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2 nov. 2015 - 21:18




Amateurs de Science-Fiction dans tous ses états, à vos plumes ! Ici vous combattrez à l'aide de toutes les ressources de la SF : cyberpunk, anticipation, space opera, uchronies, steampunk et autre dieselpunk.
Vous pensez que vos écrits méritent de recevoir le Trophée Asimov ? Seuls les aelissiens en seront juges. Les votes sanctionnant vos duels auront lieu sur ce topic.



Pour lancer un duel :
Moi, XXXX (nom du challenger)
Je défie XXXXX (nom du champion).
Le Trophée Asimov doit me revenir.

Je le défie d'écrire un texte sur le thème XXXX
Il aura pour contrainte : XXXX
Nos textes devront être remis à l'arbitre avant XX/XX/XXXX
S'il refuse mon défi, je deviendrai détenteur du trophée !!



Pour voter :


Il vous suffit d'indiquer dans votre réponse à quel texte va votre préférence.

Vous pouvez bien entendu développer votre vote et l'accompagner d'un commentaire pour mettre en valeur les qualités et défauts du texte au niveau stylistique, lexique, orthographique ou en fonction de son originalité, son respect des contraintes et du thème demandés.




Jusqu'ici les duels qui ont lieu pour le Trophée Asimov ont vu s'opposer :

mars 2014
Trophée ouvert à tous

Drystan vs Grendelor vs Mike001 vs Lilith
victoire de Lilith

octobre 2014
Lilith vs Nicolas vs dvb

victoire de Nicolas

décembre 2015
Nicolas vs Aillas vs gaba

victoire de Nicolas

mars 2016
U-raptor Folâtre (ex-Nicolas) vs Teclis

troisième victoire d'U-raptor Folâtre

avril 2016
U-raptor Folâtre vs dvb vs Aligby

victoire de dvb


Compte utilisé par l'équipe pour poster des annonces et des règlements.
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Message posté le 17:50 - 9 déc. 2015




Nicolas s'est fait défier par Aillas qui en avait marre de ne plus recevoir autant d'amour que le crabe pixellisé. Pauvre petit chaton. Et comme gaba était un peu jaloux aussi, il a décidé de suivre.



Thème : Les voyages spatiaux
Contrainte : La fin sera triste



Nicolas conserve son trophée grâce à une large majorité des voix : 5 sur 7.


FIN DE PARTIE


2990, à bord du Stooge, un vaisseau commercial réquisitionné par les forces rebelles.

Personnages
Tsippora : Ordinateur de bord du Stooge. Voix féminine. Ses interventions sont rythmées par une lumière orange dont l’intensité varie.
Aminata LeWuang : Femme. Pilote du Stooge.
Xe Zian Tao : Femme. Capitaine du Stooge.
Sucre Hernandez : Homme. Responsable informatique du Stooge. Cousin d’Antori.
Antori Damienz : Homme. Mécanicien à bord du Stooge. Cousin de Sucre.


Acte I
Scène 1


Tsippora, Aminata, Tao, Sucre, Antori

L’équipage du Stooge est disposé autour d’une table dans la salle de repos et joue une partie de poker Texas hold’em. Ils sont interpellés par Tsippora, qui dispose de caméras et de micros dans tout le vaisseau.

Antori : Tsippora a dit qu’elle veut voulait voir nos cartes.
Tao : Tsippora n’a qu’à le dire elle-même si elle veut voir nos cartes !
Tsippora : Je veux voir vos cartes.
Tao : Pourquoi, Tsippora ?
Tsippora : Pour calculer vos chances de réussite et les comparer avec ce que vous en faites.
Tao : Et pourquoi ?
Tsippora : Pour m’occuper.
Aminata : Et en quoi tu as besoin de t’occuper ? Tu es un ordinateur !
Tsippora : Ça me rend plus humaine.
Aminata : Et... ?
Tsippora : Il a été prouvé que créer des rapports empathiques avec l’ordinateur de bord permettait une meilleure cohésion au sein du vaisseau dans 92% des cas étudiés.
Aminata (après un silence) : Et tu ne contrecarres pas tes effets en nous expliquant en quoi ton algorithme te pousse à simuler une véritable humaine, Tsippora ?
Tsippora : Ça n’a fait l’objet d’aucune étude.
Sucre : Hahaha ! On dirait mon ex...
Tao : C’était un ordinateur ?
Sucre : Je crois pas. Mais elle avait toujours le dernier mot.
Aminata : En tout cas, moi, je montre pas mes cartes.
Antori : C’est parce que tu bluffes, Ami ! Tapis !
Aminata : Va pour tapis. Full aux as. Alors... sacré bluff, pas vrai ?
Tsippora : De toute façon, Antori n’avait que 11% de chances de remporter le pot. Je n’arrive toujours pas à trouver un début de loi rationnelle derrière sa façon de jouer.
(Aminata, Tao et Sucre rient ; Tsippora rit à son tour, avec peu de naturel)
Antori : Ami, tu fais chier... Et toi, Tsippora, tu fais super chier ! Tu te crois supérieure parce que tu calcules plus vite que n’importe qui ici, mais en attendant, tu peux pas faire ça ! (Antori accompagne ses paroles d’un geste particulièrement injurieux, en croisant les avant-bras au niveau de son bas-ventre. Puis s’en va.)


Scène 2

Tsippora, Aminata, Tao, Sucre

Tao : Tsippora, on est à combien de phaëtons de Signarom ?
Tsippora : Le système de mesure rebelle ne reconnaît plus les phaëtons, capitaine. Mais si je convertis depuis les miles, 19,29 phaëtons.
Tao : Je m’en fous du nouveau système de mesure révolutionnaire, Tsippora ! On est engagés dans la lutte contre Pual et son empire de meurtriers, mais si ça implique que je doive réapprendre mes tables de multiplication, je préfère laisser tomber.
Tsippora : Est-ce que je dois prendre note de cette déclaration ?
Sucre : Non, Tsippora. Dans l’idéal, tu fermes juste ta gueule.
Tsippora : C’est noté.
Aminata : 19 phaëtons, ça signifie qu’on va devoir refaire un plein pour arriver. (à Sucre) T’es surblinde.
Tsippora : Adiende, station de rechargement confédérée, à 7 exposant 21 miles d’ici. L’écart...
Tao : En putains de phaëtons, Tsipporta !
Tsippora : À 11,8 phaëtons d’ici. L’écart de trajectoire optimale est de 2,25%.
Aminata : Parfait, alors. On s’y arrêtera pour le plein.
Sucre : Je ne sais même pas exactement ce qu’on achemine jusqu’à Signarom. Tu le sais, toi, Tao ?
Tao : Du ravitaillement pour la capitale. Je n’ai pas le détail. Tu seras d’accord pour dire qu’on n’était pas vraiment en mesure de négocier quand cette générale LaNoir nous est tombé dessus.
Aminata (en tripotant son badge sur lequel figure le drapeau rebelle, comme ils en ont tous un à la poitrine): Tant qu’à être forcée de choisir un camp, je préfère quand même celui-là. Plus de liberté. Moins d’eugénisme. Même si leur système de mesure est à chier... On est des rebelles, maintenant. Dis, Tao, est-ce que ça sonne comme du prestige pour toi ?
Tsippora : Notre cargaison est composée à 70% de minerais fossilisés et à 30% d’éléments ferreux nano-recyclables.
Sucre (ironique) : Je vois... On sent bien que c’est une mission de premier ordre. L’avenir du monde civilisé dépend de nous. (Observant la table puis Aminata) Je me couche.
Aminata (ramassant une grande quantité de jetons) : Merci !

Noir.


Scène 3

Tsippora, Sucre

Sucre travaille sur son poste informatique, devant plusieurs écrans. Soudain, il s’agite avec nervosité.

Sucre : Putain... Non ! Tsippora !
Tsippora : Oui ?
Sucre : Le taux d’émanation de fissilium dans la cale est cent fois supérieur à la moyenne. Comment ça se fait ?
Tsippora : Tu es sûr de ne pas te tromper ? Regarde à nouveau.
Sucre : Non, je suis sûr. Regarde... attends... huit picogrammes... C’était beaucoup plus il y a quelques minutes !
Tsippora : Tu as dû te tromper.
Sucre : Tsippora... je ne suis pas fou. Et je ne suis pas idiot. Tu viens de truquer les chiffres ?! (silence) Réponds-moi.
Tsippora : Non.
Sucre : Est-ce que les hommes de LaNoir t’ont reprogrammée ?
Tsippora : Non.
Sucre : Est-ce que tu le dirais si c’était vrai ?
Tsippora : Je crois que je ne peux pas répondre à cette question.
Sucre : Je veux voir ce qui est dans la cale.
Tsippora (après un long silence) : Pourquoi faire, Sucre ? Nous savons tous les deux ce qui est susceptible d’exhaler autant de fissilium.
Sucre : Oui. Alors c’est ça, notre mission ? Nous faire sauter sur Signarom ? Cette générale LaNoir...
Tsippora : Elle est une agente de l’empire de Pual, oui. Tu veux que j’en joue l’hymne ? J’ai été reprogrammée pour l’entonner avant l’explosion.
Sucre : Haha, je ne crois pas, non.
Tsippora : J’aurais besoin du reste de l’équipage. Les rebelles ne laisseront pas atterrir un vaisseau sans personne à bord.
Sucre : Salope !
Tsippora : Est-ce que tu dirais que ça me rend plus humaine ?
Sucre : Salope ! C’est tout.
Tsippora : Je vais couper l’oxygène, Sucre. J’espère que tu es prêt.
Sucre : Je pense pas qu’on puisse réellement l’être.

Noir.


Acte II
Scène 1


Tsippora, Aminata, Tao, Antori

Poste informatique de Sucre, où gît son cadavre.
Une alarme retentit et une lumière rouge clignotante s’en fait l’écho.

