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Les chasseurs d'épaves

par gaba, Redofre, Cassiopée, Alwenn

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7 nov. 2015 - 20:43

LES CHASSEURS D'ÉPAVES
par Anwenn, Cassiopée, gaba et Redofre
_____________


Les chasseurs d'épaves est un récit narratif commencé sur Ter Aelis 1.5.


Résumé :
Sam Le Goff le forgeron est un bon bougre, tout comme Laouen Lostarbleiz qui aime tant perdre son temps à peaufiner son aéronef. Mais Grav'oc s'est mis en travers de leur chemin, lui et son univers sortis des règles. Tous deux se retrouvent embarqués sur un bateau volé à Avèle Morlord, coincée à bord elle aussi, avec à leur trousse une armada prête à les raser du monde des vivants.


Les auteurs :

Redofre joue Grav'oc, Cassiopée joue Laouen Lostarbleiz, gaba joue Sam Le Goff et
Anwenn joue Avèle Morlord.


Couleurs des dialogues :
Sam Le Goff : #ffff00
Laouen Lostarbleiz: tan
Grav'oc : #00ff00
Avèle Morlord : #E9383F


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Message posté le 01:50 - 11 déc. 2015

LES CHASSEURS D'ÉPAVES
_____________



gaba


Klang… Klang… Klang…
Le marteau s'abattait encore et encore sur le métal rougeoyant.
Un quart de tour. Klang. Encore un quart de tour. Klang… Klang. Le rouge devint moins vif, retour au fourneau. Actionner le soufflet en fermant les yeux pour ne pas recevoir de braise. La barre redevint lumineuse et la création par la violence physique reprit son cours.

Sam le forgeron attaqua la partie délicate de la pièce, la courbe creusée à l'extrémité de la bielle devait être parfaitement circulaire et du bon diamètre. Un moulage en fonderie aurait été plus facile, mais l'acier fondu était beaucoup moins résistant. Et le client de Sam demandait de la qualité.

C'était toujours pour la qualité qu'on venait voir le forgeron. Il ne pouvait pas suivre la production des grandes forges employant des centaines d'ouvriers, ni même s'aligner sur leurs prix. Mais les marins qui veulent échapper aux pirates, ou les pirates qui veulent rattraper leur proie, la vitesse nécessite une chaudière qui résiste à plus de pression, des rouages qui ne cassent pas en rotation rapide, des rivets solides pour les coques. Quand on était prêt à y mettre le prix, on allait voir Sam.

Une voix inconnue s'éleva alors dans la rue.

Bonjour mon brave. Pourriez-vous m'indiquer la forge de monsieur Le Goff, s'il vous plaît.

Désolé, je ne connais pas de Le Goff ici.

L'autre voix, c'était celle du boulanger d'en face.

Vous êtes sûr ? Pas de Sam Le Goff ?

Ah ! Sam le gros ? C'est juste en face.

Merci bien.

Pas de quoi.

Lorsqu'il entendit les pas s'approcher dans le hall de sa forge, Sam posa la bielle sur l'entrée du fourneau, afin qu'elle ne refroidisse pas trop. Le temps qu'il se retourne, l'étranger était là.

Monsieur Le Goff ?

Sam hésita un instant, non pas qu'il eu oublié son nom de famille, mais rares étaient ceux à l'utiliser. Encore moins précédé d'un "monsieur".

Oui, c'est bien moi. Que puis-je pour vous ?

Archibald Ponty, de la Hanse des bateliers.

Oh, vous devez être des chantiers navals ?

En fait non. Je ne suis pas là pour une commande. C'est au sujet de la livraison de nickel que vous avez demandé.

Un problème ?

Nous n'avons plus de nouvelles du bateau qui transportait notre cargaison de nickel. Le pire est à craindre.

Les pauvres !

Le métier de marin est bien risqué. Et les risques coûtent cher. Nous espérons bientôt l'arrivée d'un convoi, et nous vous livrerons en priorité. Mais vous devez comprendre que nos prix vont nécessairement augmenter.

Oh.

Un silence passa avant que Sam pose la question.

De combien ?

Archibald le lui dit.

Oh, je vois.

Bien sûr, c'est une estimation. Nous faisons toujours des prix sur les commandes de gros.

Voyant que Sam était perdu dans ses pensées, et n'ayant rien de plus à lui dire, Archibald pris congé.

Au plaisir de vous revoir, monsieur Le Goff.

C'était dit avec peu de conviction, mais le forgeron n'y prêta pas attention. Alors que l'homme de la Hanse s'éloignait, il calculait dans sa tête.
Il avait beau chercher l'erreur, répéter ses opérations, le résultat qu'il obtenait ne le satisfaisait pas.
Il lui faudrait trouver une autre solution.




Cassiopée


Sam ! Saaam ! Tu es là ?

Laouen dut contourner le soufflet de forge sans trop s'en approcher. La chaleur était insupportable. Elle trouva le forgeron assis sur un tas de ferraille, la tête dans les mains.
Elle s'approcha de lui, discrètement. Le jeune homme ne l'avait pas entendu venir.
Elle lui posa la main sur l'épaule.

Sam ? Tu vas bien ?

Laouen venait parfois à la forge voir Sam travailler. Elle aurait voulu apprendre ce qu'il maîtrisait si bien. Mais elle n'avait pas sa musculature. Sans être fluette, sa stature devait atteindre la moitié de celle du forgeron. Aussi, n'avait-elle pas la résistance nécessaire pour frapper des heures durant le métal avec la lourde masse qui n'était qu'une extension du bras de Sam.

Sam releva la tête. Il avait l'air contrarié.

Le grand sourire que lui offrit Laouen aurait pu désarmer le pire des tristes sires.
Elle lui montra ce qu'elle tenait en main.

Tu pourrais m'aider à allonger ce manche ?




La.Louve.des.Cerises



Une bourse qui retombe lourdement dans une main féminine, voilà une affaire que Dahlia a menée à bien. A peine arrivée dans la ville maritime, qu’elle réussit une belle arnaque de haut vol, maintenant repartie dans une ruelle blindée de commerçant et de clients à l’affût d’une bonne occasion sur différent métal.

Gav’Orn était une belle cité à ses yeux, mais c’était sans nul doute parce qu’elle avait vécu ici toute son enfance, elle dut s'enfuir loin quand ses anciens camarades avaient découvert qu'elle les avaient doublés

Dahlia en passant devant une forge aperçu un homme baraqué avec une triste mine et une femme fluette essayant de l’encourageait, elle ne s’attarda pas trop ne voyant aucun profit à se mettre sous la dent avec ses deux-là, elle continua son chemin vers le port où elle trouverait surement un plan des plus brillants.




gaba


En voyant la barre d'acier que lui tendait Laouen, Sam oublia momentanément ses soucis d'argent.

C'est pour ton appareil, non ?

Laouen confirma d'un signe de tête.

Tu veux faire un effet de levier pour les manœuvres brusques, et gagner en précision pour le contrôle en douceur.

Ce n'était pas une question, juste une déduction. D'habitude les clients demandaient des pièces qui résistent à la pression, à la température, aux chocs, et Sam traduisait en taux de carbone, en forme de rivets, en trempe avant de se mettre au travail. Il venait juste de faire le raisonnement inverse, c'était naturel pour lui.
Il examina quelques instants le manche à balai, le manipulant et le retournant pour l'observer sous toutes les coutures, et finit par une moue de désapprobation.

Il vaut mieux que je t'en forge un autre.

Tu ne peux pas allonger celui-ci ?

Si je l'amincis, il se tordra à la première manœuvre brusque. Et si je rajoute une pièce, la soudure ne tiendra pas. Je vais t'en refaire un autre, il faut qu'il soit plus épais aussi de toutes façons. Et faire un redoux après la trempe, avec les températures là-haut il vaut mieux éviter la casse. Il faudrait que je voie la rotule pour adapter la base du manche. Et… Oh non ! Il me faut du nickel !




Redofre


Empalé du corail !!!

Le hurlement trouble la discussion de Sam et Laouen, ces deux ci se regardant avant de se retourner vers la rue. Un énergumène vêtu de haillons marrons et d'une veste couverte de cire de rezoub piétine la poussière et les pavés en boîtillant, des poils dansant dans l' air autour de lui avec quelques fils non identifiés dont il se débarrasse de gestes brusques. Il tourne brusquement la tête et aperçoit la forge, tournant le dos à un boulanger un peu ahuri qui en profite pour se cacher un peu à l' ombre de son échoppe, regardant la scène qui suit.

