'il s'obstine à obtenir depuis qu'il réussit un vague ovale.

Soudain, un de ses voisins de la tablée de joueurs se lève. En colère, il soulève la table qui ricoche sur le jeu d'à côté. Les jurons volent et bien vite deux groupes de joueurs se font face, les poings serrés. Il n'en faut pas plus pour qu'une bataille fasse voler les bouteilles et les coups.
Arthus n'a pas le temps de se jeter sur son chapeau pour le ramasser qu'un lourd derrière vient l'écraser. Quand l'homme se remet sur pied, Arthus n'en croit pas ses yeux bés. Le haut de forme qu'il ramasse est une galette toute plate.
Il se glisse dans un petit recoin et évite les coups qui pleuvent. Au bout d'un petit moment il réussit à sortir du bar et se retrouve dans la rue complètement dépité. Sa machine à musique est complètement détruite et le système lumineux dont son chapeau est équipé est saccagé.

Après avoir examiné les dégâts avec attention, il se rend compte qu'il pourra réparer assez facilement le mécanisme alimentant l'orgue mécanique. Quelques soudures feront l'affaire. Mais le système lumineux est à changer entièrement.
Fouillant, le fond de ses poches, il trouve quelques pièces et se dit qu'il pourra atteindre le magasin du vieil Avelis avant sa fermeture s'il part maintenant.

C'est à ce moment qu'il découvre que la pluie tombe drue et qu'il est trempé de la tête au pied.
Il se met donc à courir pour prendre la diligence en direction de la rive gauche. Cette ville est vraiment grande !


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Message posté le 19:55 - 21 févr. 2016

Avelis travaille en sifflotant. Il est encore sur cette machine à lisser les feuilles de ficus que Madame Pruneverte lui a demandé de fabriquer. Il n'avait jamais vu personne aussi tenace pour de simples plantes. Et cette dernière, d'ailleurs, personnifiait à outrance ses "petits bébés tous verts" comme elle les appelait... A chaque fois que le petit vieux entendait cette fichue expression, ses yeux s'ouvraient bien grands et il manquait toujours de s'étouffer !
Avelis rit donc en pensant à cette dame, pendant qu'il tournait la vis pour maintenir la batterie de l'appareil.
Ensuite, il se dirigea vers l'évier, tout à fait encastré dans le coin de la pièce. Il ne jette pas même un coup d’œil dessous, qu'il glissa sa main dessous pour attraper un des pans d'un gros carton qu'il hissa jusqu'à lui sans mal, malgré le poids. Ensuite, il farfouilla à l'intérieur pour en sortir une bouteille tellement vieille que les écritures sur l'étiquette jaunie étaient devenues illisibles. Il récupéra le tire-bouchon, dedans le carton également, avec un verre qui avait pris la poussière. Il rinça les deux sans frotter à l'eau froide et dé-bouchonna la mystérieuse bouteille. Il en déversa le contenu d'un pourpre poignant et scintillant sous les lumières de l'atelier souterrain.

*Je n'suis pas alcoolique mais j'en avais bien envie !*
se délecta-t-il.

Avant toute chose, il se dirigea vers son tourne disque, l'objet le plus précieux qu'il possédait. Il apposa le bras de lecture en S sur le disque et mis en marche la musique.
Bye bye Blackbird.
Bye bye blackbird inonda la pièce d'une voix douce et mélancolique. Un blues, un bleu à point en pleine hémorragie.
Avelis ferma les yeux quelques instants pour profiter des notes et des images musicales puis il prit son verre d'une main.

Il huma le parfum, son nez effleurant le verre quand des cloches et des clochettes s'entrechoquant retentirent en haut. Avelis n'eut pas le temps de goûter sa merveille. Ses merveilles.


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Message posté le 23:54 - 24 févr. 2016

Il fallait être motivé pour atteindre le magasin d'Avelis. Si sortir de la ville avait été rapide grâce à la nouvelle diligence tractée en mixité par vapeur et canasson, le chemin sinuant entre les vignes grimpait les coteaux pour les descendre aussitôt et remonter dans la foulée. Arthus menait bon train, mais son souffle commençait à se faire court quand il atteignit la ferme du maître.