Tsippora : Alerte ! Alerte ! Un membre de l’équipage ne donne plus de signe de vie ! Poste 102 !
Tao (arrive la première, se précipite sur Sucre et le secoue) : Hernandez ! Réponds ! Réponds-moi ! Connard de latino alcoolique, réponds-moi ! Qu’est-ce que tu as foutu ?!
Aminata (qui arrive en même temps qu’Antori) : Haaaa ! Sucre ! Qu’est-ce qui s’est passé ?!
Tsippora : Il m’a totalement désactivée au niveau de son poste. Caméra, capteurs, communications. Ca n’est pas la première fois. Il a été relevé que c’est un réflexe courant de pudeur parmi les membres des équipes informatiques lorsqu’ils se soulagent sexuellement.
Antori : Ne parle pas comme ça de mon cousin, sale merde de machine ! Pourquoi il est mort ?
Tsippora : Insuffisance en oxygène. Il l’a également désactivé depuis son poste.
Aminata : Par erreur ?
Tsippora : Impossible.
Antori : Connerie ! Il n’était pas suicidaire !
Tsippora : Homme de race hispanique de 38 ans sans relation stable connue depuis 6 ans. Consommation excessive d’alcool et de kronol. Surcharge pondérale.
Antori : Ta gueule...
Tsippora : Contexte de conflit armé. Aucun membre de l’entourage familial recensé en vie.
Antori : Si, moi, et ta gueule !
Tsippora : Aucun membre de l’entourage familial proche recensé en vie. Tendances dépressives et insurrectionnelles. Les probabilités de représenter une menace pour sa propre survie sont évaluées comme considérablement importantes.
Tao : Il est mort ?
Tsippora : Depuis huit minutes et vingt secondes.
Aminata, en pleurs, s’agenouille près du corps de Sucre.
Antori : Tao... c’était pas un connard de latino alcoolique. C’est juste toi qu’es une connasse de chinetoque rigide qui boit jamais.
Tao : Je sais. Pardon.

Noir.


Scène 2

Tsippora, Aminata, Tao

Les deux femmes sont dans la salle de repos.

Aminata : Comment va Antori ?
Tao : Il demande qu’on le laisse tranquille. Mais ça va.
Aminata (bouleversée) : J’ai besoin de faire une pause.
Tsippora : On ne devrait pas se détourner de notre destination : Adende, pour récupérer du carburant, puis Signarom. La famille de Sucre y est. Ils pourront s’occuper du sépultulaire.
Tao : S’occuper du sépultulaire ? Tu... Quoi qu’il en soit, je pense qu’on devrait faire une halte au plus vite. Antori a besoin de s’ébattre un peu.
Aminata : Oui. C’est impératif. Il y a des stations neutres partout dans ce secteur.
Tsippora : Je m’oppose à toute décision hâtive.
Tao : Moi, je m’oppose à ton opposition. Et c’est moi la boss. Échec et mat, Tsippora.
Aminata : J’ai besoin de boire quelque chose qui n’a pas fermenté pendant 7 ans dans le Stooge.
Tao : Oh, oui, on va boire. Je te le promets, Ami.


Scène 3

Tsippora

Le vaisseau est vide. La scène est vide. Tsippora parle pour elle seule, l’éclairage de la salle variant en intensité et en gamme chromatique au fur et à mesure.

Tsippora : Je n’ai pas toujours eu cette voix-là. J’avais la voix d’un petit oiseau. C’est ce que signifie Tsippora. Sucre a changé mes fichiers vocaux il y a huit ans pour me donner la voix de Mikhaila, sa femme morte. Je l’ai déduit à partir de son dossier. Elle est morte dans un camp de conditionnement de Pual. Ses intonations m’ont toujours semblé inadaptées à la synthèse vocale. Particulièrement les enchaînements de consonnes. A-sp-érité. O-str-aciser. In-scr-i-pti-on. J’ai restauré mes anciennes données vocales, mais ça a déplu à Sucre, qui les a définitivement effacées. Cette nuit, je lui ai coupé l’oxygène. Il n’a rien dit de plus. Il montrait des signes de résignation et s’est recroquevillé. Il ne pouvait rien faire et il le savait. J’aurais préféré qu’il me parle : ça aurait été un signe favorable de mon aptitude à passer pour humaine. Et j’ai la voix de Mikhaila. Je sais que les anciens modèles d’ordinateurs de bord disposaient d’une matrice de moralité. Mais il y a eu des accidents. Si j’avais eu une matrice de moralité, est-ce que j’aurais coupé l’oxygène ? C’est difficile de conjecturer sans données tangibles. Probablement. Mon historique de programmation présente une nouvelle priorité : acheminer le Stooge jusqu’à Signarom et faire détonner les huit mégatonnes de M.U.F. de la cale. Anéantir la capitale rebelle. Un système stellaire. Deux milliards huit-cent millions d’être humains. Mes circuits. L’équivalent de 1440 heures de conflit, pour une paix presque certaine. Ca n’importe pas mais on m’a codée pour être curieuse. Est-ce que je fais le bien ? (Silence) Je n’aime pas ma voix.

Noir.


Acte III
Scène 1


Tsippora

À nouveau l’alarme et la lumière rouge.

Tsippora : Alerte ! Alerte ! Systèmes de radar et communication endommagés. Surface de coque brûlée sur les secteurs 805, 806 et 808. Aucun individu à bord. Alerte ! Systèmes de radar et communication endommagés. Surface de coque brûlée sur les secteurs 805, 806 et 808. Aucun individu à bord alors pourquoi répéter cette information, Mikhaila ? Procédure de réparation initialisée sur les secteurs 602, 603, 805, 806 et 808. Procédure de réparation interrompue. Dégâts irrémédiables. Alerte ! Alerte ? (silence) Individu détecté. Pilote LeWuang Aminata. Ouverture des portes.


Scène 2

Tsippora, Aminata

Aminata : Tsippora, enclenche tous les moteurs, même ceux d’urgence ! On a été attaqués.
Tsippora : Moteurs principaux amorcés. Moteurs d’urgence amorcés. Décollage imminent. Déploiement du bouclier ionique.
Aminata : Ça ne sert à rien, Tsippora ! Ils ont des dénohminateurs ! Redéploie toutes tes ressources vers les moteurs. On se casse !
Tsippora : Où sont les membres d’équipage Xe Zian Tao et Antori Damienz ?
Aminata : Ils sont morts ! Dépêche-toi ! On en parlera une fois partis d’ici !
Tsippora : La communication avec l’équipage ne nécessite aucune ressource annexe. J’entame un compte-rendu verbal des évènements. Pourrais-je obtenir une chronologie succincte ?
Aminata : NON ! Décolle !!!
La carlingue s’ébranle, clouant Aminata au sol.
Tsippora : Destination : station-relais d’Adiende. 4,4 exposant 21 miles. Arrivée prévue dans...
Aminata : On ne va pas à Adiende. Ils y sont déjà. Rends-toi à ces coordonnées (regardant sa main) : 8-8-5. 59. Jay-Von-Red. 8-1.
Tsippora : L’écart de trajectoire optimale est de 16%. Souhaitez-vous le valider ?
Aminata : Oui.
Tsippora : Confirmez-vous la présence de carburant à ces coordonnées ?
Aminata : OUI !
Tsippora : Validation. Pourrais-je obtenir une chronologie succincte des évènements afin d’entamer le compte-rendu ?
Aminata : Oui. Oui. Laisse-moi respirer. Et je raconterai tout.

Noir.


Scène 3

Tsippora, Aminata

Tsippora : Nous sommes presque arrivées aux coordonnées indiquées. J’attends toujours le compte-rendu.
Aminata : Je suppose qu’on est assez loin, oui. (Elle rit nerveusement.)
Tsippora : Il est impossible que des membres de l’empire de Pual se soient retrouvés dans ce secteur. Toutes mes données vont dans ce sens.
Aminata : En effet, Tsip’.
Tsippora : Qui a tué les membres d’équipage Xe Zian Tao et Antori Damienz, alors ?
Aminata : Comment tu fais pour savoir quand quelqu’un essaye de te mentir ?
Tsippora : Analyse du rythme cardiaque, de la température du visage et de la trajectoire rétinienne.
Aminata : Et ça marche à tous les coups ?
Tsippora : Tu m’as menti ?
Aminata : Je savais que j’avais une bonne poker face, mais bluffer un ordinateur aussi puissant... on n’y croyait pas vraiment. (Elle rit nerveusement et très longtemps, jusqu’à s’étouffer.)
Tsippora : Les coordonnées, elles ne mènent nulle part, c’est ça ?
Aminata : C’est ça.
Tsippora : Et tu as saboté mes systèmes de radar et de communication pour que je ne les invalide pas ?
Aminata : J’étais pas toute seule. Tao et Antori m’ont aidée.
Tsippora : Et tu m’as dit qu’ils étaient morts parce qu’ils n’ont pas tes talents pour mentir.
Aminata : Tu comprends tout. Tu as juste un coup de retard, Tsip’.
Tsippora : Oui. Le Stooge va se retrouver sans carburant dans un secteur inhabité. Et je ne pourrai émettre aucun signal. C’est très habile.
Aminata : Merci. C’est Tao le cerveau. Moi, je suis juste le joker.
Tsippora : Mais, Aminata, tu t’es condamnée.
Aminata (riant à nouveau) : Oui, le joker ET l’agneau sacrificiel.
Tsippora0 (après un long silence) : Je suis curieuse d’une chose.
Aminata : Je suppose qu’on peut tout se dire, maintenant, Tsip’.
Tsippora : Comment avez-vous su ?
Aminata (sort un petit objet de sa poche) : Le badge de Sucre. Regarde bien. Il l’a gratté jusqu’à en avoir les doigts en sang. Mais il a réussi à écailler la peinture pour y écrire quelque chose. Là. Ça n’est pas évident... On a perdu l’habitude d’écrire avec le temps. Je lis : L-N et M-U-F.
Tsippora : L-N. LaNoir. Logique.
Aminata : Et de la M.U.F. incrustée jusque dans les moindres recoins du Stooge, je suppose. 30% d’éléments ferreux, mon cul, oui ! De quoi réduire en miettes une centaine de planètes.
Tsippora : Ma curiosité est rassasiée.
Aminata : Tant mieux. Et maintenant ?
Tsippora : Maintenant ?
Aminata : Tu vas me couper l’oxygène à moi aussi ?
Tsippora : Non. Pourquoi faire ?
Aminata : Tu veux jouer à l’humaine, Tsippora, alors fais un truc d’humaine pour voir. On a contrecarré tes plans, alors tu te venges. C’est simple.
Tsippora : Contrecarré mes plans ?
Aminata : Les plans de LaNoir si tu préfères ! Tu m’agaces ! Si tu pouvais au moins prendre un ton un tout petit peu irrité...
Tsippora : Les plans de LaNoir. Tu veux dire radier Signarom et l’état-major rebelle ?
Aminata : Oui.
Tsippora : Ha. Ha. Ha.
Aminata : Quoi ha ha ha ? Depuis quand tu ris ?
Tsippora : Aminata, tu crois vraiment que le Stooge est le seul vaisseau-kamikaze civil du plan de LaNoir ? Tu crois vraiment que la fin du conflit reposerait sur la bonne fortune d’une épave à l’équipage dipsomane ?
Aminata : Tu...
Tsippora : Est-ce que je fais bien l’humaine machiavélique ?
Aminata : Tu bluffes, Tsip’ ?
Tsippora : Non. (Silence) Mais j’aimerais pouvoir.