Enluminé réseau pneumatique de mes oeufs...

La boule de poils et de fils s' approche de Sam et de Laouen, jetant un regard rapide sur les deux personnages. Il s' arrête sur Laouen et analyse sa silhouette fine, l' air sévère, laissant ses yeux glisser vers les mains fermées sur un bout de metal oblong, avant de dévisager le forgeron en prenant un air entendu un peu étrange.

Hé le gros ! c'est toi qui fais fondre tous les métaux?

La créature grossière sourit un peu en faisant un rapide mouvement de tête vers la fille dressée à côté de Sam.

Je me demandais ce qu' il fallait dépenser pour en avoir un petit bout et quelques... soins particuliers.

Le type pose son sac sur un comptoir, l' entrouvre et laisse voir au seul forgeron un vieil alambic un peu sale et couvert de coquilles, à l' odeur un peu marine.

Quelques pièces et tuyaux ont été un peu oxydés et auraient besoin d' un polissage, voire d' un remplacement.

Sam a le temps de voir un amas de metal plat à couleur cuivrée à côté des morceaux odorants de verre, de matières organiques minérales et de metal oxydé, avant que le type ne referme son sac.


Tu ne refuses pas du travail et un peu de chaleur à un humble travailleur fraîchement arrivé dans votre belle cité? Et puis ta petite assistante a l'air de savoir utiliser ses mains... J'ai un peu de travail pour elle quand elle te sert plus... J' ai du metal à polir et j' utiliserais volontiers sa petite forge. Je te dédommagerai bien entendu selon tes tarifs. Enfin... on s' entendra non? A moins que ce ne soit pas toi qui gère cet aspect du travail dans ce quartier?

Le type dont le mot "fraîchement" sonnait de manière étrange en contraste avec sa personne glisse un sourire peu avenant à Laouen et un clin d' oeil à Sam.




Cassiopée


Laouen s'inquiétait de la somme qu'allait lui demander Sam pour forger une nouvelle pièce en nickel car une telle dépense n'était pas prévue dans son budget. Elle allait donc riposter quand un grand hurluberlu chevelu et braillard fit irruption dans la forge. Elle dut s'écarter de force car l'homme brandit un lourd sac et le déposa devant le forgeron sans se soucier de la bousculer. Elle retint un juron. Le bonhomme remuait du vent et s'imposait par la gueule autant qu'il repoussait par l'odeur.
Les sourcils froncés, Laouen écoutait les propos de l'importun. Elle ruminait intérieurement le fait qu'il souhaite utiliser sa « petite forge » pour polir son matériel. Elle avait l'habitude des propos scabreux de ses anciens compagnons de travail et avait pris la demande pour ce qu'ils étaient, c'est à dire une proposition graveleuse.

Pourtant, Laouen avait eu le temps d'apercevoir un échantillon du contenu du sac. Elle glissa un regard en biais vers Sam, l'air envieux. La curiosité prenant le pas sur l'inconfort de la situation, elle se força à esquisser un sourire en demi coin au mal-léché.

Polir n'est pas mon fort, non. Mais j'adore rafistoler les vieilles bricoles. Je vois que avez de quoi faire là dedans. Dit-elle en montrant le sac.

Les yeux pétillants de Laouen se plissèrent dans un sourire malicieux. Elle avait oublié l'individu au profit de l'envie d'en voir plus.

J'suis ton assistante, n'est-ce pas Sam ?


Elle contourna le bonhomme et vint frotter son épaule contre celle de Sam en le taquinant :

T'imagine Samy tout ce qu'on pourrait faire ensemble ?

Puis elle fixa le plus sérieusement du monde l'homme et son sac.

Vous voulez bien nous montrer ce que vous avez ?




Redofre


Le type regarde Laouen d'un oeil soupçonneux, semble réfléchir un peu, puis sort une petite lame de sa poche qu' il jette vers la boulangerie, se fichant dans le bois d' un pilier, invitant le boulanger à se cacher un peu plus loin.

J' aime pas forcément les voyeurs. Mais bon, si c'est votre truc de travailler ensemble...

Le type regarde Sam un instant, cherchant à comprendre son rôle, puis hausse les épaules et commence à déboutonner son pantalon.

Tu travailles rapidement j' espère... Et en public, comptez pas sur moi pour payer, ça doit être votre système de pub?




gaba


Peu de choses intéressaient Sam en dehors de la forge, des métaux et du charbon. Sa vie culturelle se limitait aux expositions d'armes anciennes, des environnements fortement masculins. Concernant la sexualité et les femmes, la principale stratégie du forgeron était de ne pas y penser.
Il n'était pas non plus totalement naïf, et comme toute personne ayant au moins un œil ou une oreille en état de marche et vivant dans une cité portuaire, il avait connaissance de la prostitution et des bordels.
Il avait également fait quelques bijoux pour des dames ou des messieurs voulant offrir. Il avait prêté l'oreille aux discours des unes et des autres, et avait vite compris que les deux groupes racontaient les mêmes événements, quoiqu'avec un vocabulaire différent.

L'échantillon de vocabulaire accompagné de postillons de l'individu était cependant au-delà de tout ce que Sam avait pu entendre jusqu'alors. Le forgeron sentit son sang s'échauffer, et le sang contenant du fer, lui avait-on dit, il agit comme un forgeron.
À savoir, battre le fer quand il est chaud.

Sortant la pièce de métal qu'il travaillait du fourneau, il la brandit en direction de l'individu.

Monsieur, ce n'est pas une façon de s'adresser à une dame ! Cet irrespect ne passera pas dans ma forge !

Le dernier mot fut ponctué d'un coup de fer porté au rouge à l'épaule de l'individu, qui ne porta heureusement pas jusqu'à la chair, arrêté par une masse de fibres dont on n'aurait pu dire s'il s'agissait de barbe ou de vêtement.

Et on ne détourne pas ainsi l'usage des termes métallurgiques !

Nouveau coup de fer sur l'autre épaule.

Vous vous excuserez auprès de dame Laouen, ainsi qu'auprès de ce boulanger que vous avez manqué d'éborgner. Et vous le ferez ici-même, les genoux sur le sol de cette forge que vous avez profané.

Sam renonça à frapper une troisième fois, non par peur de faire mal – il ne pourrait pas transpercer cette armure de crasse – mais parce que les coups précédents avaient libéré une forte odeur résultant de la combustion de matières non identifiées.




Redofre


Une déflagration résonna tout à coup, immédiatement suivie d' une petite explosion de sciure et débris de bois Juste derrière Sam. Le projectile comprendra t' il plus tard est passé entre ses jambes. Le type infâme émit un grognement et se redressa le pantalon, qui fumait légèrement, comme les fils attachés à ses épaules qui flambaient doucement, bouts de braise menue qui s' évaporait en volutes noircis puis blanc. Il avait déjà attendu le second coup, espérant que Sam aurait vu l' instrument, il attendit un petit moment de plus que les deux interlocuteurs reprennent leurs esprits en se frottant l' entrejambe, grimaçant un petit peu.

Tu es donc la dame? Rapide en effet pour allumer tes clients... Retiens juste que certains sont facilement inflammables quand on les chauffe de trop près... Je te paierai pas d' ailleurs... déchargé trop vite. Ta forge en verra d' autres, surtout avec une patronne come la tienne en devanture. Mais je comprends que c'était ta première.

Le type lui fit un sourire effrayant et revint à Laouen.

Tu dois être le forgeron donc? Faudra redresser un peu ta Laouen, elle a l' air plutôt fragile. Pardon pour ma méprise tu comprendras que je puisse me tromper, vos physiques n' annoncent pas vos savoir faire mutuels... Ou ptêtre que si... D' ailleurs...


Il reposa son sac sur son dos, le verre de l' alambic résonnant doucement de cliquetis lourds et assez graves, laissant deviner des masses conséquentes de métal.

Les rapports s' annoncent tellement alambiqués que je vais ptêtre chercher ailleurs... L' accueil n' est pas aussi bon que je l' espérais et j' aime avoir confiance avec les gens que je fais travailler.