Lorsqu'il passa le pas de porte, un carillon s'activa. Le son clair des clochettes ravit les sens du jeune homme. Passer le seuil du magasin lui donnait à chaque fois l'impression d'entrer dans le monde des fées. L'intérieur du domaine n'était pas moins enchanteur. Lorsque le local était ouvert au public, Avelis laissait toujours des lumières clignoter. Il était le seul de La Grande Belle Thil à avoir inventé le briquet multiple à répétition. Cette invention permettait l'éclairage par intermittence de lampes à huile, multi-mèches aux verres multicolores.
Un grand panneau mural composé de lentilles en verroterie chamarrée rythmait en couleurs une musique d'ambiance qui remonta instantanément le moral d'Arthus.
Il chercha du regard les petites ampoules qu'il recherchait pour rafistoler son chapeau et son attention fut attirée par une petite machine bien particulière. Il la prit en mains se demandant bien à quoi elle pouvait servir.


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Message posté le 22:05 - 13 mars 2016

Avelis avait arrêté tout net ses opérations lorsque le carillon avait tintés les silences humains de la pièce. Il posa son verre sur l'établi le plus proche, remonta dans l'ascenseur et s'engouffra alors derrière le paravent métallique avec les belles arabesques de ferronnerie. C'était la première de ses constructions. Il avait à peine 6 ans à l'époque.
La dernière parois dépassée laissa place à un enfant avec un beau chapeau sur la tête. Il était haut et large, posé sur cette petite tête d'ange. Une pièce magnifique parsemée d'ampoules minuscules et éteintes. Avelis se dit que l'enfant devait les allumer uniquement la nuit pour s'éclairer dans sombres coupe-gorges de la Grande Belle Thil. Là, le vieillard énergique aperçut le regard éteint de l'enfant qui tenait dans la main une radio portative à détecteur de son dont l'énergie de fonctionnement était basée sur le chant. C'est-à-dire que pour l'activer et l'utiliser, il fallait tout simplement fredonner. Un petit objet qu'Avelis avait conçu lorsque son frère était venu pleurer dans son atelier il y a cinq jours. Il l'avait bien écouté mais c'était un peu toujours la même rengaine et comme il s'ennuyait, il s'était un peu amusé tout en laissant son oreille traîner pour son frère. Une épaule plus qu'un frère, un ami était-il venu chercher par ici, en réalité.
Ainsi, il avait entreposé l'objet dans la boutique, ne pensant même pas qu'il attirerait l'attention de ses curieux visiteurs et clients potentiels.

Dans tous les cas, l'enfant semblait triste. Son regard soucieux s'attachant à l'objet.
Le vieil homme tenta une approche qu'il espéra délicate.

- Gamin, tu te d'mandes c'que c'est ? Fredonne et tu vas voir. C'est un p'tit truc mais un p'tit truc sympa !


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Message posté le 23:32 - 7 avr. 2016

Plongé dans l'incompréhension de l'objet qu'il tenait en main, Arthus n'avait pas entendu Avillis pénétrer dans son magasin. Il sursauta au son de sa voix.
Son regard alla de l'instrument à l'homme dans un aller et retour muet. Puis la bouche à peine entrouverte, il émit un son continu sans que rien ne se passe. Observant toujours le vieil inventeur, il s'enhardit et se mit à fredonner un chant que son ami Théodule aimait à claironner pendant qu'ils travaillaient ensemble.

«  Pas de problème, on s'aime
dans la crasse, on s’enlace
et même sous les ponts, tu sens bon
Tu es mon chouchou, tu vaux mieux qu'un écrou »


Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre un son sortir de la boite qu'il tenait en main ! Il faillit la lacher. Mais le son devint une musique qui accompagnait sa chanson. Il était tellement heureux d'assister à une telle découverte qu'il se mit à rire aux éclats, en criant :

« Génial ! »

Mais ce faisant, la musique s'arrêta et Arthus regarda la boite tristement. Alors il reprit sa chanson sans vraiment en connaître la suite. Mais pour l'occasion, il se sentait des capacités créatrices sans limites.

«  Pas de chance, tu as ma confiance
dans le cambouis, on s'enfouit
dans le charbon, tu es mon bonbon
Je suis ton chéri.... »


Mais son inspiration bloqua dans la rime adapté et il leva les yeux vers Avillis qui le l'observait l'air goguenard. Soudain, il se sentit ridicule et il posa l'objet sur une table. Il sentit alors le rouge lui monter jusqu'au front.

- Je suis désolé... Dit-il. Mais c'est tellement extraordinaire !


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