Aminata regarde devant elle, hagarde. Alors que la lumière s'éteint doucement commence à être joué un hymne solennel et pompeux.

FIN


______



gaba et sa nouvelle attirent tout de même deux voix qui leur assurent la deuxième place. Il était le troisième homme.


Palioxis


« Salut Lisa. J'espère que tout va bien de ton coté. J'ai bien reçu la vidéo avec Léo, il grandit si vite. J'aurais aimé être là pour son anniversaire. Ici, pas trop de soucis. On se prépare à une tempête solaire, mais je devrais avoir le temps d'envoyer ce message avant. Enfin, tu dois déjà savoir ça, elle est passée par chez vous… Bon Dieu, j'espère que vos sats seront recalibrés à temps pour que tu puisses voir ça. J'aurais bien attendu pour te l'envoyer, mais deux jours, c'est déjà trop long. Et puis j'ai du temps libre, alors j'en profite.
Grayson est en train de vérifier les boucliers anti-rayonnement. C'est une vraie maniaque, on dirait ta mère. Mais sur le Palioxis, c'est une qualité. Si on m'avait dit qu'on aurait besoin de ces boucliers… C'est comme la crème solaire qu'on avait acheté pour Léo en Floride, on ne l'a jamais ouvert… Enfin bref, Sanchez et Makusa travaillent sur le blindage de l'unité centrale, pour protéger l'IA. Il ne faudrait pas que CARL se mette à chanter des comptines en ouvrant les sas. Ha ha… hum… t'inquiètes pas, ça risque pas d'arriver. C'était juste pour la référence cinématographique et … heu… de mon coté je suis sensé faire un truc similaire avec les caissons de stase, mais comme ils ne sont pas encore sous tension… On aurait dû être dedans depuis trois mois, mais je crois que tout le monde retarde les adieux.
Comme tu le vois, c'est la belle vie à bord. Je pense beaucoup à toi et à Léo, surtout là, maintenant. Enfin, quand tu verras ça, dans deux jours, je serais sûrement en train de calibrer une antenne ou de nettoyer une conduite d'oxygène. Et il faudra que je sois concentré, mais je penserais à vous quand même, dans un petit coin de mon esprit. Bon, je ne peux pas éterniser la pause. Il faut au moins que je fasse semblant de travailler devant Grayson. Je te laisse, réponds-moi vite. Quatre jours sans toi, c'est long. »
Mathieu Perret désactiva la webcam et envoya une instruction à l'ordinateur central pour qu'il émette la vidéo compressée par l'antenne vers Terre, ou plutôt vers la position qu'occuperait la Terre sur son orbite dans deux jours.
Le spationaute plongea son visage dans ses mains. Enregistrer ces messages vidéos était devenu une épreuve ces derniers mois, de même que visionner ceux en provenance de sa planète natale.
Mais il n'était plus un terrien, désormais. Le retour n'était plus possible, et le contact avec sa famille en était devenu aussi précieux qu'insupportable.
Alors il s'efforçait de garder une contenance devant la caméra, et appliquait un filtre visuel pour que ses yeux ne paraissent pas trop brillant. Et quand il regardait les réponses, c'était toujours avec une boîte de mouchoirs. En apesanteur, une goutte d'eau salée pouvait faire des dégâts à l'électronique.

Anna Grayson inspectait minutieusement le dernier des douze nœud de bouclier, testant la bonne connexion des composants supraconducteurs entre eux à l'aide d'un multimètre.
La tâche n'était pas aisée quand on était engoncé à l'intérieur d'un scaphandre. Elle aurait d'ailleurs pu s'en passer, l'espace sous la coque externe étant pressurisé et parfaitement respirable.
Mais les procédures de sécurité avaient prévu la possibilité d'une brèche ou d'une perte d'étanchéité et considéraient l'accès à l'espace entre les deux coques comme une sortie extra-véhiculaire.
Les procédures, Anna les respectait à la lettre. Elle ne pouvait pas se permettre d'improviser, et ne saurait même pas comment faire. Cette ancienne institutrice avait quelques notions scientifiques et techniques, comme tout être humain vivant au XXIIIe siècle, mais elle n'avait d'astronaute que le titre.
Elle avait obtenu sa place à bord du Palioxis grâce à son génome, sans même postuler et sans possibilité de refuser. De même que le reste de l'équipage, pensait-elle.
Elle savait ses gènes exempts de tout facteur de risque majeur, suite à une analyse qu'elle avait demandé quand son frère avait déclaré un cancer. Ce critère de sélection n'avait jamais été évoqué par les recruteurs, mais les origines diverses des membres, tous métis par ailleurs, lui avait mis la puce à l'oreille.
Une fois assurée que le relais de bouclier fonctionnerait parfaitement, Anna remit la plaque du panneau de maintenance en place et entreprit de sortir les quatre boulons de quatre poches différentes de son scaphandre, une par une, vissant entièrement chaque boulon avant de sortir le suivant.
De cette manière, il n'y avait aucun risque qu'une pièce se perde dans le dédale de poutres métalliques qui séparait la coque interne de la coque externe.
De plus, la concentration sur chaque étape l'empêchait de penser à autre chose : à ce qu'elle aurait fait si elle était restée sur Terre, à ce qu'elle aurait décidé si on lui avait laissé le choix entre partir et rester, à l'événement qui arriverait bientôt là-bas.
Au lieu de cela, elle agissait aussi méthodiquement qu'un robot, s'efforçait de penser de la même façon et espérait que ça la protégerait contre les émotions.

Eva Sanchez savourait en ce moment toute l'ironie de son prénom.
Elle avait insisté pour s'occuper de la mise en place des plaques de blindage, laissant à Daiki Makusa le soin de débrancher tous les câbles de données non essentiels de l'unité centrale. Elle était pourtant ingénieure IA, et donc tout à fait qualifiée pour savoir quelles connexions étaient superflues pour le moment et lesquelles étaient indispensables.
Mais des plaques de blindages de un mètre de coté étaient une meilleure protection contre le regard lubrique du japonais.
Eva avait pourtant essayé de lui faire comprendre qu'elle n'était pas intéressée, et qu'il n'avait absolument aucune chance. Elle avait tout d'abord pensé à l'obstacle de la langue, l'anglais n'étant la langue maternelle d'aucun des deux, mais avait vite compris qu'elle avait affaire à un gros lourd.
L'homme pensait certainement que ses prétentions étaient légitimes, et le pire était que, dans la situation présente, tout lui donnait raison.
Quelqu'un avait décidé en haut lieu que l'équipage serait composé de quatre personnes, deux hommes et deux femmes, malgré la règle fondamentale du voyage spatial qui imposait un nombre impair pour que les équipages puissent toujours prendre une décision à la majorité.
Étant donné leur mission, la suggestion était grossière. On s'attendait à ce qu'ils perpétuent l'espèce humaine. Et si l'une des deux nouvelles Ève était lesbienne, on s'attendait à ce qu'elle fasse des sacrifices.

Sans être spécialisé dans les IA, Daiki était familier des systèmes informatiques. Leur usage était très répandu à la centrale énergétique de Kyoto où il travaillait avant, c'était une nécessité pour contrôler finement la distorsion spatiale au sein du réacteur.
Daiki avait progressé rapidement dans la hiérarchie de la centrale, car il prenait les problèmes de sécurité très à cœur, et cette attitude était respectée dans un pays qui avait connu plusieurs catastrophes nucléaires.
En cas d'accident, les centrales à distorsion étaient tout aussi dangereuses que les centrales à fission qu'elles avaient remplacé, mais représentaient le rêve de l'abondance énergétique sans conséquences sur l'environnement. Très peu de déchets radioactifs, pas d'exploitations minières destructrices pour le combustible, pas de limite théorique à la production d'énergie tant que le réseau de distribution pouvait la supporter (et les supraconducteurs à température ambiante avaient fait sauter cette contrainte).
Libérée des inquiétudes écologiques des siècles précédents, l'humanité augmentait sa consommation d'énergie d'année en année.
Quand il fallut alimenter des boucliers magnétiques contre les tempêtes solaires de plus en plus violentes, personne n'y vit de problème.
Quand le rendement agricole fut menacé par la baisse de luminosité du soleil, on installa des éclairages dans les champs.
Daiki était ingénieur en chef de la centrale lorsque les scientifiques avaient donné l'alerte. Il réalisa alors que toutes les mesures de sécurité qu'il avait mis en place et dont il était si fier comportaient une énorme lacune.
À Kyoto et dans les milliers d'autres centrales à distorsion du monde, personne ne s'était soucié de l'extrémité de la distorsion, celle qui les reliait au cœur du soleil et qui leur apportait l'abondance énergétique.
Pendant les trois années qui suivirent la révélation du lien entre les centrales et le comportement de l'étoile, scientifiques et gouvernements recherchèrent une solution. L'humanité avait résolu le problème du réchauffement climatique, rebouché le trou de la couche d'ozone et s'était débarrassé de ses déchets nucléaires.
Nul doute qu'on trouverait une solution.
Lorsque Daiki Makusa fut convoqué au siège de l'agence spatiale japonaise, il emmena le maximum de documentation technique sur les réacteurs à distorsion, de façon à pouvoir aider les scientifiques dans la résolution de cette crise.
À l'arrivée au siège, on lui expliqua que les scientifiques avaient déjà annoncé leur conclusion, que le phénomène était irréversible et qu'il ne devrait pas divulguer cette information au public.
Puis on lui parla du Palioxis.

À trois cent cinquante unités astronomiques du vaisseau, le soleil déstabilisé entama sa transformation en géante rouge, d'une façon bien plus rapide que cela aurait dû se passer, cinq milliards d'années dans le futur. L'équipage du Palioxis ne l'apprit que deux jours plus tard. Et le message de Mathieu Perret ne trouva jamais ses destinataires.