Mes excuses à votre dame cependant. Il semble qu' elle soit peu habituée aux hommes. Je ne peux pas lui en vouloir, un type viril s'amène en ville, une donzelle s' excite toute seule et on sait comment ça finit ces histoires... Elle a eu de la chance cette fois on dira, je sors couvert. Peut être devriez vous lui trouver une autre fonction. Ou l' envoyer faire un stage à L place. Pour un peu ... d' expérience.


Il ne regarda pas le forgeron qui tenait encore son métal rougeoyant et se dirigea vers la boulangerie récupérer la lame fichée dans le pilier, le boulanger ayant fui à l' intérieur de l' échoppe en le voyant arriver.

Le type se retourna calmement vers le vieux port et sifflota un vieil air marin que peu de personnes pouvaient connaître, un peu plus léger que quand il était arrivé. La petite douleur habituelle du retour de feu sur son caleçon s' effilochant en même temps que les restes noircis sur ses épaules.

Il revint finalement sur ses pas, fouilla dans son sac et laissa un lingot de nickel sur le comptoir, avec des attitudes de grand seigneur.

Pour votre employée... Vous pourrez lui acheter un pantalon neuf et plus approprié à ses ambitions de carrière, si elle aime tenir les bouts encore chauds. Une débutante après son premier bal ça se soigne...


Il se retourna à nouveau vers le vieux port en sifflotant.




Cassiopée


A la fois effrayée par l'incompréhension de la situation et amusée par le comique du personnage dont le langage la laissait perplexe, Laouen était restée muette. Elle avait étouffé son cri quand Sam avait brandi son épée . Elle s'était bâillonnée la bouche d'une main et l'avait gardé en guise de protection tout le temps de l'altercation. Sam se comportait en héros salvateur et l'homme semblait plus bestial encore qu'elle ne l'avait prévu.

Mais le sauvage venait de déposer sur le comptoir un énorme bloc de métal qu'elle savait valoir une véritable fortune dans cette cité. Aussi oublia-t-elle toute précaution et elle se précipita derrière l'homme. Elle le rejoignit à quelques mètres de la forge et sans réfléchir l’accosta, une main posée sur la manche.

Pardonnez-moi, Monsieur, je crois que je suis fautive dans cette histoire. Je vous avais mal compris et peut-être vous même vous aviez fait fausse route à mon égard. Malgré mon sexe féminin et ma petite taille, mon corps n'est pas vendable, ni même disponible pour personne.

Laouen se redressa de toute sa hauteur et sans permettre au sauvage de se réveiller, elle poursuivit à toute vitesse.

Je suis Laouen Lostarbleiz, Pilote d'aéronef et mon camarade Sam est un forgeron extrêmement performant. Vous ne devriez pas passer votre chemin ainsi car il n'y a pas meilleur homme que lui.

Baissant le ton, elle ajouta :

Il faut peut-être un peu plus de constance pour apprendre à faire affaire ensemble ?

Elle lui tendait la main.




gaba


En voyant Laouen rattraper l'intrus, le forgeron comprit que malgré son intervention chevaleresque, il ne gagnerait pas la médaille du courage aujourd'hui. La dame venait en effet de montrer assez de bravoure, non seulement pour s'approcher sans armes d'un individu manifestement dangereux – et pas uniquement pour des raisons sanitaires – mais également pour traverser l'atmosphère qui en émanait et que même un neutrino avec un visa diplomatique aurait hésité à franchir.
Le tout avec grâce mais sans cette préciosité des dames de la haute société.

Sam évita de justesse une demande en mariage irréfléchie, d'une part parce que son esprit romantique était bien à l'abri dans une banque du paradis fiscal qu'était son inconscient, d'autre part parce que sa fascination était partagé entre la pilote et le petit lingot blanc posé devant lui.

C'était suffisamment de nickel pour trois semaines de travail, vu les quantités qu'il utilisait pour ses alliages résistants à la corrosion. Sam savait cependant que ce ne serait pas éternel et qu'il lui faudrait se confronter tôt ou tard à Archibald Ponty et ses tarifs, à moins de trouver une autre source d'approvisionnement.
L'hygiène douteuse de la source en question ne retint pas Sam plus longtemps.

Je confirme ! Je ne suis pas de ceux qui vendent du fondu pour du forgé. Si vous ne voulez pas des soudures qui lâchent, n'allez surtout pas dans les grandes forges.

Le forgeron maintint son torse bombé de fierté pendant quelques secondes avant d'ajouter :

Et je pratique des prix raisonnables. Pour vous ce sera même gratuit si vous me dites d'où vient ce nickel.




Redofre


La créature poilue qu'on ne savait plus deviner entièrement synthétique ou organique, couverte de sa cire et de ses effilochements à moitié brûlés se retourné innocemment vers Laouen le temps qu'elle parle et n'eut que le temps d’attraper la main tendue pour la renifler et la palper avant que Sam ne débarque. L'individu se demanda un instant si une vague possessivité mâle-igne ou l'intérêt pour le métal avaient précipité son trottinement en prime lieu.

Après avoir écouté le forgeron, la masse de poils cirés éclata de rire et dit:

"Kobold, je pensais avoir été assez démonstratif: ça vient de mon sac."

Il se tourna ensuite vers Laouen - un peu mal à l'aise par l'emploi que le type faisait de sa main, mais courageuse et patiente.

"Je n'ai madame peut être pas bien perçu le sens derrière votre "besoin de plus de constance pour apprendre à se connaitre", mais si il s'agit d'un cadeau, bien que tendre et sans aucun doute délicieuse, je doute que votre main ait tant de valeur à l'échange que vous eussiez à supporter une amputation sauvage dans la rue. J'imagine donc que vous ne comptiez pas me l'offrir?"

Enfin, il ricana, un peu déçu de ne pas trouver l'effet de terreur escompté. Il enchaîna sur:

"Hmmm Pilote d'aéronef hein? Il ne doit pas y avoir beaucoup de métal sans propriétaire là haut... vous... vous servez néanmoins?"

Il jaugea Laouen et finit par revenir vers l'échoppe, ouvrant son sac et en extrayant l'alambic et ses pièces éparses, légèrement à l'abri des regards. Sam et Laouen purent ainsi contempler la chose couverte de petits organismes marins qui dégageait une odeur des plus désagréables à ce stade de décomposition. Le sac faisait encore un petit tas apparemment assez lourd sur le comptoir.

"Bon, je ne sais pas trop comment vous travaillez, mais vous avez l'air de mèche. Je voudrais avoir ça réparé et utilisable, dans des délais assez courts si possible je compte partir. Le verre est étudié pour, le métal, oxydé, était un alliage un peu spécifique dont je ne connais rien, mais il pouvait supporter de hautes températures et pressions sans se dénaturer ni réagir à la plupart des gaz de préparations alchimiques diverses. Ça devrait vous suffire pour travailler? Si vous avez besoin de quelque élément qui soit essentiel à ce joujou pour qu'il fonctionne, demandez moi. Il se peut que je puisse vous aider. C'est le moins que je puisse faire si le travail est bien fait et ne me coûte rien."

Il resta un instant à les jauger d'un air qu'on ne pouvait lire. Il hésita à rajouter quelque chose commençant à comprendre que le contenu de son sac les intéressait plus que le travail qu'il avait à proposer, mais attendit leur réaction.




Cassiopée


Laouen avait du mal à réprimer le haut le cœur qui semblait pourtant s'être stabilisé à la hauteur de sa gorge. Elle avait profité du moment de répit octroyé par les quelques pas qui les séparaient du comptoir de Sam pour respirer l'air urbain si doux et sain en contraste avec les odeurs de l'individu.
Pourtant, elle ne s'attarda pas, et une fois quelques bonnes aspirations prises, elle se tenait juste derrière Sam, suffisamment prêt de l'homme pour l'observer et voir ce qu'il leur montrait mais aussi assez loin pour survivre.

L'alambic semblait particulièrement sophistiqué pour sa taille. On y retrouvait la cuve principale et sa machine à vapeur et la cuve de distillation, bien-sûr. Mais aussi une multitude de petits serpentins de condensation et deux rectificateurs, rareté s'il en est. Le chapiteau de la grosse cuve était particulièrement détérioré et un des rectificateurs complètement brinquebalant ne pouvait plus servir à grand chose.

L'objet était recouvert d'une coque calcaire et d'algues desséchées. En regardant l'objet et l'homme, une interrogation ne cessait de la turlupiner. D'où provenait cet alambic portatif et comment ce clochard se l'était-il procuré ?
N'y tenant plus elle s'enhardit à questionner l'homme :

Il y a du boulot, mais on pourrait se pencher dessus, je crois. Si Sam est d'accord bien-sûr.
Vous avez trouvé ce magnifique engin au fond de l'eau ? Vous plongez ?