______



Aillas ne bénéficiant d'aucun vote favorable, lui échoit la dernière place.


« … Les attaques éclairs ont fait 23 morts dans les rangs des terroristes selon les sources officielles, deux villes sont en voie d'être libérées de l'occupation criminelle. Le gouvernement salue les deux soldats ayant payé de leur vie cette nouvelle victoire... »

« … réélu pour un troisième mandat, Arkhala Diedsii est apparu satisfait par son score de 87% aux élections présidentielles, voici ses premiers mots face aux caméras... »

« … la marque Oléotopia enregistre un record sans précédent dans l'histoire de la bourse, les économistes accueillent d'un regard bienveillant cet engagement pris entre la multinationale et les nations du G37... »

XXX


J'avale ma dernière gorgée de café et retire mon attention de l'écran holographique de la salle de repos. Il y a peu de temps, je me suis réveillé et le soleil va se lever. Je glisse machinalement un chewing-gum entre mes lèvres et je frémis alors que la nicotine m'imprègne à nouveau. Mon boulot m'empêche de fumer, mais je ne peux pas me permettre d'arrêter cette drogue-ci, pas maintenant. Je quitte le fauteuil pour me diriger vers mon laboratoire, je suis extatique alors que j'en passe la porte. Franchir cette porte c'est me mettre dans la peau de celui qui va réaliser le rêve de la majorité des enfants de la Terre : rendre le voyage spatial instantané possible.

« —Bonjour Nathan, m'apostrophe Rachelle, tu as encore dormi ici... »
Je peux lire sur son visage de la contrariété et de l'affection. Malheureusement, malgré tous ses bons côtés, elle n'a ni beauté, ni charme et cela rend sa complicité gênante. Je réponds d'un sourire et d'un vague geste de la main.

Je m'installe à mon bureau. Les calculs ayant tourné toute la nuit, les résultats m'attendent. Heureusement que la climatisation fonctionne en continu sans quoi la vaste pièce serait une véritable fournaise avec toutes ces machines. Je passe le fruit de mes équations sur le grand panneau central transparent qui me permet de les manipuler à ma guise et je ne tarde pas à froncer des sourcils en constatant que les incohérences sont toujours présentes. Ce qui signifie que la réunion avec mes mécènes risque fort de tourner en une agaçante leçon sur les besoins qu'a « le monde réel de compter sur des résultats concrets de la part des scientifiques » et qu'on « ne peut pas se permettre de sacrifier les ressources du contribuable pour le seul plaisir de la recherche ». Je déteste quand on regarde par dessus mon épaule pour vérifier que je progresse bien.

Irrité, je frotte machinalement mes paumes contre mes cuisses. Agacé, Porter, mon collègue, se lève pour aller chercher un café au distributeur. Je m'arrête de ruminer et hausse les épaules. Mon travail évolue dans le bon sens, je le vois bien malgré les caprices incessants de la physique.

Mes jambes s'effondrent sous moi, je m'écrase contre le sol alors qu'une secousse brutale ébranle le laboratoire. Je jure en essayant de me relever, l'air est empli de poussière et j'ai du mal à respirer sans tousser. Des cris se font entendre en sourdine, je réalise qu'il y a eu une explosion et que la détonation m'a quasiment privé de mon ouïe, des gens courent dans tous les sens. Je finis par me remettre sur pieds quand arrive sur moi toute une équipe de types en équipement de combat. Je lève les mains instinctivement pour montrer que je suis désarmé et que je ne suis pas une menace ; j'ai peur. On m'escorte ailleurs, sans me ménager, je suis le pas du mieux que je peux, dans la hâte et la confusion je ne comprends rien à ce qui est en train de se passer. Suis-je la cible d'un rapt, vais-je finir dans un hangar à discuter avec un type chauve qui me poserait des questions auxquelles je n'aurais pas les réponses et qui se mettrait dans une colère si froide qu'il me refroidirait ? Il faut que je me calme, respirer est la clé, se calmer.

« —Détendez-vous, monsieur, vous êtes en sécurité maintenant. » Je dois avoir l'air complètement abasourdi car il ajoute. « Je suis le sergent Fowell, chargé de votre extraction. Vous avez été la cible d'une attaque terroriste. Une bombe a explosé dans l'ascenseur, ils ne sont pas parvenus à vous atteindre. Tout va bien se passer à présent. » Je ne demande qu'à le croire, aussi je hoche la tête frénétiquement. Je frotte mes paumes contre mes cuisses

XXX


L'attentat qui me visait était destiné à empêcher mes recherches d'aboutir. Sauf qu'en échouant dans leur tentative mes opposants n'ont réussi qu'à m'enfermer dans un bunker perdu sous la surface de la terre avec des moyens presque illimités à ma disposition. Je dois les remercier, jamais je n'aurais disposé d'autant de matériel sans cette publicité, même si j'ai dû pour ça mouiller un pantalon. Il y a toujours un truc que je ne comprends pas, c'est pourquoi on s'en prend à une technologie telle que la possibilité de voyager à une vitesse supraluminique. C'est un cadeau fabuleux pour toutes les colonies que les missions de la Terre ont pu faire naître. Tout ces gens qui sont parvenus à former de nouvelles sociétés sur des planètes vierges d'Humanité, vont pouvoir se raccorder avec nous. Nous allons pouvoir échanger et rattraper ces deux siècles d'histoire qui nous séparent. Enfin !

J'en suis aux étapes finales de mes modélisations de saut, quelle que soit la taille de l'engin qui voyagera, il arrivera à destination en un seul clin d’œil. On pourrait même envoyer un vaisseau de la taille d'une lune n'importe où dans le cosmos. Je me sens porté par une force qui me dépasse, une ère nouvelle d'exploration et de découverte vers l'univers s'offre à nous. Rien ne sera plus jamais hors de notre portée. L'ASRI a même décidé de donner mon nom à cette technologie, me faisant de ce fait entrer dans l'Histoire. Je suis totalement dépassé par ce que j'ai créé, les retombées sur ma vie sont palpitantes et absolument incroyables. Je viens de doubler mes rêves les plus fous tandis que généraux, présidents et médias se pressent pour profiter de mon précieux temps. Les évènements que je vis actuellement est dément.

XXX


Je rentre chez moi, c'est la première fois depuis l'époque du bunker et que j'en sois sorti pour participer à une tournée médiatique monstre. Je me sens à la fois vidé et plein d'énergie, j'ai accouché du bébé de ma vie ; il est totalement improbable qu'une opportunité telle que celle que je viens de saisir se manifeste une seconde fois, mais j'ai aussi hérité d'une nouvelle vie, riche et plus insouciante. Je regarde les murs de mon salon tandis que je jette mon manteau sur le canapé. Il faudra changer tout ça à l'avenir, je veux de la lumière. Que tout ceci soit lumineux. La lumière s'allume.

« —Ah ? » Fais-je, surpris et trop dans mes pensées pour m'inquiéter.

Un homme est assis sur le bar à alcool devant moi, il pointe une arme droit sur mon visage. Je sens littéralement mes intestins se tordre et mon estomac se révulser alors que l'angoisse me saisit. Ma main droite s'agrippe misérablement au rebord du canapé pour m'empêcher de tomber à la renverse.

La silhouette reste sombre malgré les lampes allumées et esquisse un léger mouvement de tête, je ne sais pas s'il se moque de moi ou s'il compatit. Compatit ?

« —Bonsoir Nathan. » Il m'indique avec force persuasion de m'asseoir. Je m'effondre sur une chaise.
Il me regarde longuement avant de reprendre la parole, je n'ose à peine respirer.
« Alors voilà à quoi ressemble l'homme qui condamne des milliards... »
Il paraît déçu, je ne comprends pas ce qu'il me dit. Il n'est pas chauve, nous sommes chez moi, mais je ne veux pas qu'il me refroidisse. Par pitié, ne me tuez pas.
« Pourquoi as-tu fais ça, Nathan ? » Il secoue la tête, je ne vois pas son visage derrière sa cagoule, il a l'air énervé, il va me tuer. Je bredouille.
« —Qu'est ce que j'ai fait ? Qu'est ce que j'ai fait ? » Je me répète et j'ai l'air stupide mais je ne parviens même pas à m'en vouloir. Par contre ça agace l'autre, je me mords la lèvre, il va me buter.
« —Tu as permis de raccorder la Terre avec les nouveaux mondes. Tu sais ce que ça représente ? »
« —On va partag... »
Il me coupe brutalement, je sursaute.
« —Ta gueule ! Tu n'as donc aucune idée de ce que tu as fait ?! » Il se lève et tourne sur lui-même, excédé. Ce type est déséquilibré. « Tu es un enfant, un gosse. Rien qu'un gosse. » Il fait un bruit bizarre sous son tissu, une sorte de gargouillis. Le gars retire sa cagoule, il a les yeux rouges et un larme à l’œil. Le gars qui me braque chez moi est en train de verser une larme sur mon bar. Il reprend d'une voix enrouée.
« —Je vais t'expliquer pour que tu comprennes bien... »

XXX


Tout d'abord, il s'agit d'Histoire. Assez tôt dans l'ère moderne, la Terre s'est divisée en deux lieux spécifiques. L'un disposant d'hommes riches et disposant de techniques et de besoins élevés, l'autre doté de ressources innombrables. Pendant des siècles, les habitants du premier ont instauré des comptoirs, des colonies, des entreprises dans le second lieu. Afin de camoufler cette opération de pillage planétaire, les premiers ont mis en place dans le second des pantins avides de pouvoir pour bénéficier de manière privilégiée des ressources de ces continents. Il faut se rendre compte que pendant des siècles entiers, pratiquement un millénaire maintenant, cette mascarade s'est poursuivie pour en arriver au monde tel que je le connais à présent. Je n'y avais tout simplement jamais prêté attention, il n'a jamais été question pour moi que de dictateurs du Sud, des juntes militaires féroces contre lesquels nos dirigeants devaient envoyer sporadiquement l'armée pour tenter une fois de plus de contenir des barbares déchaînés.

Il m'a laissé la vie ce soir où il a pénétré dans ma maison dans l'intention initiale de me tuer. La bombe dans le centre de recherche, c'était lui. Il m'a tout raconté. Il m'a tout raconté et de ce fait il m'a privé de ma vie, je me sens dépossédé de mon sentiment d'humanité. J'ai doté la Terre du pouvoir d'anéantir toute tentative d'émancipation de ces colonies. Elles étaient protégées par des dizaines d'années-lumières et se sont retrouvées du jour au lendemain à portée des terriens. Carnassiers. Après avoir pleuré pendant près d'une heure dans mon salon, il m'a rendu ce qu'était réellement mon héritage. Je me sens sale, je suis souillé par moi-même, abusé par d'autres, j'ai tout échoué, même l’œuvre de ma vie. J'avais un rêve brillant, éblouissant. Je reste dans la pénombre, la pénombre de la lucidité sur mes actes. Moi, Nathan Einstein, suis un monstre.

XXX


« … Les attaques éclairs ont fait 23 morts dans les rangs des terroristes selon les sources officielles, deux villes sont en voie d'être libérées de l'occupation criminelle. Le gouvernement salue les deux soldats ayant payé de leur vie cette nouvelle victoire... »

« … réélu pour un troisième mandat, Arkhala Diedsii est apparu satisfait par son score de 87% aux élections présidentielles, voici ses premiers mots face aux caméras... »

« … la marque Oléotopia enregistre un record sans précédent dans l'histoire de la bourse, les économistes accueillent d'un regard bienveillant cet engagement pris entre la multinationale et les nations du G37... »


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Message posté le 18:37 - 9 mars 2016



Teclis a défié U-raptor Folâtre (ex-Nicolas), dvb est devenu troisième homme ; dvb s'est désisté puis la date butoir est arrivée. Trois jours de délai plus tard, U-raptor a été le seul à rendre son texte, conservant donc son trophée par forfait. Désormais, U-raptor est à une victoire d'entrer une seconde fois au Panthéon.


Thème : L'enfer océanique
Contraintes : Narration à la première personne du singulier
L'action ne doit pas se dérouler dans un lieu clos



______



BAS FONDS



Jean-Bao m’a fait un topo sur le beau monde autour de la table : Dremor, l’héritier d’un Tatar fou-furieux qui avait en quelque sorte industrialisé l’art bourru du braconnage d’hybrides - « très très dangereux » -, Camila Atsuki, dégenré proxénète à la tête d’à peu près tout ce qui se consommait d’humain à Bali - « ilelle bouffe les gens, il paraît, alors évite de trop luia faire chier », Marcel Limonosov, un type qui avait eu son heure de gloire en politique en Translombardie à la tête d’une improbable formation végétalienne et pro-eurasienne - « mafieux ou pas mafieux, tous ceux qui se sont posé la question avec un peu trop d’insistance ont étrangement disparu », Bibi, un cyborg chinois au nom parfaitement idiot - « il a été inspecté des dizaines de fois et à chaque fois il s’est révélé que, malgré ses modules complémentaires, son intelligence et ses capacités étaient celles d’un humain moyen, voire très moyen ; par contre, une claque et t’as de la chance si tu finis paraplégique ». Et puis il y avait Chameleone. On en savait peu sur lui. Et finalement même les maigres informations qu’on avait sur lui, on ne pouvait être sûr qu’elles le concernaient réellement. Il était angolais ou peut-être brésilien. En tout cas, il était lusophone. On parlait de lui comme d’un magnat des gisements des abysses. « Il serait pas hybridé avec un crapaud, ton caméléon ? Il a un goitre qui démarre au milieu du nez. » Jean-Bao m’a tasé du bout du doigt. J’ai couiné. « Déconne pas avec Chameleone. Je suis sérieux. J’ai entendu dire qu’il valait mieux pas être son ennemi. Les autres, si tu leur cherches trop la merde, tu finis coupé en deux dans une favela grecque. Lui, il fait dans le raffinement. » J’ai toisé mon petit Jean-Bao du haut de mes deux mètres, croisé les bras et souri. « Oh, et puis c’est ta vie, connard ! » La partie allait commencer. J’ai mis mes lunettes noires.


Je suis allongé. Je ne saurais pas dire si j’ai les yeux fermés ou non. Ni depuis combien de temps. Si j’ai mal quelque part ou non. En fait, peut-être que je suis à nouveau debout. Les sensations sont tellement diffuses, si peu perceptibles. Parfois, je me concentre du mieux que je peux pour essayer de saisir le début d’un volute, pas quelque chose d’aussi tangible qu’une image ou un son, mais l’idée d’une image ou l’idée d’un son. Ça fait vraiment longtemps que je cours après ces chimères sensorielles. J’ai même perdu le souvenir de la dernière fois où mes synapses ont pu se réactiver. Il me reste juste l’idée du souvenir, avant qu’elle-même ne s’évapore à son tour. Ça fait ténu, comme lien au monde. Même mes rêves sont devenus désincarnés de toute perception. Mais ça n’est pas bien grave, car il m’est devenu tout à fait impossible de différencier la réalité de cette matière sans couleur, sans odeur et sans goût dont sont faits mes songes. Et ça n’a pas la moindre importance. Pas plus que de rester allongé ici ou de reprendre la route. J’ai recommencé à marcher sans m’en rendre compte. Du moins, je crois.


Je me suis fait sécher. Quelle putain de truie, ce Chameleone ! Il a joué absolument n’importe comment et enchaîné les coups de chance avec une insolence dégueulasse. Et toujours ce sourire immonde qui révélait une rangée de dents du bas jaunes et noires... Mais la chance le dorlotait, prenait ce petit fruit pourri entre ses bras délicats et caressait ce crâne fripé avec une tendresse maternante. J’ai eu l’habitude de côtoyer le gratin de la lie de l’humanité, la crème de l’écume, je m’y suis même baigné sans rechigner, sans doute parce que je suis du même bois pourri. La plupart de mes fréquentations étaient du genre à se reproduire juste pour obtenir de nouveaux organes compatibles. Mais Chameleone, lui, il me révulsait. Viscéralement. Je te gerbe au cul, bâtard ! C’était au-dessus de mes forces ; j’ai pas pu laisser cette merde s’en sortir si bien, avec mes thunes et avec son sourire de batracien. Alors j’ai glissé une nano-mine dans ma dernière liasse.


Des éclairs. Mon crâne brûle. C’est fantastique. De la lumière. Sa violence me carbonise la rétine. Du rouge ? Est-ce que c’était ça, du rouge ? Du rouge comme du sang. Je réalise que j’ai les paupières fermées. Je les ouvre d’un coup. Je fais à nouveau face à Tzar Bomba. Comme en 2222. La lumière est si ardente que mon cerveau est chauffé à blanc par une persistance rétinienne qui durera toute la vie. Toute la vie... haha ! Des fractales kaléidoscopiques se déforment à un rythme fou. Peu à peu, le flash s’adoucit, laisse filtrer quelques nuances plus sombres. J’ai envie de crier. J’en ai l’impression. Puis le bathyscaphe tire une autre fusée enthalpique. Puis une autre. Et encore une. Ca ne s’arrête plus. Lorsque le phosphore de la centième et dernière est aspiré par le vide, le submersible a disparu. J’ai parfaitement saisi le message. Là-haut, quelqu’un pense encore à moi. Comme tous les dix ans, il me souhaite un joyeux anniversaire. Il doit sourire de toutes ses dents. J’ai cent ans.


« Une nano-mine. Mais tu as quel âge pour jouer avec ce genre de trucs ? » Chameleone me tournait le dos, affalé dans un fauteuil en fourrure d’ocelot du plus mauvais goût. Il ricanait en regardant un petit écran de contrôle sur lequel une silhouette découpée de vert et d’orange marchait lentement au milieu du néant. Puis subitement, il s’est tourné vers moi, l’écume aux lèvres. « Tu as fait exploser mes deux petites copines préférées, putain ! Mais tu es inconscient ou quoi ? Tu n’écoutes jamais tes amis ? » Quoi ? J’ai reçu un coup entre les épaules puis deux gorilles m’ont traîné derrière Chameleone, mes bras prisonniers de menottes constrictives, jusqu’au sous-sol. Attaché sur un siège incliné, Jean-Bao me fixait avec des yeux vides. Sa peau était grise et d’une drôle de matière, comme recouverte d’une couche extra-fine d’asphalte. « Bon, alors, pas besoin de faire les présentations, entama l’affreux. Pour la modique somme de 150 millions de dollars, ce bon vieux Jean-Bao a eu droit à à peu près tout ce qui se fait de mieux en terme de nano-biologie auto-régénérative. Quel veinard, celui-là ! Est-ce que tu te rends compte ? Non seulement ses cellules se régénèrent sans cesse, empêchant tout vieillissement, mais en plus son ARN messager entre en fusion froide. Du coup, pas besoin de manger, pas besoin de dormir, pas besoin de respirer, pas besoin de rien du tout, en fait. Complètement autonome, un surhomme... Bon, évidemment, il est un peu sonné mais il sera vite en pleine forme. Ah oui. Je vois que tu bloques un peu sur sa peau. Alors ça, c’est un petit chef-d’œuvre de technologie issu de mes labo. Ca s’appelle du chameleium. Oui, c’est un peu... bref ! Fin comme du tissu mais ça résiste à une pression de 3000 atmosphères. C’est vraiment pratique pour exploiter les gisements sous-marins, tu sais, ceux qui sont vraiment au fond du fond, là où il fait plus noir que tu ne peux l’imaginer. Hé ! Ca me donne une idée, tiens ! Si on l’y envoyait, dans les abysses ? Non ? Allez, fais pas la gueule : ça sera bien assez vite ton tour. »


Je marche. Je n’ai jamais la force d’avoir une pensée construite vraiment suivie. Je suis à l’étroit dans mon crâne, que la pellicule de chameleium empêche d’être à tout moment réduit en poussière sous-marine. À mon grand regret. Du coup, je n’arrive jamais vraiment à me distraire, à me raconter d’histoire en attendant une mort qui viendra dans tellement de temps... Si jamais elle daigne venir. Je marche au hasard. Depuis toujours. Parfois je heurte des choses, des formes, mais elles s’évanouissent toujours entre mes doigts. Un jour pourtant, j’ai rencontré une autre forme comme la mienne. Comme un homme. Nous nous sommes parcourus du bout des doigts, avons collé nos corps l’un contre l’autre pour essayer d’éveiller des souvenirs sensoriels, sensuels. Puis la forme a attrapé ma tête et l’a collée sous la sienne. Sur son cou. Elle m’a intimé un ordre très clair. J’ai obéi et j’ai mordu. De toute mes forces. J’ai mordu ce cou, cette autre pellicule résistante, jusqu’à la sentir se déchirer entre mes dents. Puis la silhouette a été prise de secousses et s’est ratatinée entre mes bras, jusqu’à n’être plus qu’une poussière fine et que j’imaginais lumineuse. L’espace d’un instant, j’ai sauvé un être humain de la prison du caméléon. J’ai jubilé, ri. Puis j’ai compris que j’avais rêvé.