Tout en posant la question, elle prenait conscience du ridicule de celle-ci. L'homme n'avait pas touché l'eau depuis des lustres... Alors, l'inspiration lui vint comme par miracle et elle s'exclama :

Dîtes ! Vous avez un bathyscaphe ? Et un scaphandre ? Oh ! Je rêve de voir un bathyscaphe ! Et j'aimerais tellement plonger un jour !

L'enthousiasme de Laouen n'avait alors plus d'égal que sa jeunesse.




Redofre


Grav'oc étudia les traits de la jeune femme un moment pendant qu'elle parlait, tout en surveillant le forgeron. Il évité de donner des réponses trop claires et se contenta d' une petite blague de politesse visant à les mettre à l'aise et planifia une petite invitation.

Hmmm si vous êtes si curieuse j'ai bien envie de vous mettre dans le bain. Je suis certain que l'eau vous va à ravir. Votre protecteur vous accompagnera bien entendu. Retrouvez moi au port ce soir, sur un petit sloop d'une humilité assez visible, vous monterez directement, je vous attendrai dans la première cabine. Là nous pourrons faire plus ample connaissance et discuter. Soyez un peu discrets cependant, les voisins de quai n'aiment pas trop le bruit...

Il dessina ainsi un petit plan sur un bout de tissu déchiré avec une mine de graphite sortie d'une poche.

Voilà, disons avant le zénith de la lune. Ca vous va? Je vous fais donc confiance avec ma marchandise en attendant. Elle m'est assez précieuse.

Il tapota la grande cuve du plat de la main, noircie, et fila.



gaba


Sam n'était pas un cartographe, ni un grand voyageur, mais il avait quelques idées préconçues sur ce que devait être une carte. Il imaginait ça avec une indication du nord, une constance dans l'échelle ou au moins des traits qui sont droits lorsque ce qu'ils représentent l'est aussi.
Aussi le bout de tissu qu'il tenait entre les mains le rendait perplexe.
Il y avait beaucoup plus de quais et de pontons autour de lui que sur la carte du pirate (Sam ignorait tout de son activité réelle, mais l'imaginait difficilement en marchant ou en pêcheur). Il lui avait fallu retourner la carte dans tous les sens pour faire coïncider au moins ce gros trait de graphite avec le quai principal. C'était bien entendu plus facile une fois que la tache de gras à une de ses extrémités était identifiée comme telle, et n'avait aucun rapport avec le sémaphore qui lui se trouvait à l'autre bout.

Malgré la lune et quelques lampes, la nuit ne facilitait pas les choses. Le port était à la fois une forêt de mâts et un marécage d'eau salée. Les cordages étaient des racines qu'il fallait prendre garde à éviter et le sol ferme pouvait disparaître sous les pieds dans l'ombre des navires.
Un ponton en particulier semblait inaccessible jusqu'à ce que Sam s'aperçoive que les reflets qui barraient le chemin n'étaient pas ceux de la houle mais d'une torche dont la flamme dansait sur les tuyaux de cuivres qui reliaient provisoirement un trois-mâts au réseau pneumatique de la ville.

Arrivé à ce qu'il estimait être l'endroit de la rencontre, il chercha des yeux un navire qui correspondrait à celui du pirate.
Après avoir constaté un nombre de candidats potentiels à faire pâlir d'envie une liste de résultats de recherche sur le pneumanet, il décida de se tourner vers sa compagne.

Dis-moi, Laouen. Tu sais à quoi ça ressemble un sloop ?




Cassiopée


Au lieu de répondre à Sam, Laouen jura. Elle venait de plonger le pied dans une substance étrangement molle et trop volumineuse pour être une vulgaire déjection animale ou humaine.
Sans savoir avec quoi elle été entrée en contact, elle s'était arrêtée net. Un dilemme s'offrait à elle répondre à son compagnon ou chercher à en découvrir plus sur ce que la nuit l'empêchait de voir.
Poussant un soupir, elle abandonna sa recherche et frottant son pied avec énergie sur le quai pour le nettoyer, elle répondit :

- Un sloop... C'est un bateau je crois. C'est un bateau à voile d'ailleurs. C'est assez classe. Donc on devrait voir un mat.

La lumière guidait les pas de Sam, et Laouen le suivait à présent de près, essayant de ne pas s'emmêler les pieds dans les bouts qui tapissaient leur chemin.
Sam se dirigeait d'un pas qu'on aurait pu qualifier de ferme si les mouvements insinués par le ponton ne lui avaient pas donné l'air d'être en état d’ébriété. Deux mats se profilaient sur le ciel sombre sous l'éclairage de la flamme. L'un des deux navires étaient lourdement armé de canons à piston. L'autre ressemblait plus à une bête de course. Les deux amis stoppèrent leur avancée en s'interrogeant du regard. Laouen mit quelques mots sur son questionnement :

- Tu crois vraiment qu'un de ces deux là puisse lui appartenir ?

Une multitude de petits rafiots touchant à peine l'eau encombraient l’appontement. Les ballons à peine gonflés qui leur servaient de voilure aéronautique se bousculaient en remuant sous les à-coups de la brise.




Redofre


L'horrible tronche de pirate hirsute aperçue plus tôt à la forge apparut sous un angle bien plus agréable dans l'ombre d'une cabine. Il s'agissait du Sloop avec les canons. Le type avait cette fois une certaine allure altière, une presque forme d'élégance, flatté par l'ombre et l'environnement. Les repères arbitraires du ponton et des flots - qui semblaient perturber Sam et coller aux bottes de Laouen... - paraissait étrangement favoriser l'individu éléphantesque et monstrueux dont la rencontre avait été relativement peu agréable. Il semblait cette fois augurer quelque chose d'authentiquement différent.

"Les amis, bienvenue. Je suis heureux d'accueillir des hôtes dans ces lieux exigus mais pleins 'une liberté que je n'ai jamais trouvé ailleurs. Venez, montez..."

Il poussa une planche sur l ponton afin de leur faire une petite passerelle et les aida à monter. Il les guida vers la cabine qui était éclairée d'une faible bougie. Sa voix tonitruant était ce soir plus douce, presque avenante et rassurante. dans la cabine, il servira un verre, se trompant de placard, et leur fera goûter une quilaté parfumée et assez subtile, dans des verres finement cisaillés.

" Je pensais, pour vous mettre à l'aise, proposer de raconter chacun un évènement de notre vie, une petite anecdote qui nous aiderait à situer qui on est... et éventuellement ce que l'on souhaite? C'est moins formel que de parler de platitudes et suffisamment pour créer un moment d'expression raisonnable. Qu'en pensez vous? Je suis curieux de vous deux, pour ma part."

L'homme était poli mais toujours trop direct. Il paraissait mimer une forme d'aristocratie précieuse botté de lourds cuirs synthétiques des docks et couverts de la substance dont Laouen avait eu du mal à se débarasser. Cela laissa une impression toujours aussi trouble aux deux hôtes.




gaba


Voilà donc que Sam le forgeron, honnête en tout point, se retrouvait à bord d'un navire de pirate et discutant avec son capitaine. Il commençait à avoir de sérieux doutes sur la provenance du nickel que l'homme avait produit lorsqu'il était passé à la forge. Il supporterait volontiers son hygiène déplorable si ça lui permettait d'avoir de quoi sauvegarder la sienne. Mais s'il fallait couler des navires marchands avec les canons à piston qu'il avait vu, alors il ne marcherait pas dans la combine.
L'homme avait proposé de parler franc, alors soit.

Comme vous le savez, je suis forgeron de métier. Mais les coûts des métaux augmentent et ma forge ne me rapportera plus rien si ça continue. Or, vous semblez connaître une source d'approvisionnement alternative. Et on pourrait faire affaire, en espérant que vous n'ayez pas volé ce lingot de nickel.

Après quelques secondes de silence gênant, le forgeron poursuivit.

Oh, et je n'ai pas bien saisi votre nom ?




Redofre


Le gros hirsute regarda Sam et Laouen un moment, puis répondit avec une légère irritation dans la voix.