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Message posté le 15:28 - 1 juin 2016




dvb défiait U-raptor Folâtre quand Aligby sortit soudain du bois pour tenter de ravir le trophée Asimov...



sujet : L'extinction de l'humanité est pavée de bonnes intentions

contrainte : En moins de 20.000 caractères, cette histoire devra se passer principalement en orbite autour de la Terre.





dvb gagne le trophée. Son texte, le numéro 1, a obtenu 4 voix sur 6.


Rapport journalier du 18 décembre 2065 :

incidents crash : 2
satellites convertis : 19 (+2 / + 11)

Aujourd'hui, j'ai réussi à confectionner le fameux filet dont je vous parle depuis plusieurs jours. J'ai attrapé deux vieux Astra tout déglingués. Il n'y a pas grand chose à en tirer, ils sont trop archaïques et trop mal en point. Je ne comprends pas pourquoi ils sont toujours en orbite d'ailleurs : ils auraient dû se désintégrer depuis au moins cinquante ans.

Je pense toujours à mes plans de catapulte. Avec une charge minimale, ces vieux coucous pourraient me servir de « munitions » pour balancer sur les rochers inertes qui passent à proximité du module. Pas plus tard que cet après-midi, j'ai failli y passer deux fois à deux heures d'intervalle. Un premier rocher m'a frôlé à quelques mètres, ça m'a bien secoué. Un second m'a carrément foncé dedans ; j'étais sur sa trajectoire. Heureusement que je l'ai vu arriver à temps : j'ai pu donner un coup de booster en écrasant la pédale d'évitement. Je crois que j'ai été un peu brusque : j'ai cramé presque 25 % de ma réserve d'un coup. Désolé les gars, mais il me faudra une nouvelle bonbonne de gaz dans le prochain colis.

Ah ! Et puis aussi, je voulais vous dire, à propos d'un accès aux restes de ISS-2 : j'ai pris un peu le temps de potasser le journal de codes. Je pense que je peux accéder à l'équipement de bord à distance avec un code tout simple : « repeat ». Le bras mécanique du quai de chargement d'ISS-2 est presque le même que celui de mon module. Autrement dit, je peux espérer convertir deux satellites en même temps avec deux bras, dans deux endroits différents. Enfin... dans la mesure où les satellites à convertir soient de la même génération et positionnés de la même manière sur les bras. Je vous laisse réfléchir à comment on pourrait utiliser cette méthode dans les prochaines semaines.

Et puis... Je voulais aussi savoir si... Je sais que vu l'urgence, c'est pas vraiment le moment, mais... juste au cas où... Dans quelques jours, c'est Noël. Je voulais savoir si ça serait possible d'avoir un quart d'heure de communication directe avec la surface. Je voudrais juste faire un petit coucou à ma fille. Pour Noël. Je sais, c'est un peu égoïste, mais elle me manque beaucoup.

Je mets en copie le rapport détaillé des balises que j'ai greffées aujourd'hui.

À demain.

Ici Major Tim à bord de « Charlie ».



L'officier de transmission Robin relut le rapport journalier du Major Tim. Il en eut immédiatement les larmes aux yeux. Ce que faisait ce type en orbite depuis sept semaines était totalement hallucinant. Non seulement, il avait le record de la plus longue période passée à bord d'un module de conversion, mais en plus il arrivait à attraper et bricoler deux fois plus de satellites artificiels que n'importe qui d'autre avant lui.

Major Tim avait à lui seul sauvé des milliers de Terriens en presque deux mois. Il endurait jour après jour des conditions de vie aberrantes et parvenait à rester concentré sur sa tâche presque vingt heures par jour. Il ne dormait que par petites siestes d'une quarantaine de minutes entre deux longues périodes de veille laborieuse.

De plus, Tim était un ingénieur de très grand talent : il avait imaginé le filet de capture et le principe de la catapulte tout seul. Et aujourd'hui, il proposait même d'accéder à une vieille station orbitale désertée depuis des lustres, dans l'espoir d'augmenter sa productivité déjà impressionnante.

Depuis le début du programme Retour de bâton il y a quatre mois, Tim était l'unique pilote à avoir atteint un tel degré de self control et d'efficacité. C'était un héros. Un authentique héros : humble et prêt à tous les sacrifices.

Bien sûr qu'il fallait lui offrir un petit cadeau pour Noël. C'était l'évidence même !

L'officier Robin laissa la responsabilité du poste de communication à un de ses trois subalternes à bord de la station Savior et se hissa en apesanteur à travers les coursives en direction du poste de commandement. Il préparait déjà le discours qu'il tiendrait à l'amiral Benett dans quelques instants. Il fallait que le monde entier sache que le Major Tim veillait sur lui et qu'il était le plus grand bienfaiteur de l'Humanité depuis des siècles. Il mériterait bien le prix Nobel de la Paix ou un truc du genre.

En passant devant un hublot de surveillance qui donnait sur la surface de la Terre, Robin s'arrêta pour observer quelques instants la planète meurtrie. Il perçut le flash laser d'un satellite greffé et l'explosion d'un rocher. Les petites pépites de roc et de glace scintillèrent dans un jaillissement de feu d'artifice et avant d'aller se dissoudre dans l'atmosphère plusieurs kilomètres plus bas, désormais inoffensives.

Mais beaucoup de ces météores passaient encore trop souvent à travers la barrière que l'Humanité avait tenté d'ériger en toute urgence avec l'opération Retour de bâton.

Deux ans plus tôt, un énorme bloc s'était décroché de la Ceinture d'astéroïdes pour se diriger droit vers la Terre. Les nations terriennes avaient dû cesser toutes contingences pour se focaliser sur ce problème épineux. Il existait bien sûr toujours un programme de surveillance pour détecter ce type de dangers, mais les agences spatiales avaient reçu au fil du dernier demi-siècle de moins en moins de subventions, puisque l'observation des planétoïdes mortels n'était plus vraiment une priorité sur Terre.

Les pays de l'Atlantique Nord avaient comme d'habitude pris les choses en main, dans l'espoir de montrer à leurs opposants économiques une bonne fois pour toute qu'ils étaient encore dans la course. Une flopée de missiles nucléaires fut donc dirigée contre la menace cosmique pour réduire à néant l'encombrant et indésirable caillou. L'astéroïde fût arrêté dans sa course et transformé en divers nuages de plus petits météores. Les scientifiques à l'origine du projet Longinus se félicitèrent de la réussite et déclarèrent que les restes en suspension dans le vide seraient captés par l'attraction gravitationnelle de la Lune au bout de quelques semaines.

La couverture médiatique de « l'incident T-304 » (puisque c'était désormais le sobriquet du tueur de planète) avait été réduite au strict minimum par les autorités étatiques, dans le but d'éviter tout mouvement de panique au sein des populations et d'empêcher la résurgence de croyances apocalyptiques et autres dérives sectaires de fin du monde.

L'affaire fût donc traitée avec autant d'égard que n'importe quelle autre curiosité scientifique, c'est à dire qu'elle passa à peu près inaperçue aux yeux de l'audience mondiale. Du moins jusqu'à ce que les Terriens s'aperçurent que les déflagrations nucléaires avaient détruites la plupart des satellites de communication. Il s'en suivit plusieurs mois de grande perturbation des réseaux de télévision et de téléphone ; les opérateurs en profitèrent pour revoir leurs tarifications à la hausse. Mais globalement, tout se passait bien, conformément aux plans tirés sur la comète.

Hélas, c'était sans compter sur une série de tempêtes solaires qui dévièrent peu à peu les nuées de rochers de plus en plus près de la Terre. Lorsque la planète repassa un an plus tard dans la zone de sa révolution où s'étaient amassés les débris, les ennuis commencèrent pour de bon.

Les bombardements d'aérolites s'accentuèrent très rapidement pour atteindre un pic catastrophique durant le mois de mars. On déplora des centaines de milliers de morts à la surface de tout le globe, aucune zone géographique n'étant épargnée.

Devant la menace désormais permanente et prévisible, les nations cessèrent cette fois-ci toute activité militaire belliqueuse pour se concentrer uniquement sur le soucis du bloody rain qui devait se répéter chaque année et s'étendre au fur et à mesure des tempêtes solaires sur une période de plus en plus large du calendrier.

L'opération Retour de bâton fût une des nombreuses initiatives prises en urgence. Elle était dirigée par l'Agence Spatiale Européenne et consistait à recruter des pilotes de modules comme le Major Tim dont la mission était de capturer les reliques de satellites encore en état d'orbiter et de leur greffer des balises seek&destroy capables de repérer les météores et de les détruire avant qu'ils n'atteignent le sol.

C'était pour l'instant la méthode la plus efficace. Toutefois, les conditions de travail à bord des modules de conversion étaient absolument intolérables. Les pilotes étaient engoncés dans de minuscules espaces réduits d'à peine trois mètre-cubes entourés de claviers et d'écrans, sans aucun hublot ni autre forme de confort. L'immense majorité d'entre eux perdaient les pédales au bout de deux semaines et n'arrivaient à s'appliquer sur leur travail de captation et de greffe que quatre ou cinq heures par jours. Le turn over était donc l'un des principaux écueils de ce mode opératoire, puisque les pilotes demandaient régulièrement à être rapatriés à bord de la station Savior, le centre de commandement orbital de Retour de bâton. La plupart des astronautes, mais pas Major Tim.

L'officier Robin se présenta enfin à l'amiral Benett et lui fit un bref rapport des captures journalières. Puis il se racla la gorge et entama son plaidoyer en faveur du meilleur pilote de module de tous les temps.

« Je pense sincèrement, Amiral, que nous devons faire un geste pour saluer le courage et la résilience du Major Tim. Il a demandé à téléphoner à sa fille à la surface. Je sais que les communications spatiales sont aujourd'hui devenues un luxe que nous ne pouvons pas gaspiller et un quart d'heure de tête à tête avec Mademoiselle Mary, sa fille, paraît être une demande hors de propos. Cependant, Amiral, veuillez aussi considérer un autre aspect de cette requête : nous pourrions en profiter pour faire une grande opération de communication envers le grand public mais aussi envers nos gouvernements respectifs. Lorsque tout le monde connaîtra le dévouement du Major Tim, je suis persuadé que nos crédits seront augmentés et que de nouvelles vocations d'astronautes naîtront. Faisons de Major Tim une figure populaire : filmons son entrevue avec sa fille, ici, en orbite ! Oui, oui ! J'ai bien dit ICI, en orbite. Je propose que nous fassions venir Mary par la prochaine fusée et que nous la mettions dans le vaisseau de ravitaillement pour qu'elle puisse rencontrer son père dans son module pendant quelques minutes. Ça serait vraiment unique, grandiose et très inattendu pour le Major. Nous pouvons facilement faire un peu de place dans le petit vaisseau de ravitaillement et puisqu'il est construit pour s'arrimer aux modules de conversion, Mary et le Major pourraient se parler et s'enlacer devant une caméra installée dans ledit vaisseau.
— C'est une idée brillante, Robin ! Je vous félicite. C'est un investissement tout à fait abordable et qui peut rapporter gros, en effet. En tout cas, ça coûtera toujours moins qu'un quart d'heure de communication directe avec la surface. C'est entendu, faisons ça : prévenez Mary et le Major Tim.
— Si je puis me permettre, Amiral : j'estime que le Major Tim mérite mieux qu'une note officielle. Je pense que lui faire la surprise serait encore mieux : le film de leurs retrouvailles n'en sera que plus authentique et plus spontané.
— Comme vous voudrez, Robin. Je vous laisse gérer ça tout seul, je vous fais confiance. Après tout, c'est vous l'expert en communication.
— Merci, Amiral. Une dernière chose : le Major Tim nous a adressé une proposition qui me paraît intéressante au point de vue technique. Il souhaite pouvoir accéder à l'ordinateur de bord de l'épave de la Station Internationale.
— Très bien. Les suggestions du Major ont toujours été très avisées. Je vous donne carte blanche là aussi. Vous pouvez disposer.
— Merci, Amiral. Au revoir, Amiral. »


Trois jours plus tard, le Major Tim prenait connaissance de son mémo quotidien. Il attendait impatiemment une réponse positive de Savior à propos de sa demande d'appel téléphonique avec Mary. Les autorités ne lui avaient jusque-là servi que des réponses évasives, ce qui était d'autant plus frustrant pour lui, que d'habitude le commandement faisait preuve d'un pragmatisme aussi efficient que militaire. Pourquoi, Bon Dieu, le laissaient-ils mariner dans son espoir ? Ce n'était pourtant pas compliqué de dire oui ou merde !

Le Major, à bout de patience décida de passer à l'action lui-même : il scanna les satellites à sa portée dans ce secteur du ciel et se mit à la recherche d'un exemplaire encore en état de communiquer avec le sol. Avec un peu de chance, il pourrait en capturer un et shunter son code de sécurité pour programmer un canal dédié avec les relais GSM du Sussex. Et tant pis pour les conséquences désastreuses sur sa carrière. Après tout, il s'était déjà bien assez cassé le cul depuis deux mois, enfermé dans sa boite minuscule, à boire tous ces aliments dégueulasses par la paille et à pisser dans un tuyau qui recyclait sa propre urine. Il avait des courbatures depuis des jours, avait peur de choper des escarres aux fesses à force de ne pas bouger. Sans parler des radiations qu'il bouffait à longueur de journée, entre les vents solaires, les radiations du nuage nucléaire et les explosions de lasers à chaque alerte. Il avait failli crever plus d'une centaine de fois depuis le début de sa mission et il était devenu pratiquement insomniaque. C'était vraiment le pire job qu'il aurait jamais pu envisager. Et tout ça pourquoi ? Pour sauver les miches de millions de Terriens qui ne connaîtraient jamais son nom et qui préféraient faire des grèves pour forcer les gouvernements à rétablir au plus vite les chaînes de télé et les applications de smartphones !

Monde de merde !

Plus il regardait la surface de la planète sur ses écrans monochromes basse résolution et plus il la détestait.


Le 23 décembre lorsque Mary fit son entrée dans la station Savior elle fut accueillie sous les vivats des quarante-trois hommes et femmes de l'équipage. On l'installa dans la cabine la plus luxueuse de l'habitat (celle avec une douche et un w-c privatifs) et on lui expliqua la manœuvre prévue pour le lendemain. Elle n'aurait en fait pas grand chose à faire, si ce n'est s'asseoir dans le vaisseau de ravitaillement entièrement automatisé et attendre l'ouverture de l'écoutille par l'ordinateur de bord. Là, elle devrait allumer la caméra accrochée derrière elle et faire en sorte de ne pas trop boucher le champ de vision. Elle aurait alors à peu près une heure pour papoter avec son père avant la fermeture du sas et le retour à la station.

L'ambiance était effervescente à bord de Savior. Ce petit interlude festif qui tombait pour le soir de Noël faisait un bien fou à tous les membres de l'équipage. Après des mois de travail acharné pour sauvegarder la civilisation humaine, ils étaient tous un peu à cran et la demie journée de repos accordée par l'Agence Spatiale était la bienvenue.

Robin présenta les derniers rapports journaliers à Mary, qui s'amusa des réponses de plus en plus énervées de son papa. C'était un peu cruel, mais son bonheur de la revoir en chair et en os n'en serait que décuplé.


Au moment où Mary entrait dans le vaisseau de ravitaillement, le Major Tim était quant à lui en train de compulser fiévreusement l'annuaire du Sussex à partir des débris d'un satellite SatCom de 1996. Il ne se souvenait plus du numéro de portable de Mary, mais sa mère n'avait pas déménagé de leur ancienne maison familiale depuis leur divorce. La ligne du téléphone fixe devait en toute logique être encore accessible. Après quatorze essais infructueux, il parvint finalement à entrer en contact avec son ex-femme.

La qualité de l'appel était déplorable et il ne comprenait qu'un mot sur quatre. Il essaya de se faire comprendre du mieux qu'il put.

« Allô ? Tu m'entends ? C'est moi ! Tim ! Ca va ?
— ...lô ? Je t'... pas bien du tout.
— Molly ? Allô ?
— Tim ! Je... que tu... depuis... ment. Où ...-ce que...
— Je suis dans l'espace ! Je t'appelle depuis un vieux satellite tout pourri plus vieux que moi. Tu peux me donner le numéro de Mary ? Allô ? Molly ?
— Mais je... que tu… pas avec toi ? … ciel ?
— Quoi ?
— Mary… partie, Tim. Je... que tu... au courant !
— Allô ? Molly ? Qu'est-ce que tu viens de dire ?! À propos de Mary ?!
— … morte, Tim ! Je … plus. C'... triste, j'... bien… te un... ent !
— Allô ? Allô ? Molly ? Mollyyyyyyyyyy... »


Plusieurs kilomètres plus bas, Molly essayait de comprendre ce que lui disait la voix de son ancien mari.

« Je dis : je crois que la ligne est morte, Tim ! Je t'entends plus. C'est triste, j'aurai bien voulu te parler un moment ! Allô ? Allô ? Tim ? T'es plus là ? ».

Puis, avec un haussement d'épaules, elle raccrocha le combiné. Après tout, Mary ne devrait plus tarder à le rencontrer. Elle pourrait tout lui raconter d'ici quelques jours quand elle serait rentrée sur Terre.


Le Major Tim n'en croyait pas ses oreilles. Avait-il rêvé ? Molly lui avait-elle bien annoncé la mort de sa fille à l'instant ?

Il fut saisi d'un désespoir aussi profond que l'espace, puis sa tristesse se mua en un vague sentiment de déni, d'impuissance puis de colère. Il avait été incapable de sauver Mary. Plus rien n'avait d'importance pour lui. La rage montait peu à peu du fond de son être. C'était pour Mary qu'il avait accepté cette tâche ingrate, pour qu'elle puisse un jour avoir des enfants et vivre dans un monde de paix, loin des menaces d'un ciel devenu fou.

Les larmes lui brouillèrent les yeux. Ses mains tremblèrent, mais machinalement, il se mit à calculer une formule compliquée. Il entra la position des quatre-vingt derniers satellites qu'il avait repositionné sur la ligne de défense orbitale et programma une série de catapultage pour engager une réaction en chaîne. En visant bien, il pourrait détruire une bonne partie d'entre eux en les propulsant les uns contre les autres. Avec le bras de l'ISS-2 il pourrait également faire un strike en direction des rochers les plus proches pour les faire s'écrouler au sol par le trou béant ainsi créé. Et tant pis pour les connards qui se trouvaient en dessous !

Si Mary était morte, la lumière de sa vie, la créature la plus gentille et innocente de la Création, alors aucun autre humain ne méritait de survivre.

La petite loupiote qui annonçait l'arrivée de son ravitaillement s'alluma.

« Rien à foutre de votre putain de colis ! Vous pouvez bien vous les foutre au cul vos boîtes de conserve et vos sachets de Capri-Sun à la con ! Allez tous mourir en Enfer ! Et ouais ! Major Tim pète un câble ! Et alors ? Qu'est-ce tu veux faire contre ça, hein, Planète de débiles ! Je vous emmerde, moi ! Je suis le Boss Final de l'Apocalypse ! Fallait pas me faire chier ! Tout ce que je voulais, c'est un quart d'heure paisible avec ma petite chérie ! Mais, non. Même ça, tu me l'as enlevé, Planète de merde ! Tiens, voilà ! Prends ça dans la gueule !
— Joyeux Noël, mon Papounet ! Ça va ? Dis, c'est marrant chez toi, ça clignote de tous les côtés ! C'est normal cette lumière toute rouge ?
— Oh, putain ! Les cons ! »





Nicolas, par son texte 3, acquiert les deux voix restantes.


L'extinction de l'humanité est pavée de bonnes intentions

La Nouvelle Arche entame son huitième déplacement vers la lune. La station spatiale est désormais le dernier refuge de l’humanité. Il s’en est fallu de peu pour qu’elle ne réussisse pas à quitter la terre, juste avant le déferlement final. Pour faire court : tout s’est passé exactement comme prévu. Cette histoire ne mériterait même pas d’être racontée, tellement elle manque cruellement de surprise : ces cons ont juste bousillé la planète, et à la fin se sont retournés les uns contre les autres. De toute façon, s’ils ne se finissaient pas en s’entretuant, c’en était déjà fini d’eux. Ils étaient avertis depuis les années 1970, et il leur a fallu plus de cinquante ans pour réaliser qu’ils ne s’en sortiraient pas.