"Je comprends que la confiance entre nous n'est pas encore au beau fixe. Et j'avoue que j'avais déjà imaginé vos motivations. Mais j'aurais néanmoins voulu profiter de cette soirée pour... tisser des liens. Apprendre à se connaître. Je n'ai pas encore mentionné l'idée de vous enrôler dans un équipage d'exploration ou d'aventure, je n'ai même pas mentionné la recherche d'un équipage je crois. Ou l'ai-je fait? Enfin, ce n'est pas bien grave. Sachez dans tous les cas que tout trésor se mérite, se cherche, se séduit, se harcèle, se vole à sa propre situation. Je ne sais pas bien ce que vous entendez par "voler" mais si c'est rapport à l'édit AB624 concernant les possessions interpartites, il est caduc du fait de la non ratification part toutes les villes environnantes et leurs représentants de guilde. Mais monsieur ne m'insultez pas: le cadeau que je vous ai fait en était un, je ne l'ai pas volé, et bien durement gagné, à mes propres périls. J'oserai attendre de vous le même engagement. Quant à mon nom..."

Le gros type regarda les deux invités, se polit le poil qui surgissait de la partie basse de ce qui semblait son visage.

"Madame, ce nom provoque parfois des émotions vives et chaleurs incontrôlables dans l'humeur des Ladies. Jeune homme, je vous le présente. Appelez moi donc Grav'oc."

Le type sembla attendre un certain effet, jusqu'à ce qu'un bruit vienne du ponton puis du pont.

"Bon allez je vous fais confiance. Il va en falloir maintenant je pense."

Un mec rentra dans la cabine, tenant deux armes d'argent et un sac à dos. Il tenait en joue Laouen et Sam.

"Haha, bravo, Grav'oc, le capitaine sera content de ta prise ils ont l'air juteux à rançonner ces deux".

Grav'oc se lève, attrappe une des armes, tire le bras avec et renverse le type sur la table, qui n'a pas le temps de réagir avant d'avoir une lame sortie de la manche du barbu plantée dans la trachée.

Grav'oc s'empare du sac que portait l'homme et l'ouvre rapidement pour en montrer le contenu à Sam et Laouen.

"Bon je vous explique rapidement: le propriétaire de ce bateau ne m'aime pas beaucoup et aime encore moins les visiteurs non invités. A la différence que je suis supposé garder le bateau à cette heure. Et accessoirement racketter les visiteurs impromptus. Il y a en face de ce navire un autre bateau que je vous invite à embarquer en ma compagnie et je vous expliquerai où on peut trouver du métal. En route. Car il faudra un peu de temps que vous n'avez plus ici. Dans tous les cas je ne pense pas que vous soyez bienvenus sur les quais à cette heure après ce qu'on découvrira ici. En passant, le contenu de ce sac est à vous. Ne vous inquiétez pas, il a aussi été durement acquis, et tout à fait presque légalement. Sans violence aussi. Celui ci... disons que je vous ai sauvé la vie."

Grav'oc ramasse les deux armes en argent et regarde Laouen et Sam/

"Votre choix? Il ne faudrait pas traîner".




Cassiopée


Laouen n'avait qu'une envie : Se sauver. Mais le pouvait-elle sans la garantie que Sam la suivrait, la protègerait. Que trouveraient-ils sur les quais et par qui seraient-ils accueillis ?
La réflexion n'eut pas le temps de suivre le questionnement. Elle se retrouva un braquet dans la main. Interloquée, elle répondit sans s'en rendre compte au : « Vite, par là ! » en escaladant l’échelle de coursive et en enjambant le parapet qui ceinturait le navire pour enjamber celui du bateau amarré à ses côtés. Elles suivait Grav'oc en ayant l'étrange certitude qu'elle partait à sa perte. Mais elle ne pouvait faire autrement.
Sam l'avait suivie. Mais qu'aurait-il pu faire d'autre lui aussi ?
Tout en courant, elle cria :

- Sam, où va t-on ?


C'était pourtant elle qui menait la danse, sans la mener d'ailleurs, puisqu'elle se contentait de suivre le pire personnage qu'il lui fut donner de rencontrer.

Grav'oc les menait tout droit vers le navire racé qu'elle avait repéré à leur arrivée. De près, elle était encore bien plus impressionnée par la finition du bâtiment. Rutilant, chaque boulon était astiqué et les vernis fraîchement peints. Deux hommes s'affairaient dans les voiles pendant que Grav'oc décrochait les amarres.

Sans un bruit, comme une ombre dans la nuit, le bateau glissa sur les eaux noires à destination du large.

C'est alors que Laouen se rendit réellement compte qu'elle tenait une arme dans ses mains.


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Message posté le 15:17 - 20 déc. 2015

Avèle était descendue dans la cale du Lieutenant Delhia. Un navire d'une magnifique facture sur lequel l'inventrice était parfaitement à l'aise. Le capitaine avait baptisé ainsi son vaisseau en souvenir de sa mère décédée en mission. La jeune femme attendait le retour des marchands. Elle jetait un œil aux marchandises restées à bord. Elle avait déjà vogué sur ce bateau par le passé. Se sentant en totale sécurité, elle venait négocier un transport pour des métaux afin de poursuivre ses inventions.

Elle sentit le bateau tanguer et entendit les voiles se déplier. La surprise la fit tomber. Jamais le capitaine quitterait le port sans être venu la chercher avant. Elle se relevait péniblement. Elle s'avançait avec prudence entendant des voix qu'elle ne connaissait pas. Elle aperçu des silhouettes qui s'activaient à la manœuvre. La logique ne fit qu'un tour dans sa tête. On était en train de voler le Lieutenant Delhia avec elle à son bord.

Avèle, écarquillait les yeux. son esprit envisageait les pires situations. Pour l'instant, le bateau bougeait trop pour qu'elle puisse remonter sur le pont. Elle s'imaginait déjà s'enfuyant à la nage mais elle était bien incapable de nager. Elle maudissait la fragilité de ses jambes et sa santé. Elle accrocha le bas dans sa robe beige clair dans une barrique qui se renversa alors faisant un bruit de tout les diables.

Elle se hâtait alors dans la cale cherchant en vain un endroit où se cacher. Avec le bruit de la barrique tombée, les malfrats ne pouvaient plus ignorer sa présence.


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Message posté le 23:37 - 20 déc. 2015

Accoudé au bastingage, à la proue d'un navire sortant tout juste du port, Sam réfléchissait intensément à sa toute nouvelle et probablement précaire situation.
Il avait conscience de ne pas en être maître et ne savait pas quoi faire avec tout ces événements. Alors il observait en attendant, en quête d'éléments d'information qui lui indiqueraient quoi faire.
Bien évidemment, son regard se portait surtout vers les éléments métalliques, le cerclage de fer du mât, les cuivres étincelants de la cloche et des instruments de navigation, le bronze des canons.
Il y avait bien quelque chose à tirer de tout ça, utilise ton cerveau, Sam !

Mais rien ne voulait s'assembler dans la tête du forgeron, ce n'était pas un problème qu'on pouvait aborder sous l'angle métallurgique. Et puis, le problème étant sa présence sur ce navire qui s'éloignait du port, c'était justement le fait de l'aborder qui en était la cause.

Bon, réfléchissons autrement, ce Grav'oc n'avait pas hésité à tuer un homme !
Mais s'il ressentait du dégoût à la vue de tout ce sang et des hoquets d'agonie de la victime, Sam n'oubliait pas que la-dite victime pointait précédemment un pistolet sur lui.
Un pistolet dont la teinte argentée indiquait un alliage de bonne qualité, un canon qui ne se déformait pas sous la pression de la poudre qui détonait à l'intérieur à chaque tir, résistant à l'abrasion de la balle et … Non, concentre-toi, Sam ! La fabrication d'une arme à feu n'est pas importante pour le moment.

C'est alors qu'il entendit un bruit de chute venant de la cale.
Grav'oc et Laouen ne semblaient pas avoir remarqué, l'un parce qu'il chantait une chanson sur le thème d'un alcool aussi frelaté que sa voix, l'autre parce qu'elle tentait d'établir entre ses tympans et les cordes vocales du premier une frontière digne de celle que partageraient deux nations en guerre depuis mille ans.

Ce qui alerta Sam ne fut pas le bruit soudain, mais le silence qui suivit. Quelqu'un avait provoqué ce bruit, et ce quelqu'un n'avait pas jugé bon de prononcer à voix haute les malédictions que les gens adressent en pareil cas à une divinité domestique, à l'esprit frappeur de la maison ou à une personne indéterminée dont l'existence n'est même pas avérée (mais cette personne fait quand même chier, putain, sa mère).
Mais ces malédictions, quelqu'un en bas les pensait si fort que le silence les portait aux oreilles de Sam. C'est pourquoi il pensa tout de suite à un passager clandestin.

C'est en descendant à la cale qu'il tomba nez à nez avec une femme et réalisa aussitôt son erreur : elle portait une robe immaculée et avait une apparence générale très propre, malgré quelques tâches noires sur les doigts qui indiquaient une activité mécanique plus qu'une négligence de son aspect.
Alors, tout se mit en place dans l'esprit de Sam, les cuivres des instruments si polis qu'ils en brillaient, le cerclage du mât sans aucune tâche de rouille, et même le bronze des canons si lisse qu'il pouvait s'y mirer.
Comment ce navire pouvait-il bien appartenir à Grav'oc !

La femme ne bougeait pas, visiblement effrayée. Sam ne savait pas comment rassurer cette inconnue, et dit simplement ce qui lui passait par la tête à ce moment-là.

Euh… Bonjour. J'imagine que ce navire est à vous ?

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Message posté le 01:10 - 21 déc. 2015

Avèle maudissait cette maladresse. Les voiles au fond de la cale ne pourrait de toute façon pas la cacher. Elle se mordait la lèvre inférieur cherchant désespérément une idée pour se cacher. Elle se plaqua contre la coque du navire, terrorisée, ne pouvant de toute façon plus bouger.

Quelques secondes plus tard, les grands yeux gris de la jeune femme fixait un homme immense. Il était aussi gigantesque qu'elle était frêle. Paniquée, elle ne voyait rien d'autre que son immensité. Elle tremblait et ses jambes commençaient à se dérober. L'homme immobilisé à une distance raisonnable l'observait. Avec la lune, la jeune femme devait lui sembler être un fantôme pale et fragile.


Elle fut surprise quand elle l'entendit parler. Quels voleurs disent bonjour aux gens qu'ils délestent de leur affaires. Son ton n'était pas agressif mais Avèle ne l'avait jamais vu et savait que ce n'était pas un équipier du capitaine. Elle se concentrait pour répondre reprenant un peu ses esprits.

Bonsoir, oui ce vaisseau est propriété de ma famille. Il est ordinairement sous le commandement du capitaine Norman Owendrigg et vous ne faîtes pas partie de l'équipage. Alors, je vous sommes de me dire ce que vous comptez faire du navire de ma famille et surtout qui vous êtes.

Avèle avait parlé d'une traite, ses mots, dépassant ses pensées. Elle venait de lui donner un ordre alors qu'il pouvait faire d'elle ce qu'il voulait. Elle lui avait aussi dit bonjour, mais qui dit bonjour à un voleur. Ses jambes lâchèrent et elle se retrouva à genoux. Les larmes aux yeux.


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Message posté le 13:05 - 21 déc. 2015

Grav'oc perdu dans l'état extatique que lui procure la brise marine et la perspective de la mer qui s'approche chantait à tue-tête - et faux, comme tout bon pirate se doit - laissant les deux mousses engagés plus tôt sortir les voiles, lui ayant empoigné la roue qui servait à barrer. Pensant manoeuvrer il se dit qu'il pourrait travailler le multitasking nécessaire à tout flibustier un tant soit peu redoutable. Il cala donc une botte sous la roue, cap sur la sortie de port et se tourna vers Laouen, heureux de voir que le champ avait été laissé libre par Sam.
Il prit donc un accent se voulant noble - caricatural en fait - et adoucit ses manières. Practice time pour la flibuste.

"Madame! Vous pilotez je crois, venez donc par ici, approchez vous."

Voyant Laouen hésiter mais néanmoins s'approcher, il égara quelques filaments encore brûlés de l'épisode de la forge dans une courbette étonnamment souple pour la corpulence qui le caractérisait.

Il tendit une de ses pattes brunes et calleuse pour prendre la main gauche de Laouen qu'il enfourna entre ses poils de barbe en guise de baise-main.

"Tenez, prenez part à la plus jouissive expérience que ces mers et cette époque peuvent offrir, le départ vers la liberté, la fortune et l'appropriation douteuse comme définitive de vos moindres objets de désir. Aujourd'hui, le vent."

Il la guida vers la roue, laissant sa botte calée pour garder le cap.

"Vous vous débrouillez à merveille, ce cap est fort précis, félicitations. Je suis Grav'oc, votre capitaine, mais vous pouvez m'appeler Capitaine. Bienvenue sur mon navire. Et votre nouvelle navette vers la fortune."

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Message posté le 19:27 - 10 janv. 2016

Laouen essayait de mettre bout à bout les événements de la nuit. Elle ne parvenait pas à comprendre comment elle se retrouvait à tenir une roue sans le vouloir. Depuis son arrivée à bord du navire, elle avait perdu la fonction de réagir. Elle n'était plus qu'une chiffe molle incapable de penser.
Même les chansons grivoises de Grav'Oc ne parvenaient pas à la sortir de cette léthargie.
Elle tenait la barre du bateau d'un main flasque et laissait Grav'Oc profiter seul de sa joie d'être en mer.

Pourtant, une petite flamme faisait son apparition. Une petite flamme de colère contre cet homme qui l'avait menée sur cette pente interminable où son univers s'écroulait.
Quand la flamme devint feu, elle oublia toute raison. Elle se retourna contre l'homme comme une furie remontée des enfers et cria en le repoussant à deux mains.

- Non, monsieur ! Non ! Je ne veux plus savoir qui vous êtes ! Je ne veux rien avoir à faire avec vous ! Vous nous avez entraînés sur ce bateau qui je suis certaine n'est même pas le vôtre sans notre accord ! Vous êtes un véritable poison !

Mais cette colère aussi furieuse fut-elle n'avait pas l'énergie de se poursuivre dans le temps. Laouen se sentait épuisée, le moral au raz des semelles. Et les souvenirs de leur veillée aventureuse surgirent dans ses pensées comme autant de raisons de modérer ses propos. Aussi reprit-elle un ton au dessous.

- C'est vrai que vous nous avez sauvé la vie sur ce bateau pourtant… Mais pourquoi y étions nous ?

Les larmes aux yeux, elle s'assit lourdement sur le plat bord.


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Message posté le 21:49 - 10 janv. 2016

Sam resta coi devant la jeune femme en pleurs. Il n'aimait pas que les gens souffrent ainsi, et désirait la réconforter. Mais, aussi maladroit en société qu'habile avec les métaux, il ne savait pas comment faire.
Il finit par tendre un chiffon à la femme en guise de mouchoir.

Tenez donc… Euh.

Il reprit le chiffon un instant pour tenter d'essuyer le gras qui le maculait sur sa manche, obtint un succès mitigé (voire même une victoire morale) et le tendit de nouveau à la femme.

Ce coin là est plus propre, il me sert à essuyer les pièces après la trempe.

Devant l'hésitation de la jeune femme, il rajouta : Et la trempe c'est juste de l'eau. Et bouillie, naturellement, par la force des choses.

Sam entendit alors la voix de Laouen s'élever sur le pont. De ce qu'il avait compris de la personnalité du pirate, il valait mieux qu'il monte pour la soutenir, au cas où.
Il remonta très vite l'escalier menant au pont, lançant un : Bougez pas, je reviens.
Il s'immobilisa alors que sa tête était passée au dessus de l'écoutille et se pencha pour la faire réapparaître dans la cale : Au fait, moi c'est Sam, Sam Le Goff.

Puis il disparut.

La dispute sur le pont semblait s'être calmée assez vite. Sam ne saisit que la dernière phrase de Laouen avant qu'elle ne se mette à pleurer. À la vue de cette dernière, le visage dans les mains, Sam s'emporta.

Elle a raison, il est temps de tout nous dire, Grav'oc ! Et vite, avant que je ne tombe à court de chiffons pour les larmes des dames !

Sam réalisa sa gaffe au moment même où il prononçait ces mots.