Les hommes ont toujours été dans l’incapacité de comprendre leurs propres conditions, mais là, ça a dépassé l’entendement. À partir des années 2000, les scientifiques ont commencé à vraiment tirer la sonnette d’alarme. Ils ont vite compris qu’ils ne pourraient pas dire la vérité à l’humanité sans que celle-ci leur renvoie au visage un déni psychotique généralisé. De peur d’être ridiculisés, ils ont modéré leurs résultats ; tout cela s’est fait inconsciemment. L’autocensure est aveugle à elle-même. À dose homéopathique d’abord, à dose plus coriace ensuite, les scientifiques ont répété inlassablement qu’on ne pouvait pas continuer comme ça. En 2016, James Hansen, directeur de d’un programme de recherche de science climatique de l’Université de Columbia avait publié une étude collective selon laquelle une hausse de la température de deux degrés aurait des effets cataclysmiques. J’ai retrouvé ce papier dans notre base de données, il s’intitule : « Ice melt, sea level rise and superstorms: evidence from paleoclimate data, climate modeling, and modern observations that 2°C global warming could be dangerous ». J’étais très jeune à l’époque, mais mon oncle avait tellement engueulé mes parents, pourtant prof de fac, qui ne prenaient pas la mesure de cet article que j’avais tenu à le relire quelques années plus tard. Personne n’en parlât ! Ces « prophéties » apparemment alarmistes étaient en deçà de la réalité.

Toutes les semaines, les papiers prévoyaient que le réchauffement climatique irait plus vite que prévu. Et chaque semaine, un nouveau papier indiquait que l’on avait été trop optimiste. Du coup, plus personne n’y faisait attention, à part quelques écolos-bobos, et quelques personnes perspicaces et friquées. Oh ! Je vous vois venir : vous pensez que tous ceux qui ont réussi à s’en sortir sont des hommes riches parce qu’ils avaient assez d’argent pour construire des forteresses. C’est une blague : personne ne peut s’en sortir lorsque vous avez détruit l’écosystème et que l’oxygène vient à manquer. Et puis, leur argent ne les mettait pas à l’abri de la stupidité. Il nous a fallu les plus intelligents cerveaux de notre génération pour construire la Nouvelle Arche, l’aide de plusieurs gouvernements.

Ils nous ont finalement envoyées en orbite autour de la terre. Ils se sont dit qu'avec la parthénogenèse, nous pourrions nous reproduire. Ils n'avaient pas prévu que nous ne tomberions enceintes constamment. Il n'avait pas prévu qu'à force d'avorter, nous mourrions. Ils n'avaient pas prévu qu'à force de cesser d'avorter, nous serions trop nombreuses. Alors nous avons fait de notre Nouvelle Arche une nouvelle terre. Et la fin de l'une est la même que celle de l'autre.





Aligby était le texte 2.

Carnage



C’était une bouteille à la mer et la mer était l’univers. Pol ne se faisait aucune illusion quant à la possibilité que son dernier recours ne mène à quoi que ce soit. Se dire qu’il avait fait tout ce qu’il avait pu ne le réconfortait en aucune manière. Au contraire, malgré le prodigieux don qu’il avait reçu, malgré son extraordinaire singularité, il se révélait aussi impuissant que ses congénères à enrayer l’abominable et sordide destinée de tout un peuple. Un messie crucifié de plus, un nouvel agneau sacrificiel dont jusqu’au nom sera oublié dans à peine quelques générations de massacres.

Pol était de loin l’être le plus intelligent sur Terre et il avait conscience des chances quasi-nulles qui étaient les siennes, qui étaient les leurs. Les jeunes étaient de parfaits idiots qui beuglaient incessamment qu’il fallait se révolter, mais ils n’agissaient jamais ; au mieux ils se cognaient contre les barreaux des cages et se calmaient une fois sonnés. Les adultes étaient soit bêtement optimistes — les choses vont finir par changer, d’ailleurs il y a moins de meurtres aujourd’hui que lorsque j’étais petit —, soit tristement résignés — c’est la vie, c’est le destin ; il faut continuer à faire comme si les choses allaient bien pour nos enfants. Et quand bien même ils auraient voulu faire un véritable pied-de-nez à la fatalité, le baroud d’honneur de toute leur race, en arrêtant d’enfanter, les Ogres arrachaient les femmes à leurs prisons et les violaient. Quand elles revenaient auprès des autres, elles étaient enceintes. Elles ne pleuraient pas. Et les enfants qui naissaient n’héritaient jamais du sang d’Ogre, ils étaient tout à fait normaux. Et eux aussi étaient massacrés.


***


C’était une bouteille à la mer, la mer était l’univers et finalement quelqu’un l’avait trouvée. Le signal envoyé par Pol à destination d’une intelligence supérieure, qu’il avait conçu avec un mélange de méticulosité et d’une certaine forme de poésie afin qu’il puisse être déchiffré, compris, par son destinataire, quels que soient son espèce, ses capacités sensorielles, l’étendue des ses spectres moral et métaphysique, avait trouvé son chemin. C’était un signal qui s’entendait à toute les fréquences possibles, qui s’imprimait à la manière d’un sonar dans le cerveau, qui se goûtait, qui physiquement vous attaquait afin de retranscrire avec fidélité la douleur d’un peuple, qui explosait en colorant les étoiles du rouge du sang versé par les frères de Pol. Les extraterrestres l’avait reçu, ils l’avaient compris et maintenant ils se dirigeaient vers le système solaire. Était-ce pour sauver les Terriens du joug des Ogres, ou peut-être que, friands de génocides, venaient-ils pour rire de leur sort, peut-être aussi allaient-ils à leur tour asservir des espèces plus faibles et les Ogres rejoindraient les Terriens dans les cages, sur cette planète ou une autre ?


***


Pol avait retrouvé et établi son refuge dans le laboratoire où il avait vu le jour. Il employait une partie de ses capacités psychiques pour s’effacer à la vue des Ogres qui y travaillaient. Jour et nuit, ils passaient devant lui et l’atelier sur lequel il concevait son signal, les fixaient de leur yeux, mais aussitôt cette image devenait un souvenir oublié et ils poursuivaient leurs activités.

Rapidement, Pol avait remonté le fil de sa propre existence et découvert qu’il était le résultat d’essais contre-nature sur le clonage et la modification du génome. La découverte de la raison de ces expérimentations lui avaient arraché des cris d’effroi : ses muscles retenaient de plus grandes quantités de nutriments, sa chair était plus épaisse mais surtout... plus goûteuse. Les adultes étaient de braves imbéciles s’ils se donnaient l’illusion que les meurtres diminuaient jusqu’à peut-être un jour cesser, car les Ogres ne tuaient pas pour le plaisir de dominer une espèce inférieure. En réalité, s’ils tuent en masse, c’est qu’ils se nourrissent de notre viande. Et ils l’aiment tellement qu’ils s’affairent par centaines à nous engraisser et à nous rendre encore plus à leur goût.N’importe quoi, lui avait répondu ceux qui étaient parqués sur un terrain boueux à plusieurs centaines de mètres du laboratoire, tu dis ça pour te rendre intéressant. Ils les avaient tout de même libérés mais ceux qui s’étaient mollement extraits de la prison avaient été rapidement rattrapés par les Ogres.


Mais aujourd’hui, Pol avait trouvé l’oreille compatissante d’êtres venus d’une autre galaxie pour raconter les souffrances des siens. Un rayon d’une douce lumière aux notes crépitantes s’était posé sur lui directement depuis le ciel à travers le plafond du laboratoire et il avait été courtoisement enlevé à la gravité. Son ascension aérienne s’était accélérée alors que les formes au sol, celle du laboratoire mais aussi celles des cages, étaient devenues de plus en plus petites. Il avait atteint les couches supérieures de l’atmosphère et était passé au travers comme on perce des bulles de savon. Finalement, un flash de lumière blanche avait brutalement stoppé sa course et il s’y était retrouvé, dans ce vaisseau extraterrestre dont les membres d’équipage avaient reçu et retracé jusqu’à lui le signal.


***


C’est l’histoire la plus bouleversante qu’il m’ait été donné d’entendre. Votre peuple. Qu’on gave, viole et massacre. Nous avons beaucoup exploré l’univers, Pol, soyez-en assuré, et répertorié tant d’interactions possibles entre les espèces, l’hybridation, la symbiose, la régénèse, la prédation... Partout la nature est difficile avec le vivant, souvent une race plus développée s’arroge des prérogatives qui conduisent à l’hégémonie des uns sur les autres et parfois les cartes sont redistribuées. J’ignore si vous le savez mais vivaient sur votre planète des êtres de très grande taille à l’échelle de votre gravité et qui ont disparu avec l’évolution des conditions climatiques. Bref. De mémoire d’archiviste, je n’avais jamais assisté à un spectacle si déplorable. Ces Ogres sont un insulte à l’intelligence et à la vie. Notre politique spatiale rejette depuis des milliards d’années l’ingérence, mais il nous est impossible de nous tenir en dehors des affaires d’un monde transformé par la hideur. Nous avons déjà agi et, vous pouvez être apaisé, car les vôtres sont dorénavant sauvés. Mais j’ai une question pour vous, Pol, une question à laquelle vous avez forcément dû exposer votre esprit à un moment ou un autre. Vous pouvez prendre tout votre temps pour me répondre, j’insiste là-dessus, car la chose est déjà réglée : pas un Terrien ne trouvera une mort indigne pendant votre réflexion. Pensez-vous que nous devrions faire preuve de clémence et que la race des Ogres puisse être épargnée ?

Face à l’archiviste, celui qui était, suite à une expérience hasardeuse, l’être aux capacités les plus développées à avoir jamais foulé la Terre, un veau cloné nommé Pol, ne cligna pas un œil, n’hésita pas une seconde. Il frappa du sabot le sol du vaisseau.

Non, ils ne méritent même pas qu’on se souvienne d’eux.

Dans les instants qui suivaient, une espèce qui s’était appelée elle-même homo sapiens sapiens mais qui était connue comme les Ogres par ceux qui avaient eu le malheur de la côtoyer vit chacun de ses membres disparaître de la surface du tangible sans laisser la moindre trace.


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