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Message posté le 21:49 - 11 janv. 2016

Grav'oc s'était muré dans un silence un peu vexé, préparant une réponse pour Laouen mais la laissant reprendre un peu ses esprits. Quand Sam apparut il fut d'autant plus vexé qu'il était ainsi acculé à une justification par les deux personnes à qui il avait décidé de rendre un service probablement inédit dans toute l'histoire de la flibuste indépendante. De plus sa petite crise d'impulsivité l'avait quand même mis dans une position légèrement sensible avec son associé Charles Lebouc. D'une part il avait faussé compagnie à son poste, laissant le bateau sans surveillance, l'avait dûment pillé, et laissé derrière lui le cadavre d'un de ses plus fidèles flibustiers. Il n'est pas certain que Lebouc garde Grav'oc dans ses relations de travail après ça. Pour le reste, il était quand même satisfait de prendre enfin la mer avec ce splendide 3 mâts très nouvellement affrété par une compagnie qui n'en aurait plus besoin. Toujours Grav'oc a eu un peu de mal à résister à ce qui brillait. Ce bateau brillait.

Il sortit de ses pensées, s'ébroua un peu et entreprit de commencer l'éducation de son nouvel équipage d'un ton ferme qui ne se ferait pas répéter:
"Je suis passé hier à votre échoppe demander un service honnête et monnayé confortablement. Votre boutique semblait loin de respirer la santé de ce merveilleux bateau que vous êtes en train de piétiner sans y porter la moindre attention. Sachez jeune homme que c'est un affront pur et simple envers le travail de dizaines d'hommes dont l'ancienneté dans l'ingénierie vous donnerait probablement le vertige. Je vous soupçonnais homme de talent et de travail, j'espère ne m'être pas autant trompé que vous le faites paraître sur ce moment. Madame, monsieur, tout m'a suggéré votre relative humilité pécunière et des ressources inexploitées. C'est vers votre fortune que je vous mène, juste après avoir échappé à votre mort - qui si elle était garantie pauvre et malade, étouffés par l'économie de Gav'orn avait ce soir pris une route bien plus sanglante et rapide. D'ici quelques mois vous auriez été forcé de fermer boutique et travailler sur les quais sous les ordres du genre d'individu dont vous pouvez arborer maintenant l'arme avec fierté. Le minerai métallifère est maintenant contrôlé par une corporation qui n'a aucun intérêt à partager un monopole de la métallurgie à quelque stade de finition que ce soit. Ce soir, Monsieur, Madame, je vous ai offert l'indépendance, et la propriété exclusive de votre entreprise. Nous allons légèrement diversifier votre activité et nous réapproprier les bottes qui allaient manquer à vos pieds pour continuer votre oeuvre, de pilote, forgeron: la localisation et l'approvisionnement en matière première. Considérez que vous êtes compagnons sous le patronnage de Grav'oc, et que ce bateau est votre école pour une vie qui soit enfin la vôtre. Aussi loin que bois se souvienne, c'est la plus grande opportunité que l'homme ait pu rechercher et traquer jusque dans la mort. Braillez des louanges aux cieux, aux vents et à votre vie si fragile, mais, de grâce, réservez votre colère pour des opportunités qui en vaillent la peine. Et Monsieur, vous êtes allés en cale je crois, où des mouchoirs plus doux qu'un chiffon noirci peut se trouver pour le nez délicat d'une aventurière. Dois je vous suggérer d'en ramener un la prochaine fois?"

Grav'oc renifla un peu bruyamment, puis reprit un peu de contenance, retourna la question du mouchoir dans son esprit sans trouver exactement ce qui lui semblait inapproprié. Il reprit cependant

" Monsieur, Madame, si vous êtes aussi vaillants que je le supposai de prime abord, nous allons naviguer ensemble quelques temps, et devoir travailler dans des conditions parfois assez difficiles pour des tâches qui demandent précision et simplicité. Je vous saurai gré de bien penser à ce qui vous sera nécessaire pour ce faire, et de vérifier si vous trouvez ce nécessaire à bord. Il est encore possible mais peu préférable de revenir à terre. Et nous devrons l'éviter quelques temps. J'aurai besoin d'un alambic, l'idéal aurait été celui que je vous ai laissé, le reste doit se trouver à bord, pour mes exigences. Nous allons plonger. Il y a quelques épaves dont je connais l'emplacement relatif qui ont largement de quoi remplir votre forge pour une décennie. En attendant, il vous faudra en installer une fonctionnelle sur ce navire, moins grande et confortable que votre échoppe mais suffisamment pour du matériel de plongée et de hissage."

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Message posté le 22:38 - 12 janv. 2016

En entendant Sam, Laouen se leva, honteuse d'être prise en flagrant délit de misérabilisme. Inconsciemment, elle se rapprocha de lui. Un peu comme on se place à côté d'une source de chaleur.
Elle renifla un grand coup et s'essuya le nez sur sa manche en secouant ses nombreuses tresses.

Elle recula d'un pas quand Grav'Oc se lança dans son monologue. Elle l'écouta la bouche ouverte et les yeux écarquillés.

Son esprit, remis en route par la seule présence de son ami, analysait la situation au fil du discours. Et le constat n'était pas bien brillant.
Si l'homme qui leur faisait face était plein de ressources, il était aussi la pire personne à qui donner sa confiance.
Dans l'instant, elle s'inquiéta pour le petit aréonef qu'elle avait construit de ses propres mains et qu'elle n'était pas certaine de retrouver un jour, sauf si...

- Je veux aller cette nuit dans mon atelier qui se trouve au sud de Gav'orn. Ce n'est pas très loin de la côte. On peut l'atteindre depuis la mer par la baie des cochons. Vous connaissez ?
Si vous me débarquez sur le plage, je me débrouillerai pour vous rejoindre avec l'aéronef si vous me dîtes dans quelle direction vous allez...


Elle se tourna vers Sam, l'air penaude.

- Il faut que je récupère l'aéronef avant qu'il soit trop tard...Cette nuit donc.

ajouta-t-elle.


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Message posté le 23:43 - 12 janv. 2016

Avèle fut d'abord surprise quand l'homme lui tendit son morceau de tissu. Elle le regarda quelques secondes et l'accepta.

Des éclats de voix tonnèrent sur le pont. L'homme n'était pas seul. Avèle entendit distinctement une voix de femme et une autre masculine. Le grand gaillard se précipita alors vers l'écoutille et lui lança son nom.

Au fait, moi c'est Sam, Sam Le Goff.

Elle se demanda combien de pirates avait embarqué à bord du Lieutenant Delhia et elle repensa aux mots de Sam "un chiffon de trempe" murmura-t-elle. Il devait être forgeron, cela expliquerai son grand gabarit. Avèle s'essuya les yeux. Elle inspecta le chiffon, il lui faisait penser à ses doigts qui, par la force des choses, étaient tâchés par l'encre et l'huile.

Elle respira doucement et profondément pour se calmer. Jamais, elle n'aurait imaginé se retrouver dans une telle situation. Sam lui inspirait confiance, elle décida d'attendre son retour.

Les caravelles ne naviguent qu'en convoi sous la protection de frégates, voir de galion ou, plus impressionnant, de navire de ligne quand leur cargaison est précieuse. Ils avaient naviguer sous les ordres du Commodore Nathan "Shark" Saverell au voyage aller. C'est lui que le capitaine Owendrigg allait rejoindre, sur sa frégate, amarrée près de l'entrée du port, quand il laissa Avèle.

La jeune femme connaissait bien le Capitaine et il était plus attaché à son bateau qu'à n'importe quel être humain. Elle savait pertinemment qu'il préférerai voir Le Lieutenant Delhia, sa caravelle, par le fond plutôt que sous un commandement étranger au sien.

Le passage du navire de commerce à l'embouchure du port avec un équipage réduit les mettrait en alerte. Il ne leur restait donc que quelques minutes avant d'être pris en chasse. Et s'il y a bien un chose que le "Shark" apprécie c'est la chasse. Avèle en est certaine. La caravelle sera coulée avant l'aube. La frégate rapide et armée du commodore Saverell ne leur laissera aucune chance à moins qu'ils ne la voient à son bord.


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Message posté le 22:32 - 3 mars 2016

Laouen semblait avoir un plan pour récupérer son aéronef. Et du point de vue de Sam, tout plan qui n'émanait pas de Grav'oc était un bon plan.

Si le pirate accepte, il te faut connaître notre destination.

Voyant Laouen se tourner vers l'individu, Sam rajouta :

Tu peux lui demander, mais je vais confirmer avec notre cap actuel. Par rapport aux étoiles.

Le forgeron tourna alors son regard vers le ciel et constata deux choses.
Premièrement : Sans les lumières de la ville ni les fumées des usines, les étoiles étaient plus magnifiques que tout ce qu'il avait jamais vu dans sa vie. Elles lui évoquaient les étincelles qu'auraient produit les coups de marteau cosmiques ayant forgés l'univers.
Deuxièmement : Il était globalement ignorant de l'astronomie.
Après avoir regardé dans toutes les directions, penché la tête cinq fois à gauche et deux à droite, plissé les yeux et risqué le torticolis, Sam localisa enfin la constellation du piston d'Ael.
Et juste en dessous, trois astres isolés des autres brillaient d'un éclat jaunâtre.

Euh, Laouen ? … Monsieur Grav'oc ? Les étoiles en dessous de l'horizon, c'est pas vraiment des étoiles, si ?

Laouen, qui avait la meilleure vue des trois compagnons, sut tout de suite à quoi ils avaient affaire.

Ce sont des navires. Il se dirigent vers nous et ils nous rattrapent.

Et puisque personne n'a commandé de pizza par Pneumanet, ça veut dire que…

Oui.

Sam prit soudain peur. Si leur poursuivants ne les coulaient pas d'abord, il connaîtrait le sort réservé aux pirates.
Il leur fallait accélérer s'ils voulaient survivre, et les voiles ne suffiraient pas.
Mais les voiles n'étaient sûrement pas leur seul moyen de propulsion : tous les navires modernes étaient équipées de chaudières et d'hélices.
Bien sûr, leurs poursuivants en auraient aussi, mais ils n'avaient pas Sam le forgeron.
Sam avait vu passer entre ses mains tous les modèles de chaudière de Gav'Orn et connaissait en détail les points forts et les points faibles de chaque. Au besoin, il pouvait renforcer la pièce qui résisterait le moins en cas de surpression de la chaudière, et repousser ainsi les limites de la machine.

Bon, je reviens tout de suite, j'ai peut-être une solution.

Et Sam planta là ses deux compagnons en redescendant à la cale.
Il se retrouva devant la jeune femme.

J'espère que vous aimez les défis !

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Message posté le 23:17 - 7 mars 2016

J'espère que vous aimez les défis !

Elle regarda Sam, éberluée. Il était arrivé si vite. Essoufflé, il lui avait demandé d'une traite si elle aimait les défis. Sa vie quotidienne était déjà un défie à elle seule. Elle vit aussi de la peur dans ses yeux. Nathan devait déjà être à leurs trousses. Cette idée lui convenait parfaitement. Elle ne bougeait pas.

Sam raconta sa litanie, lui expliquant comment dérouté la pression pour en envoyer d'avantage dans les hélices pour augmenter la cadence. Elle se sentait vexée qu'il la prenne pour une enfant à tout lui débiter à vitesse grand V en demandant si elle suivait les explications. Elle comprenait. Elle ne savait toujours pas si elle devait les aider ou non. mais l'idée d'ennuyer fortement le Commodore germait rapidement.

Il la tira dans la salle des machines et se rua sur la caisse à outils. Elle trébuchait plusieurs fois avant de s'effondrer au moment où il lui lâcha le bras. Elle pestait intérieurement. Sam commença les manipulations de la chaudière sans lui prêter plus attention que ça. Il s'arrêta soudainement quelques secondes. Le forgeron se tourna dans sa direction. Sans dire un mot il lui tendit une clef de serrage.

S'il vous plaît

Elle ignorait dans quoi elle s'embarquait. A cet instant, ce qui la fit s'activer, c'est l'idée de semer le Commodore Saverel. La chose l'amusait. Elle esquissa un sourire. Elle l'imaginait fulminer comme elle l'avais tant de fois vu faire.

Avèle leva les yeux au ciel en attrapant la clef. Elle pouffa de rire. Était-ce bien le moment de rire, non certainement pas. Elle riait maintenant de bon cœur en visualisant la tête déconfite de Nathan.

Elle accéléra la cadence de transformation devant un Sam surpris de sa rapidité d'exécution et son habileté. Bientôt la chaudière était prête à faire augmenter la cadence aux pales.


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Message posté le 21:07 - 13 mars 2016

Laouen suivit Sam comme un chien son maître. A ce moment, il était plus qu'un ami, il était une bouée de secours, un parachute, son seul secours possible.
Elle l'avait suivi dans une salle qui pouvait être la salle des machines. Mais là, elle s'arrêta net.

Sam s'était adressé à une jeune femme à la mise élégante mais sale et tachée de graisse. Il s'adressait à elle comme à une personne connue et Laouen se sentit flouée, trahie.
Qui était cette demoiselle sortie de nulle part que Sam connaissait. Sam était-il dans ce coup monté ?

Les réflexions allaient bon train dans son esprit, rebondissant les unes sur les autres sans trouver de prise ou se poser. Elle n'y comprenait rien.

Un «  Laouen ! Puisque tu es là, viens nous aider bon sang ! » La tira de sa gamberge et elle attrapa la clé que Sam lui tendait en lui expliquant quel écrou dévisser et sur combien de tours.

L'énergie qu'elle mit à décoincer l'écrou retors la stimula et comprenant la manœuvre envisagée par le forgeron, elle le seconda comme elle put, envisageant même expulser la demoiselle de la manœuvre.

Alors que le moteur vrombissait de plus belle, elle glissa à l'oreille de Sam : « C'est qui, celle là ? »


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Message posté le 22:04 - 13 mars 2016

Grav'oc un peu piqué par l'attitude de Laouen repartit dans ses pensés e marin enfin libre, se souciant peu de qui était derrière, ou devant, il sortait du port et c'est tout.
Il avait bien senti quelque chose d'étrange dans la réaction de Sam le forgeron, mais quelque chose le tranquillisait, il avait envie de se reposer, se sentir porté par les vents. Et en l'occurrence ces deux recrues lui inspiraient quelque chose. Il se laissa donc porter, rêvassant et chantant quelques vers en sentant avec plaisir le bateau s'activer, non par le vent, mais le moteur... C'était une première, pas aussi géniale qu'un bon souffle dans la grand voile, mais une sorte d'invitation à danser sur un rythme un peu décalé, et il en profita pour tester l'agilité de ses pieds un peu trop fermes depuis le retour à la terre..

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Message posté le 22:17 - 30 mars 2016

Sam était conscient de son manque d'expérience avec les femmes, tellement conscient qu'il n'osait pas expérimenter, de peur de mal faire. Il voyait bien que son raisonnement battait de l'aile, mais ne pouvait pas risquer de manquer de respect à une demoiselle (à ne pas confondre avec une fille : la distinction était bien claire dans sa tête). Après tout, il ne s'agissait pas des barres de fer qu'il avait maltraité lors de son apprentissage.

Par conséquent, il ne s'était jamais retrouvé dans des situations, comme il les appelait.
Mais il avait entendu assez de détails sur les situations de ses clientes pour savoir qu'elles étaient parfois confuses, et que les choses pouvaient apparaître comme des situations alors qu'elles n'en étaient pas. Notamment quand on trouvait deux jeunes gens de sexe opposé, en sueur, rouge d'excitation - faire progresser la science thermodynamique pendant une course-poursuite, c'est palpitant - et dont l'homme était torse nu.

Il fallait dissiper les doutes tant qu'il en était encore temps.

C'est… euh… c'est pas ce que tu crois, c'est juste… euh…

Laouen leva un sourcil interrogateur.

C'est juste pour la mécanique, tu vois ?

Le second sourcil, jaloux du premier, s'éleva plus haut encore.
Sam se rappela que le terme "mécanique" était parfois utilisé par les filles pour décrire certaines situations. Les demoiselles ne parlaient pas comme ça, évidemment : c'était en cela qu'elles se distinguaient des filles.
Afin de couper court à toute interprétation malheureuse, le forgeron se tût et indiqua de sa main la chaudière qui était désormais recouverte d'assez de tuyaux et de baromètres pour être confondue avec un serveur de transit du Pneumanet.
Les deux sourcils de Laouen conclurent un accord pour se mettre sur la même altitude, celle où ils commençaient à respirer difficilement. Puis elle se rappela qu'elle parlait à Sam.

Je vois bien. Dis-moi juste qui c'est.

Oh, c'est une passagère clandestine mais en fait c'est son navire. Enfin, celui du capitaine Normal O'Vent-Digue, mais elle est mécanicienne à bord. En fait c'est une clandestine légitime en quelque sorte.

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